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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 20:19

7286 151 Maison-Des-HabitantsWebNous étions plus d’une soixantaine réunis jeudi 8 décembre à la Maison des Habitants du secteur 3 pour lancer ensemble le « comité des usagers ».

Habitants des Eaux-Claires, de Mistral, du Lys rouge, d’Abry et de Libération, nombreux étaient les citoyens mobilisés pour cette initiative nouvelle, qui vise à donner pleinement leur place aux usagers dans ces maisons qui concilient services publics, présence associative et espaces de rencontres et d’engagement pour les habitants.

Grace au très bon travail préparatoire des professionnels, la soirée a permis, au sein de plusieurs groupes de travail, de faire émerger les thématiques de mobilisation voulues par les habitants : la mixité sociale dans le logement, les rapports à l’école, les liens entre quartiers, l’accueil et l’information des nouveaux arrivants… gensavec une volonté claire de fédérer autour de ce comité des usagers l’ensemble des acteurs des quartiers, de concert avec les unions de quartier et le conseil consultatif de secteur.

Avec ma collègue Laure Masson, nous avons largement évoqué le nouveau projet des Maison des Habitants (voir ici) et la volonté d’ouverture qui nous anime, tant en direction des associations qui sont indispensables tant pour l’accès au droits que pour l’animation de ces lieux collectifs qu’envers les habitants, comme le montre la réussite des fonds de soutien gérés directement par les habitants volontaires. 

Ces comités d’usagers seront-ils d’abord des lieux de rendu-compte, d’échange voire de confrontations entre habitants, professionnels et élus ? petit-dej-08-12-11-004.jpgOu seront-ils davantage des espaces de mobilisation collective pour travailler ensemble à faire progresser le « vivre ensemble » dans nos quartiers ?

Les habitants présents ont clairement préféré la seconde option, avec un engagement très fort à poursuivre la démarche (certains souhaitant un rythme de deux réunions mensuelles) pour donner pleinement leur pleine mesure à ces équipements collectifs qui seront d’abord ce que les habitants en feront, soutenus par les professionnels et les élus.

Encore une petite pierre qui vient enrichir notre projet de développement social, qui place la demande sociale au cœur des politiques publiques…

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 11:52

ecole-copie-1.jpgSi la gauche entend, demain, être fidèle à son projet d’égalité réelle, il serait bien dommage que la récente polémique suscitée par la volonté de l’éducation nationale d’évaluer les enfants de maternelle ne la rende pusillanime sur ce sujet.

Le rejet unanime par les syndicats comme par les fédérations de parents d’élèves du projet du gouvernement est d’abord révélateur de la logique de défiance qui s’est instaurée entre la droite et la communauté éducative, conséquence non seulement des baisses successives de moyens mais aussi de discours idéologiques passés, comme la critique aussi virulente qu’infondée de la démocratisation scolaire (voir Eric Maurin, La nouvelle question scolaire).  Plus largement, la droite récolte aujourd’hui les fruits de ses hystéries sécuritaires comme de ses raccourcis idéologiques, qui ont souvent entretenu la confusion entre fragilité sociale, déterminisme et comportement potentiellement dangereux. Dès lors,  l’utilisation de terme comme « à risque » voire même celui d’évaluation qui est vu comme une détermination précoce alors qu’il s’agit justement de l’empêcher, ne peut que faire craindre le pire à la communauté éducative. C’est cette défiance profonde qui décrédibilise toute velléité de la droite de réduire les inégalités scolaires, fut-elle adossée au constat partagé de l’incapacité de notre système éducatif à enrayer la reproduction sociale.

Ainsi, pour la gauche qui porte seule à la fois le projet et la crédibilité nécessaires à la conduite des changements nécessaire à une véritable politique de réduction des inégalités à l’école, le rétablissement de la confiance constitue un préalable indispensable qui justifie davantage encore les engagements clairs et chiffrés de François Hollande. Mais cette condition préalable ne sera suffisante que si elle s’accompagne d’une capacité à penser autrement la démocratisation scolaire, en concentrant les moyens en direction des enfants qui en ont le plus besoin, ce qui justifie pleinement, à condition de l’entourer d’importants garde-fous éthiques, de reprendre la question de l’évaluation individuelle des enfants dès la maternelle, non pour prétendre prédire un comportement ou une dangerosité sociale future, mais pour mettre en place une prévention précoce, pour adapter l’accompagnement éducatif, pour renforcer la guidance pédagogique selon la réalité des besoins.

