Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /Jan /2010 21:45

la boussoleNous étions réunis, il y a quelques semaines, pour l’inauguration des nouveaux locaux de La Boussole, centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de 23 places dédié aux hommes de plus de 40 ans ayant un long passé d’errance.

L’histoire de la Boussole est remarquable à plus d’un titre : créé par le CCAS au début des années 1990 sous forme d’un « abri temporaire de solidarité » réalisant un accueil humanitaire, de nuit, pendant la seule période hivernale, ses missions se sont peu à peu élargies, pour devenir un accueil continu jour / nuit, puis un lieu ouvert toute l’année, labellisé « CHRS de stabilisation », donc bénéficiant de dotations d’Etat. Il s’agit d’un lieu exceptionnel d’humanité, de compréhension, de bienveillance pour des hommes souvent détruits par les multiples souffrances et pathologies d’une vie largement passée entre la rue, la prison et l’hôpital psychiatrique. Grâce aux moyens sociaux et éducatifs déployés, certains d’entre eux se reconstruisent, en prenant le temps nécessaire, et repartent dans une vie « normale », avec un logement et un emploi. Pour d’autres, c’est un lieu d’allers-retours, un havre pour se protéger et se remettre de difficultés de santé ou de vie, une maison toujours disponible et accueillante même quand ils ne souhaitent pas y aller. De plus en plus, ce lieu devient aussi un établissement de fin de vie, qui accompagne avec le plus de dignité possible les dernières années ou les derniers mois de ces hommes que la société a largement abandonné et qui, pour certains, le lui ont bien rendu. On imagine les trésors de dévouement et d’humanité dont font preuve les personnels de La Boussole, la force d’engagement et de conviction qu’il leur faut pour réaliser les mille et un « petits miracles » qui font l’histoire partagée de La Boussole.

C’est dire combien était importante l’arrivée dans de nouveaux locaux, pensés par et pour les résidents, car c’est un lieu qu’ils veulent collectif : dortoirs communs pour refuser la solitude, plafonds hauts pour éviter le sentiment de confinement, cuisine vaste pour les tâches communes de préparation de repas et de vaisselle, lieu central ouvert et convivial, jardin potager… L’investissement des résidents a été à la hauteur de l’amour qu’ils portent à ce lieu, leur « chez eux », et nous étions fiers que les équipes du CCAS comme l’architecte et la maîtrise d’œuvre l’aient pleinement compris.

Pour autant, si un lieu comme La Boussole est une véritable publicité pour l’optimisme social et humain, une sorte de défi aux dérives de la société et un motif d’espoir pour ceux qui bossent et qui militent, la situation de ce CHRS comme de nombreux autres reste fragile et inquiétante. En effet, en région Rhône-Alpes, l’Etat finance moins les CHRS dit « de stabilisation » que les CHRS classiques, alors qu’ils accueillent un public plus fragile socialement, et les orientations nationales sont à la réduction des dotations d’Etat à l’ensemble de ces structures (même si, au plan local, les responsables font le nécessaire pour les maintenir). Ainsi, le financement d’un CHRS comme La Boussole, qui devrait relever exclusivement de l’Etat, est équilibré grâce à un financement direct du CCAS, donc de la Ville de Grenoble, de plus de 250 000 €. Il est évident que les collectivités locales peuvent compléter un financement national pour répondre à un besoin social et une priorité politique, mais cela doit rester à proportion de leurs moyens et de leurs missions. En l’espèce, le financement municipal de La Boussole est exceptionnel, et c’est notre honneur. Mais pourrons-nous le garantir à l’avenir dans les mêmes proportions ?

Evidemment, pour les CHRS qui ne sont pas gérés directement par un établissement public (c’est le cas de l’immense majorité), la problématique financière est encore plus contraignante et le choix est assez simple : adapter le projet aux financements d’Etat et donc souvent réduire ses ambitions sociales et éducatives, ou bien passer une énergie considérable à trouver des financements complémentaires, au risque d’y perdre une part de l’engagement associatif. Je pense par exemple à « La Place », qui était au départ une initiative du CCAS appelée « Le Passage » pour répondre au public accompagné de chiens, souvent exclu de nombreux dispositifs de ce fait, et qui est devenu un CHRS de stabilisation géré par le Relais Ozanam, et dont le projet éducatif est suspendu à des financements complémentaires (40 000 € de la municipalité en 2009).

