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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 18:38

Grenoble accueillait ces derniers jours les 12èmes rencontres de la démocratie locale, organisées par l’Adels (association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) qui fêtait ses 50 ans. A cette occasion, j’ai animé un atelier sur le nouveau projet pour les centres sociaux issu du plan d’actions du CCAS, qui prévoit une forte participation des habitants.

 

L’origine des centres sociaux, qui remonte en France à l’entre-deux guerres, est associative : il s’agissait d’abord de permettre aux habitants des quartiers populaires de « prendre leur vie en mains » et de développer des projets sociaux d’intérêt local, en lien avec les valeurs de l’éducation populaire naissante. A Grenoble, depuis l’époque Dubedout, les 11 centres sociaux sont gérés dans une logique de service public d’action sociale, porté par le CCAS. Depuis la décentralisation, ils se sont ainsi construits, pour l’essentiel, sur un partenariat fort avec le conseil général, dont les services sociaux sont présents au sein même des équipements, et avec la CAF qui les agrée et finance leur dimension de politique familiale.

 

Cette logique de service public, qui s’est développée au détriment de la dimension associative, a des avantages évidents, comme d’offrir un accès égal à tous, en proximité, à un accompagnement et des services sociaux. En plaçant les travailleurs sociaux au cœur des quartiers, elle leur permet de développer une offre d’actions collectives qui ont montré leurs pertinences : soutien à la parentalité, actions socio-linguistiques, permanences d’écrivains publics et de conseils juridiques, réseaux d’échanges réciproques de savoirs… les exemples de réussites ne manquent pas.

 

Pour autant, ce modèle très « municipalisé » montre depuis plusieurs années ses limites. Du fait de l’individualisation du travail social, d’une part, qui limite la capacité des professionnels à porter de l’action collective et tend à mettre l’habitant en situation de seul « bénéficiaire » de services sociaux. Et d’autre part parce que l’image des centres sociaux s’est peu à peu réduite au seul public de ces services sociaux, comme si ces lieux étaient réservés aux personnes en grande difficulté sociale. Ainsi, et même si ce constat mériterait mille nuances, de nombreux habitants ont développé des stratégies d’évitement des centres sociaux, comme si y avoir recours était l’aveu, souvent public à l’échelle d’un quartier, que l’on n’avait « pas d’autre choix ». Avec le développement de nouvelles formes de pauvreté (les travailleurs pauvres, les jeunes sans soutien familial, les personnes âgées, les mères célibataires…), une grande partie des personnes qui pourraient utilement bénéficier des services des centres sociaux s’en trouve donc de facto exclues, soit par ignorance de la réalité de leurs missions, soit par refus de s’assimiler à un public perçu souvent comme celui de « l’assistance sociale ». Enfin, ce rétrécissement du champ d’action des centres sociaux, leur limitation de fait à certains publics (essentiellement celui des assistantes sociales du conseil général) concourre au morcellement et à la spécialisation des équipements publics : celui pour les personnes âgées, celui pour la petite enfance, celui pour les « pauvres » etc.

 

C’est ce constat qui a amené les nombreux participants à l’élaboration du plan d’actions du CCAS à proposer une nouvelle étape dans l’histoire de nos centres sociaux, fondée sur deux stratégies complémentaires : la mutualisation avec d’autres équipements et le développement de la participation des habitants.

 

A Chorier-Berriat comme à Bajatière, les centres sociaux sont de longue date co-gérés avec une association d’éducation populaire, à la satisfaction commune. Les associations adossées au service public sont dégagées de certaines charges de gestion tout en conservant leur pleine autonomie de projet. Pour le CCAS, l’action associative et l’implication d’habitants – administrateurs est un enrichissement évident, qui permet en sus d’attirer un public différent de celui des services sociaux et donc de proposer davantage d’actions collectives. Ayant démontré sa pertinence, ce modèle de mutualisation, respectueux de l’identité de chacun, fondé sur des valeurs et un projet partagés, doit être développé. C’est ainsi que nous avons lancé la mutualisation du centre social et de la maison des habitants aux Baladins et que nous réfléchissons à des rapprochements dans plusieurs quartiers, comme à l’Abbaye ou aux Eaux Claires. Lorsque la proximité géographique rejoint la cohérence de projet, ces mutualisations (qui ne portent pas d’objectif de « rationalisation » des moyens) semblent naturelles et sont à l’évidence porteuses d’un meilleur service pour les habitants.

