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Mercredi 29 juin 2011 3 29 /06 /Juin /2011 07:12

 

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire (ici) combien l’expérimentation sociale me semble une méthode à la fois utile pour mesure l’impact réel d’une politique publique, nécessaire pour s’adapter aux évolutions des expeformes de pauvreté et efficace pour permettre l’échange de bonnes pratiques entre acteurs sociaux. En période de crise, et alors même que nos concitoyens doutent de plus en plus de l’efficacité des politiques sociales, la méthode expérimentale est ainsi doublement justifiée, d’une part parce qu’elle permet aux citoyens de mesurer objectivement les résultats obtenus et d’autre part en facilitant l’affectation des ressources publiques en priorités aux politiques les plus adaptées et évolutives.

C’est ainsi qu’au lieu de contracter nos politiques sociales face aux baisses de financements, au lieu de nous recentrer sur nos compétences obligatoires (forcément minimalisées par de zélés juristes), nous avons choisi de lancer de nouvelles actions, de rechercher de nouveaux financements, d’affecter une part du produit de notre rigueur de gestion à la recherche de nouvelles réponses à la crise sociale. Cette politique à la fois responsable en termes financiers et volontariste en termes sociaux est ainsi à l’origine de 16 expérimentations, en cours ou à venir, qui sont autant de moyens pour les agents du CCAS d’adapter le service public de l’action social aux besoins des Grenoblois.

J’essaierai de les analyser de manière détaillée au fil des prochains mois, mais sans attendre je vous laisse les découvrir en observant qu’elles concernent plus de 10 000 Grenoblois, qu’elles sont largement financées et qu’elles correspondent bien aux priorités politiques que nous nous sommes fixées : augmenter l’effort de redistribution, développer les liens sociaux, encourager l’action collective.

Pour consulter le dossier de présentation des expérimentations sociales grenobloises : c’est ici

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 23:06

 

Comme rappelé ici, les centres communaux d’action sociale ont pour obligation légale de réaliser chaque année une analyse des besoins sociaux sur leur commune. A Grenoble, nous réalisons alternativement une analyse spécifique (sur les personnes âgées en 2009) et une analyse globale comme ce fut le cas en 2010.

Sans surprise, malheureusement, l’ABS 2010 montre le durcissement des conséquences sociales de la crise pour les Grenoblois. Ainsi, le nombre de ménages connus de la CAF vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de 3,4 %, celui des bénéficiaires de l’allocation de solidarité personne âgée de 1,7 %, le nombre d’allocataires de revenus garantis de plus de 13 % (avec  l’apparition du RSA qui a changé le périmètre)… alors même que le recours à la CMU-C continue de baisser. Et ce n’est là qu’une petite illustration de tous les besoins sociaux que cette analyse recense de manière complète.

Pour prendre connaissance du résumé de l’ABS 2010, c’est ici.

Pour lire l’intégralité de l’ABS 2010 :

A10

Bien évidemment, le rôle des politiques sociales locales n’est pas d’être dans le seul constat des évolutions sociales ou des conséquences des politiques nationales, ou des deux comme c’est le cas dans l’ABS 2010 : nous avons le devoir de construire des réponses locales adaptées. Nous continuerons donc à faire évoluer l’action sociale grenobloise pour mieux répondre aux besoins des Grenoblois, en espérant aussi que la crise sociale que nous vivons, aggravée par les politiques de la droite, trouve les réponses d’un gouvernement de gauche dans une petite année…

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 22 mars 2011 2 22 /03 /Mars /2011 14:34

Depuis près d’une décennie, dans la foulée d’une recherche – action menée par la sociologue Marie-Claire Vanneuville, l’association « femmes sdf » s’attache à comprendre, à faire comprendre et à aider les femmes en errance.

Chacun sait combien la rue est destructrice. Par la perte du repère social fondamental qu’est le domicile, par la fragilisation de tous les aspects de sa vie, l’individu en situation d’exclusion se perd progressivement aux autres et à lui-même. Dans notre société d’exclusion grandissante, qui développe de plus en plus la culpabilisation, voire la pénalisation, de la pauvreté, qui tend à placer l’individu face a sa responsabilité personnelle plutôt que de considérer la pauvreté comme une responsabilité collective (voir ce post), les comportements de non recours aux services et aux aides sociales, d’auto-exclusion de la société, de repli sur soi ou sur un petit groupe se multiplient, avec des conséquences sociales dramatiques.