Alors, les CHRS pourront-ils poursuivre leur mission de réinsertion sociale ou devront-ils se résigner à être de lieux de prise en charge sans moyens pour aider véritablement les personnes ? Au vu de la politique nationale actuelle, et malgré les récentes intentions affichées par le nouveau ministre, la FNARS (http://www.fnars.org), qui regroupe les CHRS, a raison d’être inquiète et pessimiste. Avec elle, le CCAS a entrepris de saisir les différents responsables de cette situation, sur laquelle j’espère pouvoir revenir prochainement, avec un post plus optimiste !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 20:56

Dans le dispositif global de réponse à la grande précarité et au sans-abrisme, les accueils de jour occupent une place particulière. La plupart du temps en gestion associative, ce sont des lieux très ouverts, par nature, qui proposent non seulement une écoute, un accompagnement, de l’accès aux droits, de la convivialité, un temps de répit et de sécurité, mais aussi des petits déjeuners, des repas le midi et parfois le soir, une bagagerie, des douches, ou une pièce pour dormir ou se reposer… A Grenoble, il s’agit principalement de Point d’eau, du Fournil, de Accueil SDF, de Femmes SDF, du Secours catholique, avec chacun leur spécificité et leur public.

Ce qui caractérise ces lieux, c’est un bas seuil d’exigence en terme de comportements, c'est-à-dire un accueil d’une grande tolérance, inconditionnel, anonyme et gratuit. Evidemment, ce sont des lieux de grande humanité, absolument essentiels pour les plus fragiles : plus que des services, eux-mêmes importants, ce sont des lieux de dignité, où chacun est à égalité, professionnels, bénévoles et « convives », et donc des lieux de prise avec la société pour ceux qui en sont le plus exclus. Bien des démarches « d’aller vers » et d’accès aux droits sont possibles grâce à ces lieux, car leur identité associative les protège de la défiance en direction des institutions (parfois légitime) d’une grande partie de leur public.

Depuis quelques années, avec la durée de la crise sociale et du chômage massif, le public des accueils de jour a évolué : des jeunes en errance plus nombreux, des jeunes issus de « quartiers » de l’agglomération, des personnes âgées précarisées, des déboutés de la demande d’asile, mais aussi davantage de personnes en grande souffrance : sortants de prisons, malades psychiatriques, individus déboussolés et sans droit… D’une certaine manière, les accueils de jour sont les derniers lieux de solidarité pour ceux qui n’ont plus rien, qui se sont découragés ou ont découragé d’autres accompagnements, d’autres prises en charge. Ils assurent un dernier filet pour ceux dont les institutions ne savent plus prendre soin, et pour lesquels bien des associations restent démunies.

Avec la crise récente, cette tendance, qui préexistait, s’est accélérée, et la violence de la rue a été de plus en plus présente dans les accueils de jour. Ces derniers ont vu non seulement leur public augmenter, mais aussi sa souffrance et donc sa violence réelle ou potentielle. C’est ainsi que les incidents se sont multipliés, avec des gravités variables, et que le climat a changé : comment préserver le rôle des accueils de jour si leur atmosphère se confond de plus en plus avec celle de la rue ? Si la violence est la même ? Il est évident que nombre de bénéficiaires ou de convives de ces lieux ne les fréquenteront plus si cette tendance se poursuit, et que des stratégies d’évitement sont déjà à l’œuvre chez certains, qui sont autant de personnes pour lesquelles le risque de perdre le contact est très grand.

Il est une autre conséquence très grave de cette évolution, qui concerne les professionnels et les bénévoles. Déjà peu nombreux, les professionnels font face à des situations qu’ils ont de plus en plus de mal à maîtriser, avec des prises de risques, y compris physiques, pour eux-mêmes qui sont inacceptables, sans parler de la perte du sens de leurs missions lorsque ces dernières se résument à gérer la sécurité du lieu. Pour les bénévoles, c’est pareil en pire : comment accepter d’exposer des retraités pleins de bonnes volontés à des individus dangereux souvent ni soignés ni suivis ? Comment leur demander de poursuivre leur engagement associatif si ce dernier doit les mettre en danger ? Le risque est grand de voir simplement disparaître cette forme indispensable d’accueil, parce notre société aura laissé, de manière irresponsable, ces lieux prendre en charge ceux dont plus personne ne veut (pour forcer un peu le trait), avec des conséquences inacceptables pour les personnes.

Depuis 18 mois, nous avons situé notre réponse à deux niveaux : celui du partenariat et celui du financement.