Car il est urgent que l’hystérisation du débat et la logique de défiance cessent d’empêcher l’éducation nationale d’engager une transformation éducative et pédagogique essentielle, c'est-à-dire l’accompagnement  individualisé de l’enfant. L’enjeu est fondamental : rompre avec une école qui reproduit les inégalités en prétendant considérer tous les élèves égaux devant les apprentissages. La réussite de la démocratisation scolaire, qui est réelle, ne sera complète que si elle s’accompagne non pas d’une illusoire égalité des chances ; mais au contraire d’une réduction des inégalités réelles par une individualisation adaptée.

Les études internationales sont sans appel et révèlent toutes la même corrélation entre fragilité sociale et difficulté d’apprentissage de l’enfant même si, au niveau des individus, la situation sociale n’est heureusement prédictive ni du comportement ni du potentiel scolaire. Cette inégalité de destin qui cause tant de désespérance sociale et de sentiment de déclassement (voir ici), nous savons aussi qu’elle est réductible dans la capacité à faire surgir l’individu derrière l’élève, à cesser le pilotage grégaire du temps scolaire pour accompagner chaque enfant à partir de ses potentialités et de ses limites propres. Dès lors, le repérage des difficultés de l’enfant est indispensable pour renforcer, adapter  l’accompagnement pédagogique à ses besoins et viser l’égalité des acquis  de tous les enfants pour ce qui concerne les compétences fondamentales.

A Grenoble, nous avons conduit une expérimentation concernant l’acquisition du langage dénommée « parler bambin », dont les résultats positifs ont été démontrés scientifiquement. Constatant la permanence de retards langagiers chez les enfants de familles pauvres, nous avons imaginé avec le docteur et chercheur Michel Zorman et les professionnelles de crèche un programme dont l’enjeu est moins de préparer l’enfant à l’école que de faciliter son développement global au travers du langage, à l’instar de l’avancée qu’ont constitué par le passé les activités de développement psychomoteur. Les résultats ont été probants à la fois pour les enfants repérés comme « petits parleurs » qui ont plus que rattrapé leur retard initial, pour les parents qui ont enrichi leur relation de premier éducateur à leur enfant, et pour les professionnelles, qui ont acquis des compétences nouvelles et trouvé un sens réaffirmé à leurs missions. Le succès de cette expérimentation sociale, reprise par plusieurs collectivités comme la ville de Lille, est renforcé à Grenoble par la priorité d’accès aux crèches que nous donnons aux familles pauvres. Ainsi, les 3000 enfants accueillis chaque année, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté, bénéficient tous d’une pédagogie adaptée et pour quelques centaines, d’un travail renforcé en petits groupes qui leur permet de progresser. Ne nous y trompons pas : sans donner aux professionnels des outils de repérage  précoce, dès 18 mois en l’occurrence,  venant compléter leur propre évaluation, ce type d’action essentielle à la réduction des inégalités ne serait pas envisageable.

Au final, la capacité future de la gauche à faire naître un consensus autours de l’évaluation des enfants – par le débat et en y apportant les bornes morales indispensables en concertation avec les enseignants et les parents – met en jeu deux évolutions fondamentales : celle d’une éducation qui distingue les individus et se donne les moyens véritables pour aider ceux qui en ont davantage besoin, rompant avec un égalitarisme de façade qui n’est que l’alibi du conservatisme, et, plus largement, celle d’un regard sur l’enfant qui le reconnaisse dès la petite enfance comme un individu.

Du « ventre sur pattes » des décennies passées à l’individu complet de demain, avec ses potentiels et ses limites, intrinsèques ou liés à son environnement, c’est le regard de toute la société qui doit changer : en matière de petite enfance, l’infantilisation des enfants a bon dos si elle excuse les inégalités dont ils sont victimes. C’est aujourd’hui la responsabilité de la gauche et de son candidat, François Hollande, que de penser cette révolution pédagogique pour que l’évaluation de l’enfant soit pleinement au service de son épanouissement et pas le nouvel avatar, pour la droite, du darwinisme social qui constitue son fond de commerce idéologique.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 15:06

 