Derrière cette misère qui se cache de plus en plus se trouvent en effet non seulement des situations de souffrance individuelle ignorées mais aussi des pratiques à risque pour soi-même et les autres, de l’exploitation l’Homme (souvent la femme) par l’Homme, de la violence liée au désespoir, des stratégies de survie au mépris de la loi et du respect d’autrui. Ces situations inacceptables se développent, à Grenoble comme ailleurs, sur le terreau d’une exclusion massive et d’une idéologie de jungle sociale qui transparaît chaque jour davantage dans la politique menée par le gouvernement.

Les Femmes, bien sûr, subissent avec encore davantage de violence ces évolutions. Mais parce que leur errance est plus cachée, par nécessité de sécurité, parce que le monde de la rue est d’abord un monde masculin, ce particularisme de l’errance au féminin est largement ignoré, comme s’il était tabou.

C’est tout le mérite de Marie-Claire Vanneuville et de l’équipe de « femmes sdf » que de rendre visible et compréhensible cette réalité. Par un travail extraordinaire d’humilité et de patience, dans la rue, les foyers, et, surtout, à l’accueil de jour, « le local des femmes », ouvert depuis 2004, véritable cocon de douceur, de compréhension, de sécurité, de répit, elles ont permis l’expression du vécu de ces femmes. Il faut savoir prendre le temps de l’écoute, respecter et comprendre les silences, savoir finir une phrase laissée en suspend, interpréter certains mots pour révéler tout leur sens. Il faut surtout beaucoup d’attention à la dignité de l’Autre et une forme d’amour pour ces femmes marquées par l’épreuve pour mériter leur confiance, lever les inhibitions et recueillir ces témoignages bouleversants : ils évoquent la honte de l’exclusion, la perte de l’estime de soi, la négation progressive du corps puis le renoncement à l’identité sexuelle, la peur face à la violence, la volonté d’être invisible dans l’espace public… Une forme de déshumanisation progressive liée à une souffrance individuelle immense, mais aussi à une absence de regard sur soi, tant de la part d’individus que d’une société qui les rejette. Pour avoir travaillé sur l’importance de l’absence de regard dans la « déshumanisation » de certaines personnes âgées dépendantes (dans le cadre de la démarche dite « humanitude », voir ce post), je mesure combien le rôle du regard individuel comme collectif est essentiel : le regard de l’autre nous restitue notre « moi » en tant qu’être humain, celui de la société nous confère ce « moi » social qui est indispensable à la dignité de toute personne. C’est dire l’importance de la tâche des professionnels et des bénévoles de l’association « femmes sdf », qui apportent ce regard individuel dans les relations qu’elles nouent avec les femmes en errance, et qui militent pour que la société leur offre un autre regard que le déni culpabilisant qui prévaut aujourd’hui.

C’est cette action globale, qui passe par un travail quotidien, mais aussi la réalisation d’un film de témoignages « Malaimance, histoires de femmes en errance », d’une pièce de théâtre remarquable « L’errance est immobile », co-créée avec la compagnie « l’envol », et d’un livre de photos et de témoignages « C’est quand demain ? », qui ont été présentés et mis au débat public aujourd’hui, à l’occasion d’une journée de rencontres initiée par l’association au théâtre Prémol et à laquelle j’ai participé.

Au-delà de l’enjeu essentiel de rendre visible cette réalité sociale des femmes en errance, je souhaite que cette journée se traduise par une mobilisation nouvelle, associative comme institutionnelle, autour de l’enjeu de la création d’une structure d’hébergement adaptée aux réalités de vie de ces femmes. En plein accord avec le collectif des associations de bénévoles et les collectivités territoriales, « femmes sdf » élabore un projet depuis plusieurs mois en ce sens, dont je suivrai la bonne mise en œuvre pour le compte de la ville de la Métro.