Nous expérimentons aussi sur Mistral – Eaux Claires une autre forme de mutualisation, entre le centre social et une antenne mairie. Il s’agit là de renforcer l’offre de services publics sur un secteur et de croiser les publics de ces équipements afin de leur proposer davantage de services. Combien de familles qui utilisent les antennes municipales pour les inscriptions scolaires ignorent par exemple l’offre de vacances portée par les centres sociaux ? Combien pourraient bénéficier des espaces familles, des centres de planification ou des réseaux d’échanges réciproques de savoirs ? Là encore, nous voulons enrayer les logiques de cloisonnement et faire des centres sociaux des lieux ouverts et disponibles pour tous.

 

Parallèlement à cette stratégie de l’offre, essentielle mais qui repose d’abord sur la volonté des acteurs institutionnels et associatifs, nous développons une stratégie fondée sur la demande des habitants, en leur proposant un cadre nouveau d’implication : la création de comités des usagers des centres sociaux, afin que les habitants puissent exprimer leurs critiques, leurs attentes et proposer de nouvelles actions ou d’autre modes de mobilisation collective. Nous voulons reconnaître « l’expertise d’usage » des habitants, et au-delà de leur proposer un cadre d’expression et d’échange, nous engagerons à l’automne la création de fonds de soutien aux projets des habitants, afin qu’ils puissent eux-mêmes décider le financement d’actions collectives à l’échelle de leur quartier. C’est une façon de mettre les ressources des centres sociaux à disposition des habitants, et donc de développer ce que certains appellent le travail social « communautaire » (au sens de la communauté de vie, par de l’identité communautaire), « l’empowerment » ou la « capacitation citoyenne ». En clair, c’est l’implication des habitants qui fera le projet d’action sociale des centres sociaux, dans le respect des logiques de service public qui sont déjà mises en oeuvre.

 

Cette double stratégie constitue une évolution importante des centres sociaux, qui demande du temps, de la compréhension entre les acteurs pour faire cohabiter des cultures professionnelles et militantes différentes, et évidemment des moyens, car cette forme de travail social repose sur une présence humaine effective et disponible (ce qui explique par exemple la priorité que nous donnons à l’accueil dans les démarches de mutualisation). Elle vise à concilier quatre objectifs politiques portés par la municipalité et mis en œuvre par le CCAS :

- favoriser l’accès aux droits et aux services sociaux, mais aussi administratifs et socioculturels,

- adapter l’action sociale aux réalités des territoires pour la rendre plus efficace,

- promouvoir l’action collective à l’heure de l’individualisation des besoins et des réponses sociales,

- développer les liens sociaux, la fraternité dans la ville, la mixité entre les générations, les cultures, les catégories sociales.

 

Avec ce nouveau projet, les centres sociaux essaient de répondre aux enjeux sociaux auxquels renvoient ces objectifs politiques.

Il s’agit d’abord de ne pas accentuer le repli des individus sur ceux qui leur ressemblent par des équipements qui se spécialiseraient et aggraveraient de fait l’homogénéité sociale. Les centres sociaux doivent être des lieux où la rencontre de l’Autre, dans sa différence, est possible et même encouragée. Les peurs collectives (des jeunes, des immigrés, des pauvres…) sur lesquelles le gouvernement actuel appuie en permanence pour remettre en cause notre modèle social sont d’abord fondées sur la méconnaissance de l’Autre. Combattre ces peurs suppose d’abord de connaître et de reconnaître nos concitoyens dans leurs différences, et ensuite de parvenir à s’en enrichir dans des projets collectifs pour « vivre ensemble ». En mutualisant l’accueil d’équipements, en favorisant l’implication directe des habitants, nous cessons d’aggraver la pente actuelle par notre propre organisation.

Ensuite, l’ouverture des centres sociaux à de nouveaux publics devra permettre à la fois de toucher des personnes qui méconnaissent ou ne se sentent pas concernées par l’offre des services sociaux, donc d’accentuer les politiques de redistribution, et de porter des politiques publiques plus larges qui doivent bénéficier à tous, comme les paniers solidaires, le microcrédit, la médiation culturelle, l’accès à la santé, les aides à la mobilité…

Enfin, en créant des lieux de brassage entre les habitants, nous voulons favoriser la convivialité, le plaisir à être ensemble, et donc la dynamique de projets collectifs avec ce qu’elle suppose de créativité, d’imagination, d’espoir. Pourquoi ne pas imaginer que l’on puisse aller au centre social simplement pour le plaisir de boire un café, d’échanger sur l’actualité ou la vie de chacun, de s’informer sur le quartier ? Alors que tant de cafés qui jouaient ce rôle ont disparu, il est essentiel de proposer des espaces collectifs ouverts et bienveillants envers chacun, capables d’écouter un besoin social et d’y répondre, mais aussi d’accompagner une envie d’agir et d’être utile.