Ces lieux ne peuvent exister sans un partenariat exemplaire entre eux, mais aussi avec les autre associations et institutions oeuvrant dans le champ de la grande précarité. Par exemple, la présence régulière d’éducateurs d’autres structures, les liens avec des médecins, des infirmiers, des policiers, des magistrats, des assistantes sociales etc. permettent de proposer des réponses globales aux personnes et d’assurer leur suivi en fonction de leurs besoins sociaux réels. C’est aussi une réassurance pour les professionnels et les bénévoles des accueils de jour. Evidemment, la fragilité grave de l’ensemble des acteurs de l’action sociale a des conséquences sur ces partenariats : les pénuries de personnels rendent plus difficiles les présences régulières, quand ce n’est pas l’orientation de tel ou tel acteur qui se détourne de ce public si difficile… Le délitement induit du partenariat entraîne de facto celui du lieu d’accueil, et c’est le rôle du politique que de le prévenir.

Pour donner un exemple concret, la crise très grave de la psychiatrie publique et localement du CHS de Saint Egrève a eu des impacts très négatifs ces derniers mois sur l’ensemble des acteurs : le service « PPP » (pôle précarité psychiatrie, créé par la gauche en 1998) ayant dû réduire son activité, l’accès aux soins psychiatriques a été rendu encore plus difficile pour ce public qui est pourtant en très grande souffrance. Dans l’attente que la psychiatrie publique puisse de nouveau être un partenaire à part entière (et les responsables locaux y travaillent efficacement), nous avons proposé à l’Etat de financer des permanences de psychiatres libéraux dans les lieux d’urgence et les accueils de jour, coordonnées par le CCAS, ce qui est fait depuis près d’un an à la satisfaction de tous, même si ce n’est pas forcément suffisant. J’ai bon espoir que nous puissions proposer davantage de solutions avec le CHS dans les prochains mois, d’autant que les moyens des permanences d’accès aux soins (PASS) ont vu leurs moyens augmenter, après un long lobbying, tant au CHU (PASS somatique) qu’au CHS (PASS psychiatrique, qui sera créée).

L’autre réponse doit être financière, car les associations ne feront pas face à l’accroissement en volume comme en « dureté » de la demande sociale sans moyens supplémentaires, c'est-à-dire sans davantage de professionnels. Nous y travaillons avec l’Etat et le conseil général, d’une manière pour le moment trop lente, même si le CCAS a pris sur lui d’avancer seul sur certains besoins, par exemple en mettant une directrice à disposition du Fournil. En l’espèce, cette initiative a tourné court puisque la personne et l’association ne se sont pas entendus au bout de quelques mois, et que nous devons imaginer d’autre solutions de gouvernance pour le Fournil… qui a justement décidé de fermer suite à une rixe lors des fêtes de Noël, le personnel ayant très légitimement fait valoir son droit de retrait… et qui rouvrira prochainement, je l’espère, grâce à une forte mobilisation collective, notamment du CCAS.

Au final, il est évident que nous devons avoir un positionnement politique sur la question des accueils de jour : soit nous considérons que leurs missions sont devenues impossibles du fait de la crise sociale, en tout cas pour les plus importants, et nous nous résignons à ce que des personnes en grande souffrance n’aient plus de lieux de convivialité et de prise en charge ; soit nous acceptons de mettre des moyens pour leur permettre d’exercer leurs missions. Rester au milieu du gué, c’est se condamner à l’irresponsabilité, accepter la mise en danger de professionnels et de bénévoles militants et exemplaires, renoncer à aider les plus en souffrance de nos concitoyens.

A nous de faire bouger les lignes en 2010.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 20:13

J’ai déjà eu l’occasion, sur ce blog, de tenter d’analyser les dérives du travail social liées aux politiques nationales. Dans le secteur gérontologique, j’ai évoqué au sujet des Delphinelles la logique de gestion purement financière des établissements pour personnes âgées dépendantes, qui prend le pas sur les missions et les objectifs même de ces lieux de vie : prendre soin des personnes et accompagner, soulager, leur dépendance dans la dignité et l’attention.

meme-blog.JPGAujourd’hui, le manque de moyens et la logique financière atteignent un seuil insupportable, que les projets du gouvernement pour 2010 ne manqueront pas d’aggraver, avec de graves conséquences humaines. Par exemple, l’Etat a récemment décidé d’intégrer le coût des médicaments aux dotations de soins qu’il attribue aux établissements. Concrètement, cela signifie d’une part que les résidents ne sont plus des assurés sociaux comme les autres puisque ce n’est plus l’assurance-maladie qui rembourse leurs médicaments en fonction de leur consommation réelle (quand elle rembourse…), et d’autre part, plus grave encore, que les responsables d’établissements devront « tenir » leur budget de médicaments, et donc sélectionner les résidents en fonction de leur « coût médicaments », réel ou potentiel. Ainsi, les personnes âgées souffrant de polypathologies ou de maladies dont le traitement est particulièrement onéreux se verront refuser des admissions en EHPAD, au nom de cette seule logique financière.