Preuve s’il en était besoin, dans le contexte sombre qui est celui de l’action sociale actuelle, que l’action exemplaire de professionnels et de militants, comprise et appuyée par les pouvoirs publics, peut permettre de trouver des solutions aux difficultés sociales les plus lourdes, pour peu que ces bonnes volontés se rejoignent dans un travail collectif. Un peu de bleu dans le ciel grâce à « femmes sdf »…

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 20:56

Le constat est aussi simple que sombre : entre une crise sociale qui continue de se durcir et des politiques nationales qui réduisent les moyens de la solidarité, l’année 2011 s’annonce particulièrement mal pour les acteurs du champ social.

Au plan national, et les évènements de l’été l’ont dramatiquement démontré, la réponse aux inégalités sociales passe de plus en plus par l’ordre public, dans une spirale provocation – répression qui ne fait qu’accroître la désespérance, la colère, et la violence. L’accueil collectif pour la petite enfance est ignoré, l’école publique fragilisée par les suppressions de postes, les collèges et les lycées aggravent de plus en plus les déterminismes sociaux, la politique familiale s’essouffle et laisse prospérer un discours qui culpabilise les parents « démissionnaires », autorisant le lien inacceptable entre politique de soutien à la parentalité et prévention de la délinquance, la politique du logement n’est presque plus financée par la solidarité nationale, les capacités d’hébergement restent largement insuffisantes, notamment pour les demandeurs d’asile, la réforme de la dépendance aggravera les inégalités face à ce risque… sans parler d’un air du temps nauséabond, avec une extrême droite prétendument « laïque et sociale » surfant sur les digues abattues de la droite républicaine, qui a abdiqué beaucoup de ses valeurs en légitimant le fantasme du lien entre immigration et insécurité et en flattant les pulsions les plus primaires d’une partie de l’électorat dans la mise en scène éhontée du tout répressif et de la stigmatisation tour à tour des jeunes, des Roms, des immigrés…

Au plan local, les contraintes financières qui pèsent sur les collectivités limitent gravement leurs marges de manœuvre et leurs capacités à répondre à l’augmentation des besoins sociaux. Si la Métro porte un programme local de l’habitat très volontariste (voir ce post) et de nouvelles ambitions pour la politique de la ville (au moment où l’Etat s’en désengage massivement), si le Conseil général fait face aux augmentations massives d’allocataires du RSA et de l’APA, nombre de projets ou d’actions de proximité sont aujourd’hui limitées, à tel point que de plus en plus d’acteurs « s’autocensurent » dans leurs ambitions, faute d’espoir de les voir un jour financées.

Face à cela, les acteurs locaux de l’action sociale, professionnels, militants et bénévoles associatifs, ressentent souvent un isolement croissant, une fatigue grandissante, avec l’impression parfois d’écoper le Titanic à la petite cuiller. Ces sentiments se doublent parfois d’une forme de fierté face au travail accompli, d’une gratitude entre bénévoles, professionnels et militants devant le constat de tout le travail réalisé, au prix d’efforts redoublés… mais pour combien de temps encore ?

Au moment où le pessimisme ambiant ressassé par les médias semble avoir gagné les militants les plus dévoués de la solidarité, et ils sont nombreux sur Grenoble, je voudrais dresser ici quelques motifs d’espoir pour l’année à venir : certaines graines semées il y a quelques années commencent à germer et la mise en œuvre du plan d’actions du CCAS, porté par de nombreux acteurs du champ social, se traduit par de nombreuses réalisations.

Le premier enjeu concernait les politiques de redistribution. Nous avons doublé les moyens de l’aide sociale facultative (environ 700 000 € aujourd’hui dont les 2/3 pour de l’aide alimentaire), mis en place et élargi l’allocation municipale d’habitation pour les locataires pauvres du parc privé, créé une allocation de maintien en foyer de jeunes travailleurs pour les jeunes en insertion avec l’UMIJ, dépassé le seuil des 100 bénéficiaires du microcrédit personnel. En 2011 l’action sur le microcrédit sera élargie grâce à un partenariat avec la Banque postale, nous mettrons en place une plateforme d’accompagnement budgétaire pour conseiller les ménages en difficulté et expérimenterons un soutien spécifique aux jeunes de moins de 25 ans sous forme de « fond coup de pouce » pour solvabiliser les périodes de fragilités liées à l’arrivée d’un enfant ou au premier emménagement.