 

C’est cette envie, certes optimiste tant il est vrai que la réalité sociale actuelle est terriblement dure, qui nous a fait définir les futurs centres sociaux comme des « places de village ». Dans notre mythologie urbaine commune, la place du village, c’est la mairie, l’église et le bistrot, c’est le lieu du croisement inévitable entre habitants, de la rencontre permanente. Si notre église laïque, c’est la République sociale, si nous pouvons proposer des services publics et avoir un véritable espace de convivialité, alors les centres sociaux pourront tenter de faire vivre cette « place de village », au service de tous les habitants. C’est ce projet que traduira la future dénomination des centres sociaux en « Maisons des Habitants », à partir de l’automne prochain.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 19:46

 

Le conseil d’administration du CCAS a voté fin février à l’unanimité le budget primitif 2010, dans un contexte particulièrement difficile. Etablissement public disposant d’un budget d’environ 65 M€, le CCAS est non seulement tenu de voter un budget en équilibre, ce qui est bien le moins, mais il ne peut cumuler un déficit supérieur à 5% de son budget, soit un peu plus de 3 M€.

 

Or, depuis 2005, le CCAS connaît un déficit structurel important qui l’a conduit à réaliser des exercices négatifs dès 2006, avec en 2008 un solde cumulé devenu déficitaire, les excédents et provisions des exercices antérieurs ayant été consommés. Ainsi, la nouvelle équipe issue du scrutin de mars 2008 est arrivée à la tête d’un établissement public structurellement déficitaire dans son fonctionnement, au moment où des projets engagés de nouveaux équipements augmentaient fortement la charge de la dette. A l’automne 2008, nous avons ainsi entamé la préparation du budget 2009 avec un besoin de financement (écart entre les dépenses et les recettes) de 4,5 M€, ce qui est énorme.

 

Les raisons de cette situation sont multiples ; j’en dégagerai 3 :

-         Tout d’abord, le CCAS a fortement développé son périmètre d’action durant le dernier mandat, avec une augmentation de près de 40% de sa masse salariale (mais pas du nombre de ses agents…). Tous les secteurs du CCAS ont connu des améliorations importantes : l’hébergement avec la Boussole et le Passage, l’action gérontologique avec la création de lits médicalisés, la petite enfance avec le développement du multi-accueil.

-         Ensuite, ce développement s’est appuyé sur des recettes non pérennes (notamment dans la petite enfance) ou sur des engagements de financements qui n’ont pas été honorés (l’exemple des Delphinelles est édifiant). De fait, le budget consacré aux personnes âgées est devenu le premier budget du CCAS ces dernières années, avec plus de 25 M€ de dépenses (en comparaison : 20 M€ pour la petite enfance et 15 M€ pour le développement social qui comprend les centres sociaux, l’accueil – hébergement et l’aide sociale facultative). Malheureusement, l’accroissement des dépenses du secteur gérontologique est essentiellement dû au comblement des déficits des établissements, qui ont représenté un total annuel de plus de 3 M€.

-         Enfin, la tradition d’excellence du CCAS depuis une quarantaine d’années a eu pour revers une forme de sentiment d’autosuffisance (voire de suffisance tout court) qui s’est traduit par un sous-financement historique du conseil général (qui finance seulement 5,6 % du budget réel de fonctionnement du CCAS), et dans une moindre mesure, par une trop faible évolution de la subvention municipale pour accompagner le développement de ses missions. Ainsi, en 2008, la subvention de la Ville de Grenoble au CCAS couvrait moins de 30% des dépenses de fonctionnement.

 

Evidemment, mon prédécesseur, Jean-Paul Roux, a eu raison de développer l’action du CCAS en réponse à l’évolution des besoins sociaux, dans un période où des marges existaient encore. Evidemment, les évolutions du contexte national et le choc puis les conséquences de la crise n’étaient pas prévisibles. Il ne s’agit donc pas de critiquer la gestion précédente, mais plutôt de lui être reconnaissant de ce qu’elle a apporté… et de se battre pour préserver ses acquis. Ainsi le nouveau conseil d’administration a-t-il fait de la continuité avec la gestion précédente sa première orientation politique, avant même de lancer la démarche de refondation du projet d’action sociale qui s’est concrétisée dans l’élaboration du plan d’actions 2009 – 2014.