A l’issue d’un processus d’écriture qui s’est largement appuyé sur le recueil de la parole des chibanis (« cheveux blancs »), ces vieux migrants d’aujourd’hui, venus en France dans les années 60 porter par leur travail la croissance des « 30 glorieuses » et délaissés depuis tant d’années, Nasser Djemaï a écrit et mis en scène « Invisibles », une formidable pièce de théâtre coproduite par la MC2 et à voir absolument, jusqu’au 3 décembre (c’est ici pour plus d’infos).

photo-invisible.jpg Avec  une tendresse infinie, un humour tout en dérision de soi et des autres, un recul sur l’histoire et une émotion toujours sensible, comme un fil tendu tout au long de la pièce, Nasser Djemaï raconte la quête d’un père par un jeune homme plongé au cœur de la vie quotidienne d’un foyer Adoma (ex Sonacotra), et qui va trouver plus qu’un père : une famille de destin, unie par la conscience collective de ces vies broyées par un colonialisme économique qui a toujours déconsidéré cette main d’œuvre immigrée assignée aux tâches les plus pénibles, aux cadences les plus fortes, aux risques d’accidents les plus élevés. Chaque itinéraire que nous retrouvons au travers des cinq résidents du foyer (tous interprétés par des acteurs superbes) éclaire mieux que tous les discours les choix et les souffrances intimes de ces hommes qui ont renoncé à leur vie de famille, les révoltes de citoyens qui ont vécu et soutenu l’indépendance, et ont eu le sentiment d’avoir été trahi de partout, notamment par la France, et au final, quand les rêves se révèlent des illusions, cette forme de sagesse dans le renoncement, dans l’effacement, que certains ont trouvé. Comme si l’invisibilité était une condition de l’apaisement, du repli sur une fraternité de semblables, pour continuer à vivre, tout simplement. Au-delà de la mise en lumière émouvante de la réalité de vie des chibanis, la pièce propose ainsi une subtile mise en abyme des choix, des modes et des rythmes de vie de chacun qui constitue une belle invitation à la réflexion.

Evidemment, l’incontestable qualité littéraire de la pièce et les réflexions intimes qu’elle ouvre ne doivent pas faire oublier son objet premier, qui a valeur de témoignage sur les conditions de vie des chibanis mais aussi d’interpellation de la conscience de chacun comme de la responsabilité politique. Né à Grenoble et ayant grandi à Teisseire, Nasser Djemaï connaît les associations qui accompagnent depuis des années les chibanis, tant pour les aider dans les dossiers administratifs (ah, ces impossibles dossiers de retraites !) que pour faciliter leur vie sociale. Il a d’ailleurs travaillé avec Fraternité – Teisseire et Pays’age pour la création des « Invisibles », associations qui réfléchissent actuellement avec la Ville et le CCAS pour étendre la création de café sociaux à d’autres quartiers, par exemple à Mistral et à la Villeneuve. Nous essayons aussi, avec la mise en place d’équipes gérontologiques territorialisées, d’inclure les vieux migrants dans toutes les initiatives d’animation et d’amélioration de la vie sociale, avec quelques succès, mais aussi des échecs tant il est difficile de dépasser les logiques d’entre-soi, quelles que soient les origines. Enfin, pour avoir visité l’ensemble des foyers Sonacotra il y a quelques années, parfois avec une terrible consternation tant les conditions de vie étaient indignes malgré les efforts des salariés, je ne peux que me réjouir que les démarches de reconstruction des foyers Adoma soient très engagées à Grenoble, offrant à ces vieux migrants qui ont construit notre ville une qualité de vie bien meilleure. C’est ainsi que la toute nouvelle résidence Beauvert sera inaugurée le 5 décembre prochain.

Comme un symbole que ces « invisibles » de la République ont en partie gagné, bien que trop tardivement, le respect et la reconnaissance qui leur sont dus.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 20:12

 

« Violences conjugales : enfants dans la tempête », c’est cette année le sujet du colloque annuel organisé par l’association Miléna, qui aide les femmes victimes de violence, avec l’intérêt majeur de croiser les approches à la fois sociales, psychologiques, juridiques et politiques.

 

Sur un sujet aussi difficile, le premier mérite de ce colloque est de faire émerger une réalité sociale méconnue : la question des violences conjugales est quasi exclusivement traitée du point de vue des adultes en cause, en oubliant les conséquences parfois très lourdes pour les enfants, placés malgré eux au cœur de la « tempête » du couple.