Dans le même esprit d’agir pour la redistribution, nous avons priorisé toutes les politiques d’accès aux droits et aux services sociaux, qui passent notamment par l’ouverture à de nouveaux publics des centres sociaux, transformés en des « Maisons des habitants » permettant l’implication citoyenne et l’accompagnement de nouvelles formes de pauvreté ou de fragilité sociale (voir ce post). C’est ainsi que des actions existantes ont été développées, comme les réseaux d’échanges réciproques de savoir ou les actions sociolinguistiques, et que de nouvelles initiatives ont démarré ou seront lancées en 2011 : paniers solidaires, plateforme mobilité et auto-école sociale, épicerie solidaire itinérante, outil d’accès à la culture pour tous, fonds de participation des habitants, comités de usagers, mise en place expérimentale d’un baromètre participatif d’accès aux droits sur le secteur 6 avec Odénore. Le nouveau projet des centres sociaux se traduira aussi en 2011 par des rapprochements avec l’antenne mairie, comme sur le secteur 4, ou avec l’éducation populaire, sur Prémol, Teisseire,  l’Abbaye ou les Eaux Claires. Sur la Villeneuve, à l’Arlequin, le nouveau projet du Patio avec un accueil commun au centre social et à l’antenne mairie concrétisera, avec la mise en place d’un café associatif, l’installation d’une véritable plateforme d’accès aux droits et aux services que nous voulons porter avec les services sociaux du conseil général. Enfin, le nouveau projet des centres sociaux est maintenant soutenu par plus de 20 jeunes volontaires engagés dans le cadre du service civique, qui apportent leur enthousiasme, leur créativité, leur envie d’agir.

Dans le domaine de la petite enfance, cette année 2011 verra l’arrivée de deux nouveaux équipements, la crèche dite T2A à proximité de Berriat, d’une capacité de près de 80 places, et une crèche associative chemin de Beauregard à proximité du nouveau quartier de Bonne, pour une quinzaine de places. Dans le même temps, nous lancerons – enfin – la réhabilitation de la crèche Vieux Temple et poursuivrons le développement de notre priorité sociale dans l’accès aux crèches accompagné du déploiement du programme Parler Bambin.

Pour les personnes âgées, l’année 2011 verra l’aboutissement de la démarche participative d’élaboration du nouveau projet des logements-foyers, l’ouverture de l’EHPAD du Bois d’Artas, de l’espace « convivi’âge », et d’une petite unité de vie pour personnes dépendantes sur l’Abbaye. Les actions d’animation gérontologique, désormais pilotées à partir des besoins des quartiers, seront renforcées et mieux coordonnées pour lutter contre l’isolement. En outre, nous espérons l’aboutissement de projets partenariaux avec les associations, le secteur médical et le conseil général, comme la création d’un service partagé pour l’aide et les soins à domicile (spassad), la mise en place d’une filière de géronto-psychiatrie ou la mise en place d’une plateforme unifiée d’accès aux services de maintien à domicile avec les téléalarmes et le réseau vivial-ESP38. Enfin, j’ai bon espoir que la mobilisation collective pour rétablir une tarification spécifique dans les transports en commun pour les personnes âgées afin de lutter contre l’isolement connaisse dans les semaines qui viennent une issue positive, à la suite des travaux de la commission d’évaluation de la tarification solidaire du SMTC dans laquelle je me suis beaucoup investi.