 

Toujours est-il que nous avons dû bâtir un budget 2009 dans des conditions particulièrement ardues : comment concilier l’impératif de réduction du déficit (seul à même de nous garantir la maîtrise de l’avenir, puisqu’en cas de déficit supérieur à 5% le CCAS pourrait être mis sous tutelle), la réponse à l’augmentation des besoins sociaux et la mise en œuvre du plan d’actions tout en restant fidèles à nos valeurs, c'est-à-dire sans diminuer le service aux habitants ni remettre en cause l’emploi public et notre politique de ressources humaines (voir ce post) ? Le chemin était nécessairement très étroit. Au final, ce premier budget a été bouclé grâce à des économies importantes (fermeture de 2 unités des Delphinelles, réorganisation des espaces personnes âgées, gel d’ouvertures de places dans la petite enfance, limitation du recours à l’intérim…) et à des recettes nouvelles, en particulier de la Ville de Grenoble qui a augmenté de 1,4 M€ sa subvention, du conseil général pour plus de 200 000 € sur le service social personnes âgées et de l’Etat sur le secteur hébergement et les expérimentations sociales financées par le Haut Commissariat à la lutte contre la pauvreté. Toutefois, comme c’était prévisible, certaines recettes espérées n’ont pas été recouvrées, l’impact budgétaire des mesures d’économies n’a pas pu jouer à plein la première année et nous avons eu notre lot de petites mauvaises nouvelles et de désengagements partiels… sans parler de la crise qui a fait exploser des budgets « de première ligne » comme l’aide sociale facultative qui a presque doublé à près de 600 000 €. Ceci explique que nous devrions bientôt annoncer un résultat déficitaire situé entre 1,3 et 1,4 M€ pour l’année 2009, ce qui est un bon résultat comparé au « trou » initial de 4,5 M€, mais qui montre qu’il reste du chemin à parcourir, d’autant que ce déficit s’ajoute à celui de 2008, à hauteur de 700 000 €. Nous sommes ainsi à plus de 2 M€ de déficits cumulés, assez proche de la fameuse barre des 5%...

 

C’est dans ce contexte que nous avons élaboré le BP 2010, avec l’obligation de réaliser un exercice équilibré, voire positif, si nous voulons engager les indispensables reprises de déficit pour les années à venir.

En terme d’augmentation « mécanique » des dépenses incontournables, ce budget est particulièrement vertueux : la masse salariale progresse de 1,15 %. Compte tenu des autres progressions inévitables des dépenses de fonctionnement, le montant « incompressible » à financer est de 1,25 M€, auquel il convient d’ajouter 350 000 € au titre du plan d’actions ou de priorités fixées par les administrateurs, comme notre volonté d’engager un dispositif de soutien aux ressources des personnes âgées pauvres, ou la décision d’harmoniser le régime indemnitaire des personnels non titulaires avec la Ville de Grenoble pour lutter contre la précarité de nos propres agents.

Côté recettes, si l’effort de la Ville se maintient à un niveau très élevé avec une augmentation de la subvention de 1 M€, nous avons dû constater des baisses importantes d’activités tarifées aux usagers (par exemple la vacance dans les logements – foyers) et la non-réalisation de certaines de nos prévisions de recettes concernant les autres partenaires publics.

Au total, notre préparation budgétaire collective s’est fondée sur un besoin de financement estimé à 1,6 M€, qui a été équilibré par de nouvelles économies (sur des postes en renfort auprès de l’administration du siège du CCAS et par une rigueur accrue sur la gestion quotidienne), une cession de patrimoine et de nouveaux objectifs de négociation avec l’Etat, le conseil général et la CAF, que nous avons ramené à des montants plus atteignables dès 2010.

 

Il est évident que ce bouclage budgétaire, s’il permet de ne pas toucher aux services ni aux agents, reste toutefois soumis à bien des aléas, et notamment à la capacité des autres collectivités d’accompagner l’effort considérable de la Ville de Grenoble. Dans le cas contraire, nous serions obligés de revoir rapidement notre stratégie financière et de faire des choix douloureux. A l’heure où le conseil général vient de voter son budget en consacrant une « priorité au social », j’espère que le CCAS de Grenoble trouvera les soutiens dont il a besoin pour poursuivre la mise en œuvre de son plan d’actions et répondre à des besoins sociaux qui ne cessent de croître.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 17:44

4405783501 4e3ea4f146-copie-1A l'initiative de Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics, le PS organisait ce jeudi une conférence de presse (depêche AFP ici et video) à laquelle je participais, ainsi que Jean-Patrick Gille, député socialiste rapporteur du projet de loi proposé par le groupe PS (et rejeté par la majorité UMP) pour protéger les services sociaux dans le cadre de la transposition de la directive services.