 

L’enfant subit en effet la violence à l’intérieur du couple, avec ses infinies variétés, qu’elle soit physique,enfant-seul.jpg psychologique ou les deux, à travers une exposition à des degrés divers. Ainsi, de l’enfant qui "n'est pas au courant", ou qui "entend parler des scènes" à celui qui va adopter une démarche de victimisation, c'est-à-dire essayer d'attirer les foudres sur lui, ou même intervenir au sein du conflit parental, les psychologues identifient une dizaine de niveaux d’expositions qui sont d’autant plus difficiles à gérer que l’enfant est petit. A ces expositions liées aux violences conjugales, ou même au conflit parental, d'autres mauvais traitements psychologiques sont associés : la peur, le dénigrement de soi ou d’un parent, la culpabilisation… autant d’abus émotionnels qui "corrompent" l'enfant (ou l'enfance dans l'enfant) en le confrontant à un modèle relationnel inadapté. Comme l’a expliqué le pédopsychiatre Maurice Berger, ces expositions ont évidemment un impact important sur le développement affectif de l’enfant, qui sera aussi fonction de la nature de la relation parents – enfants, des compétences parentales ou des capacités de résilience de l’enfant.

 

Compte tenu d’une part des évolutions des comportements familiaux, avec le développement des séparations (rappelons que 20% des familles des zones urbaines sensibles sont monoparentales), du délitement des liens familiaux,  ajouté d’autre part aux effets de la crise qui génère une grande augmentation de la souffrance sociale – et de la violence qui en résulte – dans les familles, donc dans l'environnement naturel des enfants dès leur plus jeune âge, on mesure combien l’effectivité du statut de « victime » des enfants au cœur des conflits parentaux est un enjeu social émergent dans les consciences mais majeur dans la réalité sociale.

 

Ce constat doit d'abord interroger le rapport de la société à l'enfant. Nous sommes en effet très en retard sur notre capacité globale à considérer l’enfant non pas uniquement comme un individu en devenir mais comme une personne singulière avec des droits, des capacités et des limites. Ainsi, notre culture pédagogique reste celle du groupe, c'est-à-dire de l'indifférenciation, ce qui explique les résistances à l’évaluation individuelle de l’enfant qui seule pourra permettre une pédagogie adaptée et une stratégie effective de réduction des inégalités scolaires (mais c’est un autre débat…). Ainsi de notre politique familiale qui reste depuis l’après-guerre centrée sur les parents et vise à leur permettre à  la fois l'exercice de la parentalité (les parents considérés à juste titre comme les premiers éducateurs de leurs enfants), mais aussi la compatibilité avec l'activité professionnelle, alors que la cause du développement de l’enfant est peu défendue… Ainsi de la souffrance somatique ou de la douleur de l’enfant, notamment à l’hôpital, qui est restée longtemps sous-évaluée même si des progrès remarquables ont été accomplis depuis une dizaine d’année. Avec ces colloque, c’est bien l’enjeu de la souffrance psychologique de l’enfant, en l’espèce liée aux violences conjugales, qui apparaît comme un nouvel horizon dans la prise en compte de l’enfant en tant qu’individu.

 

Une fois posé l’enjeu, force est de reconnaître que le chemin est long pour rendre la société moins aveugles aux besoins, c'est-à-dire aux droits, des enfants. C’est évidemment le rôle des responsables politiques que d’y concourir, notamment en repositionnant l’enfant au cœur de la politique petite enfance (voir ici) ou en permettant l’émergence de politiques éducatives davantage orientées sur le repérage des besoins de chaque enfant pour accompagner sa réussite, au besoin avec des programmes renforcés comme nous l’avons fait à Grenoble avec Parler Bambin. Au-delà des responsables politiques, cette conception du rapport à l’enfant interroge bien des pratiques professionnelles et doit faire l’objet d’un vaste engagement en termes de formation et d’acquisition de compétences nouvelles.

 

Mais la question posée par l’impact des violences conjugales sur le développement des enfants appelle des réponses autrement plus précises que la perspective, pour autant nécessaire, de faire évoluer le regard de toute la société sur l’enfant. En termes de politiques publiques, des réponses précises peuvent et doivent être développées.