Au plan local, notre première réponse est de maintenir dans les établissements gérés par le CCAS le niveau de personnel qui nous semble nécessaire (mais pas toujours suffisant…), et donc d’accepter des déficits puisque les tutelles (Etat et conseil général) ne couvrent pas ces moyens avec leurs dotations. Cela représente un effort considérable de plus de 2 millions d’euros en 2009, et une charge financière que nous ne pourrons supporter longtemps (je reviendrais prochainement de manière complète sur la situation budgétaire du CCAS).

L’autre effort que nous avons décidé concerne la formation des agents, qui souffrent eux aussi grandement de la situation actuelle, avec des conséquences évidentes pour les personnes âgées : rythmes trop importants, fortes rotations des équipes, stress, perte du sens des missions, découragement… Dans un secteur de l’action sociale que les agents choisissent rarement par hasard, tant il exige des qualités de cœur au-delà des compétences professionnelles, le risque est grand d’aggraver encore la pénurie d’agents constatées par tous les acteurs, y compris hospitaliers. La crise de la démographie médicale, qui touche particulièrement les infirmières et les aides soignantes, ne se règlera pas sans une volonté politique claire de mettre des moyens pour relever le « défi de la dépendance », comme le professent les ministres successifs tout en faisant l’inverse depuis 2002.  

humanitudeC’est pour répondre à la situation des agents, et donc pour améliorer l’accompagnement des personnes âgées, que nous avons expérimenté à l’EHPAD Narvick la méthode dite de « l’humanitude » (http://www.igm-formation.net). Ce terme bizarre ne nous vient pas de la Grande muraille de Chine, mais d’une forme de philosophie de l’action sociale qui s’est beaucoup développée au Canada et dans de nombreux pays européens, fondée sur la recherche de la relation humaine… dans sa complétude (je ne résiste pas ;-)). Au départ, les promoteurs de cette méthodologie (MM. Gineste et Marescotti) sont partis d’un constat : à force d’être dans le « faire », dans la réalisation d’actes techniques parfois complexes, les personnels de maisons de retraite, souvent sans s’en rendre compte, « déshumanisent » leurs relations aux personnes âgées. Il est évident que le contexte français décrit plus haut aggrave cette tendance. Concrètement, cela signifie que la personne âgée très dépendante, présentant des démence de type Alzheimer, ne croise plus directement le regard des soignants, n’entend plus de paroles humanisantes, ne perçoit plus d’autres contacts physiques que contraignants. A titre d’exemple, le temps de regard partagé « de pupille à pupille » est estimé à 2 secondes par jour… On comprend dans ces conditions que ces personnes âgées déjà très fragiles, souvent mutiques et ayant perdu la perception du réel, se retirent définitivement du monde… et de leur humanité. Ce qui nous fait humain, c’est la relation aux Autres, leurs regards, leurs paroles, leurs contacts. C’est l’Autre qui nous confère notre humanité. C’est cette absence de l’Autre qui fait que des êtres humains, placés dans une situation déjà extrême par la maladie, se retirent de leur propre humanité. Que ce constat est cruel et accablant.

 Pour y répondre, Gineste et Marescotti ont élaboré une méthodologie fondée sur le regard, la parole et le contact qui rétablit la douceur, la tendresse, l’attention bienveillante dans l’acte médical ou d’aide à la vie. Pour prendre l’exemple de la toilette, souvent particulièrement délicate pour les personnes âgées démentes qui refusent, résistent, se plaignent, agressent parfois, incapables qu’elles sont de comprendre pourquoi une inconnue vient les déshabiller et les laver, dans une intimité non désirée et donc insupportable, cette méthode permet de nouer rapidement un lien physique de confiance et d’humanité bienveillante, et donc de faire tomber les difficultés que je viens d’évoquer. Tout le monde y gagne : la personne âgée d’abord, qui ne subit plus une contrainte et est pleinement respectée dans sa dignité, l’agent qui effectue plus facilement son acte, et même l’établissement car derrière cet apaisement, il y a une meilleure efficacité, moins de stress, plus de plaisir et de convivialité au travail.