Enfin, dans le domaine de l’hébergement qui connaît actuellement de très fortes tensions, cette année sera d’abord celle de l’ouverture du nouveau centre d’accueil à vocation intercommunal, d’une capacité de 70 places au lieu des 55 actuelles, dans un équipement qui accueillera aussi les nouveaux locaux du CHRS Henri Tarze. Pour les professionnels comme pour les personnes hébergées, ces deux équipements neufs constitueront une véritable amélioration, après de longues années d’attente. Autre bonne nouvelle, l’ouverture de lits « halte soin santé » au centre d’accueil et à la Boussole, qui permettront de mieux prendre en charge les lourdes difficultés de santé rencontrées par les publics de l’hébergement. Dans la suite du plan départemental d’hébergement, la Métro  portera avec le CCAS, en lien avec l’Etat le conseil général, un nouveau service d’accueil et d’orientation des demandes d’hébergement, avec pour mission de rendre plus transparent et plus fluide l’accès à l’hébergement et l’accompagnement vers le logement. Enfin, nous travaillons avec les associations et les institutions à la création d’un dispositif d’hébergement et d’insertion sociale et professionnelle des familles Roms, à l’échelle de l’agglomération, que nous espérons mettre en place avant l’été.

Bien sûr, cet inventaire non exhaustif des projets en cours ne tient compte que des bonnes nouvelles, alors que les inquiétudes sont nombreuses pour de nombreux autres dispositifs.

Bien sûr, ces avancées ne suffisent pas toujours à endiguer les tendances actuelles de régression sociale issues des politiques nationales.

Bien sûr, la satisfaction de voir avancer des projets locaux ne doit pas prendre le pas sur l’humilité nécessaire pour toujours essayer de comprendre l’évolution des besoins sociaux et s’y adapter avec le maximum de réactivité et d’efficacité.

Mais tous ces projets montrent que la mobilisation collective et l’envie d’agir ensemble n’ont pas abdiqué, malgré la morosité ambiante et les nombreuses situations de souffrance auxquelles nous sommes confrontés. J’aurai l’occasion de revenir ici sur chacun de ces projets pour rendre compte de leurs avancées, de leurs éventuelles difficultés, des premiers résultats de leur mise en œuvre. A nous d’être, en 2011 plus encore que les années passées, mobilisés, collectifs et imaginatifs pour faire progresser l’action sociale et lutter contre les inégalités.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 5 octobre 2010 2 05 /10 /Oct /2010 17:06

Depuis plusieurs mois, la Métro élabore, sous la houlette de Jean-Philippe Motte, vice-président chargé de l’habitat et du logement, son nouveau programme local de l’habitat (PLH) pour la période 2010 – 2015, outil majeur de la politique du logement à l’échelle de l’agglomération.

 

Chacun sait combien l’enjeu du logement est fondamental au plan social, dans un territoire particulièrement dense qui concentre beaucoup de richesses et de potentialités de développement, mais aussi une forte précarité assumée par un nombre trop limité de communes. Si Grenoble atteint aujourd’hui le seuil légal des 20% de logements sociaux (et ce, en dépit des nombreuses démolitions imposées par le renouvellement urbain) et réunit avec 6 autres communes 84% des logements sociaux de l’agglomération, il est évident pour tous que la réponse à l’énorme demande de logements sociaux (13 000 sur l’agglo pour environ 2500 attributions par an) nécessite un effort partagé par toutes les communes de la Métro, notamment celles qui disposent de réserves foncières importantes.

 

C’est pourquoi le nouveau PLH constitue une avancée majeure : avec un rythme annuel de 2300 logement familiaux et 550 lits supplémentaires en résidence (soit 2700 « équivalents logements »), il prévoit la construction sur 6 années de plus de 16000 logements nouveaux (contre 13 000 pour le précédent PLH 2004 – 2009), dont plus de 40% réellement sociaux (PLUS et le plus possible de PLAI). Avec 188 000 logements sur le territoire de la Métro, cet effort représente une augmentation annuelle de 1,5% du parc, donc une ambition réaliste compte tenu de la densité existante et des contraintes géographiques. Au-delà de l’offre nouvelle, le PLH propose un engagement très lourd pour l’amélioration du parc existant, tant public que privé (rappelons que 2/3 des ménages pauvres habitent le parc privé). Ce sont ainsi 10 000 logements (moitié publics, moitié privés) qui feront l’objet d’une réhabilitation thermique et 2400 logements qui seront entièrement réhabilités dans les copropriétés fragilisées. Ces deux premiers axes du futur PLH représentent un effort budgétaire sans précédent pour la Métro : pas moins de 153 M€ sur 6 années, pour un investissement global lié au PLH estimé à 1,3 milliard d’euros, soit un impact considérable en terme d’activité économique.