 

D’abord, la première priorité est de limiter l’exposition des enfants, donc de soutenir la bonne santé mentale de chacun des parents, qui est un facteur de résilience pour l'enfant. Cela passe par l’accès soit aux lieux d’écoute psychologiques tels que ceux mis en place dans plusieurs quartiers à Grenoble (et renforcés depuis quelques mois), soit plus simplement par un maillage d’acteurs sociaux, au premier rang les assistantes sociales et les conseillères des services sociaux et de la protection maternelle et infantile, dans une démarche non de jugement sur les parents mais d’accompagnement bienveillant des difficultés qu’ils rencontrent. Evidemment, dans les cas de violences conjugales caractérisées, la première urgence est de protéger le parent victime, le plus souvent la mère, par une prise en charge adaptée d’elle et de ses enfants, comme le fait justement l’association Miléna.

 

Ensuite, dans la même veine, il importe de soutenir la relation entre parents et de faciliter l’exercice de la parentalité des deux parents, à condition que la médiation familiale n’ait pas pour conséquence de faire durer, et donc d’aggraver l’exposition aux violences des enfants concernés ou d’accroître leur stress. Hormis cette limite qu’il importe de poser, pour les cas les plus nombreux où la pacification est accessible, cela signifie soutenir le rôle des lieux d’accueil enfants – parents, structures associatives qui souffrent en ce moment de moyens insuffisants (je vous invite à signer ici la pétition de soutien à La Passerelle, seule association de l’agglomération à mettre en œuvre les décisions de justice en matière de médiation familiale et qui n’a pas les moyens de faire exécuter les jugements, au mépris des droits des familles !), faciliter l’accès aux espaces familles des centres sociaux ou aux ludothèques qui permettent la reprise ou la continuation de relations enfants – parents en présence de professionnels.

 

Enfin, il est impératif de soutenir les enfants eux-mêmes, non seulement en prenant systématiquement en compte le contexte de violences conjugales lorsque sont fixées les mesures concernant le droit de visite et l’hébergement lors des séparations mais aussi en garantissant aux enfants l’accès à des soins psychologiques.  De ce point de vue, la présence de centres médicaux psychologiques spécialisés sur l’enfance est essentielle là où la souffrance psychosociale est la plus forte, comme dans le quartier de la Villeneuve où nous mettons tout en œuvre pour conserver le CMP CATTP. Placer la psychiatrie de secteur en position d’acteur intégré au développement social d’un quartier est à cette aulne une stratégie indispensable pour laquelle nous travaillons sur Grenoble et son agglomération (voir ce post), afin que soient levées les méfiance entre les cultures professionnelles et les difficultés de partage d’informations qui portent préjudice à l’efficacité de l’action médico-sociale.

 

En conclusion forcément provisoire, l’enjeu tout à fait majeur de la réponse aux souffrances des enfants liée aux conflits et aux violences conjugales exige une capacité collective à la fois de repérage des situations (par les services sociaux du conseil général, les assistantes sociales scolaires, les médecins des centres de santé ou libéraux, les travailleurs sociaux associatifs, les habitants impliqués…), d’orientation, et d’accompagnement adapté qui ne peut passer que par un partenariat harmonisé entre habitants, acteurs sociaux et sanitaires, et institutions.

Voilà un enjeu social émergent qui renforce ainsi l’urgence à développer le travail social communautaire qui fonde le nouveau projet des Maisons des habitants (voir ici) et à promouvoir davantage de solutions combinant pour les femmes et les enfants victimes un hébergement adapté et un accompagnement social renforcé, en lien avec le secteur sanitaire.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 22:12

Quand la droite est en difficulté, elle puise dans  les vieilles la-droite-c-est-des-75-milliards-d-euros-de-cadeaux-fiscaux.jpgcasseroles qu’elle partage le plus souvent avec l’extrême droite. Ainsi, le terme d’assistanat, qui vient de l’ultra droite libérale et n’existait pas dans le vocabulaire courant il y a seulement 20 ans fait-il dorénavant partie des marronniers de la droite française, qu’elle ressort à chaque saison électorale, surtout lorsqu’elle se sent fragile.

Après la sortie honteuse de Laurent Wauquiez sur le « cancer de l’assistanat », qui comme d’habitude n’avait d’autre but que de tester et de préparer l’opinion, c’est l’encore président de la République qui se lance sans vergogne dans la mise en accusation publique des allocataires de minimas sociaux, présentés comme des fainéants qui vivent au crochet de la société, livrés à la vindicte populaire en enfilant tous les poncifs de la droite extrême dite « populaire » (voir ici la grotesque et productive brigade créée par M. Ciotti : 16 agents pour 10 plaintes !).