 

J'ai eu l'occasion de présenter l'appel que j'ai initié pour refuser la marchandisation de la petite enfance, appel que le PS a décidé de reprendre au niveau national. Vous pouvez le signer et le faire signer à l'adresse : www.ipetitions.com/petition/refusonslamarchandisationdelapetiteenfance/

Alors qu'une journée nationale de mobilisation se prépare le 11 mars prochain à l'initiative du collectif "pas de bébé à la consigne" ( www.pasdebebealaconsigne.com ), j'ai profité de cette conférence de presse pour présenter l'appel et résumer la politique actuelle du gouvernement et ses conséquences.

 

Aujourd'hui, la France compte 2,4 millions d'enfants de moins de 3 ans en France, dont 63% sont gardés par leurs parents, 18% par une assistante maternelle indépendante, 10% en crèche. Le total des dépenses de l'Etat pour la petite enfance est estimé à 15 milliards d'euros.

Le premier constat est celui de fortes inégalités d'accès aux modes de garde : 91% des enfants des ménages pauvres (dernier quintile) sont gardés par leurs parents, contre seulement 31% des enfants des ménages riches (premier quintile). Le mode de garde lui-même est discriminant : les enfants les plus pauvres gardés le sont deux fois plus en crèche, les plus riches deux fois plus par une assistante maternelle. En clair, la crèche permet un accès aux plus fragiles, même s'il reste très limité à ce jour.

 

Conçu à l'origine comme un service en direction des parents, dans le cadre d'une politique familiale visant à accompagner le développement du travail des femmes, l'accueil de la petite enfance s'est peu à peu transformé en une politique sociale d'égalité des chances. La cible de ces politiques s'est déplacée des parents vers les enfants, de nombreuses études internationales démontrant l'impact du mode de garde collectif sur le développement de l'enfant, sa socialisation, ses capacités cognitives etc., particulièrement pour les enfants issus de ménages pauvres (James Heckman, prix nobel 2000, mais aussi Amartya Sen ou Esther Duflo). Jusqu'à il y a peu, le gouvernement et la CNAF appuyaient cette orientation qui vise à s'attaquer dès le plus jeune âge aux inégalités sociales, et non à les renforcer, comme le système actuel tend à le faire faute de places en accueil collectif.

 

Certaines villes de gauche comme Grenoble ont ainsi inversé la priorité d'accès à la crèche : elle n'est plus réservé aux enfants des ménages biactifs (qui peuvent payer une assistante maternelle), mais au contraire priorité est donnée aux enfants des ménages pauvres (seuil de bas revenu CAF : 903 €). A Grenoble, 40% des enfants en crèche sont dans cette situation, ce qui permet de développer des politiques pédagogiques spécifiques (acquisition renforcée du langage, travail sur la diversité culturelle etc.).

 

Pour tenir son engagement de créer 200 000 places supplémentaire, le gouvernement sacrifie toute ambition sociale au profit du quantitatif au moindre coût. Ainsi le rapport Tabarot, en 2008, ne mentionne même pas l'accueil collectif, et les mesures régressives se multiplient :

- baisse du financement CAF sur les structures (le taux maximal passe de 70 à 55%)

- déqualification du personnel : un décret prévoit de pouvoir porter de 50 à 60% la part de personnel non qualifié dans les crèches

- diminution de l'encadrement : après avoir augmenté de 3 à 4 la possibilité d'agrément des assistantes maternelles, le gouvernement prévoir de porter de 10% à 20% les capacités d'accueil collectif en "surnombre", donc sans personnel supplémentaire.

- création de "jardin d'éveil" avec 1 adulte pour 12 enfants (contre 1 pour 8 en crèche)

 

L'intégration de la petite enfance dans le champ d'application de la directive services, sur un choix strictement national effectué sans une consultation ni débat public, vient consacrer cette logique : l'accueil de la petite enfance est considéré comme une prestation de service aux familles, donc devient un service marchand. A terme, les services publics locaux seront empêchés, au motif de la concurrence "non faussée", de mener des politiques sociales qualitatives : la règle du moindre coût prévaudra et le privé n'hésitera pas à faire interdire par les tribunaux des financements publics qui les désavantageraient. C'est ce qui s'est passé dans le domaine des services à la personne, sinistré depuis la libéralisation du plan Borloo de 2005. Nous aurons une offre développée d'assistantes maternelles indépendantes pour les familles aisées qui les embaucheront, et des crèches soit associatives soit publiques qui ne feront plus que de la garderie, et dont l'accès restera difficile pour les plus pauvres.