Alors que le débat politique se focalise souvent sur la réflexion binaire entre communes qui construisent et communes qui refusent du logement social (débat qui recouvre des réalités politiques tout à fait concrètes) le PLH marque un réel engagement de l’ensemble des communes, malgré les contraintes de certaines (risques naturels, technologiques etc.)

 

A ces deux politiques liées à l’offre de logement (développer son volume, améliorer sa qualité), la Métro a décidé d’ajouter un troisième axe du PLH intitulé « s’impliquer dans l’accès au logement social et dans l’hébergement », dont j’ai animé les ateliers de réflexion (compte rendu ici) en tant que co-président de la commission logement.

La première partie de cet axe du PLH est liée à l’accès au logement : de l’accueil de la demande au traitement des attributions « très sociales » par l’expérimentation d’une commission sociale (en lien avec la mise en œuvre du Dalo, droit au logement opposable), en passant par l’accès à un logement adapté des jeunes, des étudiants, des personnes âgées ou des gens du voyages par la réalisation du schéma départemental, l’enjeu est d’animer une politique d’agglomération qui rende possibles les « parcours résidentiels » par un traitement équitable de toutes les demandes et la recherche d’orientations communes sur les politiques d’attributions, dans un équilibre entre le respect des prérogatives des communes et la nécessité d’apporter aux difficiles réalités sociales des réponses à l’échelle de l’agglomération.

L’autre aspect concerne la volonté de la Métro de s’impliquer dans l’hébergement. C’est une compétence nouvelle dans la mesure où elle ne s’engageait dans le passé que sur l’investissement et ne participait pas à l’animation globale du dispositif. Aujourd’hui, à l’instar des autres intercommunalités du département, la Métro souhaite prendre sa place, sans se substituer aux compétences de l’Etat et du Conseil Général, pour piloter à leurs côtés une politique de l’hébergement cohérente au niveau de l’agglomération, c'est-à-dire imbriquée dans une politique globale logement – hébergement.

L’enjeu est d’importance. Malgré une très forte augmentation de l’offre d’hébergement (6000 places dans le département dont 4000 sur le territoire de la Métro), celle-ci peine à répondre aux besoins, du fait de la saturation des dispositifs d’urgence par la demande d’asile (voir ce post), d’une relative inadaptation à certains publics (jeunes, femmes isolées, « grands exclus », roms, etc.), et d’une trop faible sortie vers le logement (en 2008, seuls 50% des ménages hébergés ont accédé à un logement autonome). En outre, l’accès à l’hébergement reste largement tributaire de la « porte d’entrée » dans les dispositifs, accentuant une distinction artificielle entre l’hébergement dit d’urgence et l’hébergement dit d’insertion.

De longue date, la ville de Grenoble et son CCAS ont joué un rôle central, avec l’Etat, dans l’animation de l’hébergement au niveau de l’agglomération, puisque notre ville concentre 70% des capacités de l’agglomération et la quasi-totalité des places d’urgence. Dans le contexte actuel, cette responsabilité doit être partagée à l’échelle de l’agglomération, afin de mieux mutualiser les efforts des communes et de définir une stratégie globale qui cesse de faire porter l’effort de solidarité sur les plus vertueux, concentrant de fait la précarité et aggravant les inégalités entre les territoires.

 

Dans ce cadre, le président la Métro, Marc Baietto, et Michel Destot, en accord avec Jean-Philippe Motte qui pilote l’ensemble de la politique de l’habitat, ont décidé de créer une nouvelle vice-présidence à l’hébergement dont la responsabilité m’a été confiée lors du conseil de communauté du 24 septembre. C’est une responsabilité d’agglomération, forcément collective puisqu’elle suppose non seulement l’implication de toutes les communes, mais aussi un partenariat étroit avec l’Etat, le conseil général et l’ensemble des acteurs associatifs. Déjà fortement impliqué sur ces enjeux à la Ville de Grenoble et au CCAS, je compte mettre mon énergie à animer le travail collectif important et indispensable pour améliorer le fonctionnement de l’hébergement dans notre agglomération, pour mieux répondre aux considérables besoins humains et sociaux que nous connaissons.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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