La première réponse doit être politique : les premiers fraudeurs de la solidarité publique, ce sont évidemment d’abord les exilés fiscaux, les amis de M. Sarkozy qui profitent du maintien, en ces temps de crise, du bouclier fiscal (800 millions d’euros de coût pour la collectivité), sans parler des plus riches, qui avec la réforme de l’ISF économiseront 1,8 milliards de francs. Au total, le PS chiffre à 10 milliards par le cout annuel du « paquet fiscal » promis par M. Sarkozy aux plus fortunés (voir ici).

Mais le rôle de la gauche doit aussi être de rappeler la réalité sociale, qui est aux antipodes des fantasmes véhiculés par M. Sarkozy et ses amis.

En premier lieu, la fraude aux prestations sociales est marginale.

Voici les chiffres donnés ce jour même par la CNAF sur l’accueil de son site internet, après le très bienveillant slogan « frauder c’est voler, celui qui fraude sera sanctionné » :

-         - 13 114 cas de fraudes ont été enregistrés en 2010 par la Caisse nationale des Allocations familiales, soit 10% de plus par rapport à 2009.

-          - 9 355 sanctions ont été prononcées, soit 18% de plus par rapport à 2009.

-          - le préjudice financier s’élève à 90 149 867 euros, soit 5% de plus par rapport à 2009.

Brrr… notre âme de bon contribuable et d’honnête citoyen frissonne déjà d’indignation !

Sauf que rapportés aux chiffres globaux d’activité de la CNAF en 2010 (trouvés ici), cela donne :

-          - 13 114 cas de fraude rapportés aux 11 281 380 allocataires : 0,12 %

-          - 9 355 allocataires sanctionnés : 0,08 % du total des allocataires

-          - 90 millions d’euros de préjudices sur 60 milliards de prestations : 0,15 % du budget global.

En clair, et même s’il est vrai que la fraude (qui est évidemment inacceptable) n’est pas intégralement repérée, il est communément admis par les scientifiques et les responsables de l’action sociale qu’elle est inférieure à 1 % des allocataires et à 1% des prestations. Il s’agit d’un taux tout à fait remarquable qui montre qu’il s’agit d’une pratique heureusement marginale, et qu’il n’est pas possible de diminuer sauf à augmenter encore davantage le non recours au prestations sociales.

C’est le second argument que le gauche doit porter : le débat sur la fraude masque la réalité sociale du non-recours, qui est au moins dix fois plus importante !

Il suffit se rendre sur le site de l’observatoire du non recours aux droits et aux services (Odenore) ou de l’observatoire des inégalités (ici et ici) pour apprendre par exemple que le taux de non recours au RSA socle est d’au moins 35 %, d’environ 25 % pour la CMU de base et entre 25 et 30 % pour la CMU complémentaire. Il est d’ailleurs proprement consternant que ces chiffres qui témoignent de graves difficultés dans la mise en œuvre de politiques sociales ne soient jamais cités ni par les responsables politiques nationaux ni par les médias.

Au final, et au-delà du commentaire politique sur la mystification honteuse que constitue la dénonciation de la fraude, l’enjeu pour la gauche de porter ces réalités sociales dans le débat public est essentiel. En effet, la droite a largement gagné la bataille de l’opinion depuis au moins deux décennies, comme le montrent les études "conditions de vie et aspirations des Français" du Crédoc qui témoignent du regard de plus en plus critiques de nos concitoyens vis-à-vis de l’action sociale. Comme un symbole, le terme d’assistanat est repris depuis quelques années par des responsables dits de gauche,  permettant aux fantasmes qui nourrissent la concurrence des misères de prospérer tranquillement, alimentant la peur /haine de l’autre. En définitive, si l’on ne combat pas la droite en dénonçant sur le fond les mythes comme la fraude ou l’assistanat sur lesquels elle fonde une partie de son « idéologie du mérite », c’est le crédit de l’action sociale et même la confiance de nos concitoyens dans la République sociale que la gauche laissera détruire.

Soyons donc fiers de nos valeurs, fiers de notre engagement pour la solidarité, ne laissons pas les caricatures scandaleuses brouiller la réalité sociale vécues par nos concitoyens, celle d’une société de plus en plus dure avec les faibles et de plus en plus complaisante à l’égard des puissants.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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