 

Le gouvernement suit pleinement la logique ultralibérale d'individualisation des risques et des services, de renoncement aux services collectifs et de non prise en compte des besoins sociaux des plus fragiles. Pour la petite enfance, il revient à une conception exclusivement familiale, qui prévalait il y a 20 ou 30 ans. C'est pour combattre cette orientation aux graves conséquences sociales et défendre le projet des socialistes, celui d'un véritable service public de la petite enfance, que le PS s'engage résolument.

 

Enfin une bonne nouvelle dans cette difficile mobilisation ! 

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /Mars /2010 09:35

Chacun sait combien notre pays souffre d’une culture archaïque en matière d’égalité hommes-femmes. Qu’il s’agisse de droits démocratiques, de droits sociaux ou de mesures concrètes pour assurer dans l’espace privé comme public une égalité réelle entre hommes et femmes, la France s’est généralement distinguée par sa capacité à prendre en retard le train de l’histoire et de la civilisation. Les études scientifiques comme les exemples de la vie quotidienne ou démocratique sont pléthore pour attester de l’actualité de cette triste réalité : notre société reste largement sous l’emprise de la domination masculine.

 

Bien sûr, grâce à l’action courageuse et déterminée, notamment à Grenoble, de militants féministes dans les années 1970 (nous fêtons cette année les 40 ans du mouvement français pour le planning familial - MFPF), grâce à des lois progressistes et à des politiques publiques volontaristes, notre pays progresse. Mais que c’est lent ! Et cette lenteur est d’autant plus grave que nous assistons à de véritables reculs. Il y a les reculs de droite, comme les modifications du régime du congé parental qui visent clairement à favoriser le retour des mères au foyer ou les régressions dans le champ de l’accueil de la petite enfance. Il y a les reculs plus larvés et plus étonnants, comme ces mouvements que dénonce justement Elisabeth Badinter (Le conflit, Flammarion, 2010) qui, sous couvert de retour à la nature et de primat de l’intérêt de l’enfant, font primer sans nuance la mère sur la femme. Il y a enfin les reculs les plus graves, ceux qui entraînent une large frange de la société, et qui concernent les rapports sociaux.

 

Sans partager les analyses de certains intellectuels qui ont remis en cause globalement l’héritage de mai 68, force est de constater que notre société a profondément changé, en bien évidemment mais aussi en mal, dans sa conception des rapports hommes – femmes, et donc d’un rapport social essentiel. Cette question éminemment complexe de l’égalité, ou de l’inégalité, hommes – femmes est en effet au cœur même de tous les enjeux de lien social et de capacité à vivre ensemble. Je n’insisterais pas sur les innombrables progrès que nous devons à la « révolution de mai » : la revendication pour l’égalité sociale, la libération sexuelle, la généralisation de la contraception, le droit à l’IVG, de nouveaux rapports à l’avenir, à ce qui « fait société », aux droits sociaux et syndicaux, à l’information, à la démocratie… Mai 68 nous a fait entrer dans un autre monde et notre gratitude est acquise aux militants de l’époque, comme à ceux qui se sont battus, des années durant, pour que l’esprit de mai se traduise dans des lois et dans des libertés nouvelles.

 

Pour autant, 40 années plus tard, le constat dans nombre de villes et de quartiers est accablant : au-delà des inégalités actuelles de l’âge adulte, les relations garçons – filles sont considérablement dégradées dès le plus jeune âge et les pouvoirs publics se sentent largement démunis. Tous les travailleurs sociaux et les responsables associatifs que je rencontre témoignent d’une même réalité, et d’un même désarroi : entre d’une part l’hyper sexualisation de notre société, fondée sur des stéréotypes qui détruisent souvent la notion d’affectivité et de respect, et d’autre part le développement des tabous et des représentations identitaires, nombre de jeunes sont complètement déboussolés dans ce qui fonde leur construction de futur adulte, c'est-à-dire la relation à l’autre sexe. Sans parler de la souffrance de ceux doivent se construire avec une préférence pour le même sexe… Les exemples pour illustrer ce propos sont légion. Je citerai simplement le succès public remporté par le film « La journée de la jupe », qui su mettre le doigt où ça fait mal, avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité, décrivant de manière extrême une réalité à laquelle nombre de professionnels et de bénévoles éducatifs et sociaux sont confrontés au quotidien.

 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Les raisons sont multiples et analysées par plus compétents que moi, et ce post n’y suffirai pas. En tant qu’élu local, il y a toutefois une cause que je souhaite expliciter et qui justifie mon clin d’œil à mai 68 : c’est la disparition de la sphère privée du débat public, et, en conséquence, le recul du féminisme. Au risque d’apparaître réactionnaire, il me semble qu’un des héritages néfastes de mai 68 a été l’interdiction implicite pour toute personne « de gauche » de s’exprimer sur la sphère privée. A partir du moment où cette sphère ne pouvait relever que de la liberté individuelle, exprimer un point de vue en tant qu’individu sur la vie privée d’un tiers est devenu une marque d’intolérance, et un responsable public ne pouvait plus exprimer de point de vue sauf à être taxé de réactionnaire. La gauche est devenue largement incapable de porter un discours sur la famille ou sur l’évolution des mœurs… au moment où la libéralisation heureuse issue de mai 68, puis les drames du sida et la création de nouveaux droits pour les couples indépendamment de leur préférence sexuelle, la multiplication des séparations et l’apparition des familles recomposées, mais aussi le développement massif de la pornographie et celui concomitant (sans lien de cause à effet…) du rigorisme religieux ont bouleversé en profondeur la sociologie de notre société… et l’ensemble des rapports sociaux. Il suffit de se souvenir des sarcasmes qui avaient accompagné, il y a près de 15 ans, les initiatives Ségolène Royal pour interdire le port du string apparent au collège… Or, une société dont les responsables publics s’interdisent de parler de ce qui fonde l’essentiel de la vie de chacun – la vie privée – et qui tend à réduire le débat public aux enjeux économiques est une société qui perd le sens de ce qui la fonde : le vivre ensemble, avec chacun ses mœurs, son mode de vie, son identité et ses pratiques culturelles, ses convictions religieuses… Comment les concilier et vivre en harmonie, avec des valeurs partagées et les règles collectives qui garantissent le respect et la liberté de tous ? Comment ne pas considérer que la question de l’égalité hommes –femmes est au cœur de ces enjeux ?

 

La disparition progressive du féminisme dans l’identité de la gauche dite « de gouvernement », sa réduction aux seuls enjeux de représentation démocratique, sont des tendances lourdes qui illustrent une véritable défaite idéologique, dans la mesure où la droite a conservé, elle, un discours familialiste et traditionaliste qui a le mérite de la cohérence. De ce point de vue, les caricatures souvent véhiculées sur les mouvements féministes font froid dans le dos, car il ne faut pas s’y tromper : reconstruire le rapport garçons – filles, se battre pour l’égalité hommes – femmes, c’est rétablir une action publique sur ce qui fonde les rapports sociaux, sur notre capacité refuser l’enfermement communautariste, sur le lien social au sens large. Nous devons redonner des repères à ceux qui en manquent, souvent pris en tenaille entre une sphère familiale faite d’interdits et une sphère publique qui autorise tout et érige la consommation de l’autre en mode de vie. C’est pourquoi les actions d’éducation affective et sexuelle et plus largement, la planification familiale, c'est-à-dire la capacité maîtriser sa vie privée à travers la contraception, l’IVG, le conseil conjugal… sont absolument essentielles. Il est donc particulièrement coupable que ces actions et les militants qui les portent aient été, durant de longues années, insuffisamment considérés, comme si nous pouvions vivre indéfiniment sur les acquis des luttes des années 1970.

 

Ainsi, à Grenoble, ville qui a une belle histoire de militantisme féministe, le centre de planification inter quartiers, géré par le CCAS en partenariat avec le Planning familial, est cruellement sous doté en moyens  : moins de 1,5 postes de conseillère conjugale et peu de temps de médecin répartis sur 5 équipements, c’est évidemment insuffisant pour inscrire une action dans un maillage étroit avec les acteurs des quartiers, même s’ils travaillent au sein des centres sociaux, et c’est encore plus insuffisant pour développer, outre l’accès aux consultations, des actions collectives, notamment en milieu scolaire (collège, lycée). Ainsi, les consultations n’ont concerné en 2008 qu'environ 800 personnes, dont moins de 100 mineurs ! Il est vrai que notre ville est riche en terme de centres de planification : elle accueille le siège départemental du MFPF, des centres mutualistes, et même le centre médico-social de la femme (CMSF) situé au CHU. Pour autant, ces acteurs ne sont que peu en prise avec les acteurs éducatifs et sociaux de terrain.

Depuis bientôt deux ans, avec Françoise Laurant, présidente départementale  (et nationale, jusque récemment) du MFPF, nous sollicitons le conseil général, dont c’est la responsabilité, pour disposer de moyens à la hauteur des besoins et de l’enjeu social. Le développement de la planification est d’ailleurs une priorité du plan d’actions du CCAS. Nos dernières rencontres avec Brigitte Périllé, vice-présidente du département et militante féministe émérite, nous rendent optimistes, et j’espère que la priorité sociale affichée se traduira en actes sur ce dossier essentiel.

 

L’autre responsable éminent de ces politiques de planification, c’est évidemment l’Etat et, au-delà des discours et du renforcement de l’arsenal législatif pour prévenir les violences faites aux femmes – ce qui est une bonne chose –, force est de constater que l’Etat ne porte plus de véritable politique publique sur ce sujet. Seule une forte mobilisation l’a empêché l’an passé de réduire drastiquement les financements alloués à la planification. Les grotesques vitupérations du ministre de l’éducation nationale contre le déploiement du « pass-contraception » ont illustré l’incapacité de la droite à se saisir de cet enjeu, et révélé davantage encore l’urgence pour la gauche à renouer avec son engagement féministe et sa priorité au développement des actions favorisant l’égalité réelle hommes – femmes, particulièrement celles qui concernent les plus jeunes.

 

Je veux citer sur ce sujet une action exemplaire conduite à Marseille dans certains quartiers en ZUS, et que nous voulons mettre en œuvre à Grenoble, intitulée « Prodas » pour programme de développement affectif et social de l’enfant. Conduite en école élémentaire, cette action vise à former l’ensemble de la communauté éducative et sociale à des méthodes d’acquisition de notion essentielles à la construction de l’adulte en devenir qu’est l’enfant : le respect de l’autre, la connaissance de la différence des sexes, le rapport à l’émotion, à la violence… Avant même les fameux cours d’éducation sexuelle du collège qui ont laissé d’impérissables souvenirs à ma génération, il importe en effet d’accompagner la compréhension de ces questions par l’enfant, de l’aider à construire un rapport à l’autre, dans la connaissance de sa différence qui permet le respect, un rapport à l’affectivité, qui suppose une identification des émotions, un rapport à la violence, qui passe par la gestion de ses pulsions et l’acception de règles de vie collective… Tous ces enjeux sont essentiels dans le cadre d’une politique éducative et sociale qui place l’enfant au cœur de ses préoccupations. Ce programme expérimental a démontré sa pertinence à Marseille et j’espère que nous parviendrons à dépasser les inévitables résistances pour le mettre en œuvre à Grenoble, au moins dans un premier temps sur les quartiers Villeneuve – Village olympique dont les acteurs sociaux et éducatifs sont déjà mobilisés.

 

Pas un jour ne passe sans que l’actualité nous rappelle l’urgence à répondre par des politiques de fond aux inégalités hommes – femmes qui sapent les fondements de notre société. Les discours sont nombreux, les actes plus rares, et les moyens toujours insuffisants. Gageons que la mobilisation d’une nouvelle génération de militants féministes et une véritable prise de conscience de la gauche pour les échéances à venir permettra de développer de véritables politiques publiques.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 08:50

A la suite du post publié sur ce blog (ici), j'ai proposé à des nombreux collègues d'autres villes de relayer un appel au gouvernement pour défendre le service public de la petite enfance.
De nombreuses collectivités de gauche comme de droite ont signé cet appel, ainsi que des professionnels et des parents concernés. Un groupe a été constitué sur Facebook (http://www.facebook.com/profile.php?id=100000628114353#!/group.php?gid=287189038103&ref=mf). Citons parmi les signataires des élus de Paris, Lyon, Lille, Nantes, Angers, Toulouse, Lorient, Le Creusot, Quimper, Dijon, Clermont-Ferrand, Metz, Orange, Niort, Auch, Montbéliard, Kremlin-Bicêtre, Romans, Tours, Saint Priest, Carcassonne, Castelnaudary, Hendaye, Champigny sur Marne, Romans,...

J'ai par ailleurs reçu un courrier tout à fait clair de Jacques Pélissard, président de l'Association des maires de France, qui m'a fait copie de ses interventions auprès des ministres concernés (à consulter ici).
Malheureusement, à ce jour, le gouvernement semble rester sourd à la position quasi unanime des acteurs de la petite enfance... J'ai eu l'occasion d'en parler à Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale, qui considère que des clauses de sauvegarde peuvent répondre à nos interrogations. Nous sommes bien loin du compte et nous aurons à prendre d'autres initiatives dans les jours qui viennent, notamment avec Razzy Hammadi et les responsables socialistes mobilisés sur l'avenir de ce service public essentiel.
Plus d'infos à venir.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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