Cette méthodologie a été évaluée de manière scientifique sur 111 femmes présentant une démence de type Alzheimer. Les résultats sont édifiants : 83% des soins habituellement difficiles sont améliorés de manière importante. A Grenoble, le personnel de l’EHPAD Narvick a constaté cette réelle amélioration à la suite de la formation, qui s’est déroulée sur leur lieu de travail, en accompagnement de leurs gestes quotidiens. Au-delà de l’acquisition individuelle de compétence, cette formation a aussi été l’occasion d’un travail et d’une réflexion d’équipe sur leurs pratiques professionnelles et permis d’engager une dynamique nouvelle au service des personnes âgées.

Au regard des résultats de cette première formation originale, dont la réputation et le sérieux sont établis au plan international, nous avons décidé d’engager la formation de l’ensemble des professionnels du CCAS intervenant auprès des personnes âgées dépendantes, en établissements comme au domicile. Plus de 300 professionnels seront ainsi formés sur les 3 prochaines années, ce qui représente plus de 1600 personnes âgées concernées !

 Face aux violences et aux souffrances humaines engendrées par la crise actuelle de l’action sociale et les attaques dont elle est l’objet de la part du gouvernement, il est donc possible de résister et de proposer des politiques publiques, au plan local, qui préservent la dimension humaine de notre action. Espérons que ces efforts pourrons tenir face à ce qui s’annonce…

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 00:27

Méconnue en France, bien que le terme soit fréquemment (et abusivement) utilisé, l'expérimentation sociale est une méthode de mise en œuvre de politiques innovantes qui gagnerait à être développée. L'expérimentation combine deux éléments : l'innovation et l'évaluation. Elle vise à définir précisément les objectifs d'une action nouvelle, à en déterminer en amont les éléments d'évaluation, et à en mesurer les résultats de manière rigoureuse, voire scientifique. Largement développée dans les pays anglo-saxons, l'expérimentation permet de donner "la force de la preuve" aux impacts d'une politique sociale. En ce sens, elle est un gage non seulement d'adaptation et d'efficacité, mais aussi de promotion de l'action sociale puisqu'elle permet d'en démontrer les résultats de manière incontestable.

 

Je ne prendrais qu'un seul exemple : le programme "Parler Bambin", sur lequel j'aurais l'occasion de revenir. Partant du constat largement analysé du déterminisme social sur les compétences langagières, ce programme d'acquisition renforcée du langage a été conçu de manière collégiale par un universitaire reconnu, le docteur Michel Zorman, et des professionnels de crèche du CCAS de Grenoble. Parce que c'est une expérimentation, il a d'abord été testé sur deux cohortes d'enfants comparables (âges, origines sociales, difficulté langagière) : la première bénéficiait du programme, l'autre pas. Et les résultats de l'évaluation ont démontré que les bénéficiaires affichaient des progrès considérablement plus rapides que les non-bénéficiaires (infos disponibles sur http://www.grenoble.fr/jsp/site/Portal.jsp?article_id=2267&portlet_id=823). Forts de cette preuve, établie par une évaluation conduite par un laboratoire indépendant de l'expérimentation, nous avons pu proposer la généralisation de "Parler Bambin" dans un climat d'adhésion des professionnels et d'approbation des familles.

Evidemment, cet exemple illustre autant les mérites de l'expérimentation que ses limites : il est évidemment illusoire de prétendre évaluer scientifiquement l'ensemble des champs couverts par l'action sociale, et cette tentation relèverait même d'une grave dérive… Pour autant, si l'on considère d'une part le retard de notre pays en matière d'évaluation des politiques publiques, notamment sociales, et d'autre part la désaffection de nos concitoyens envers l'action sociale (voir mes autres posts…), l'intérêt de développer l'expérimentation est évident. Pour ma part, je considère qu'on ne rendra jamais assez compte des résultats de nos politiques, et qu'au-delà même de l'enjeu, essentiel, de défense et de promotion de l'action sociale, l'expérimentation revêt aussi un enjeu démocratique, puisqu'elle permet aux citoyens de mesurer avec rigueur et objectivité l'impact des décisions des élus.

Toutefois, et quels que soient ses mérites théoriques, l'expérimentation sociale en France se heurte à bien des difficultés.

La première a trait à la culture très française – et très républicaine – de l’égalité. Loin de moi l’idée de vouloir aller contre cette valeur, au contraire !, mais force est de constater qu’en l’espèce, poussée à sa ra radicalité, l’égalitarisme, celle-ci est bien souvent un frein à l’expérimentation  : les élus comme les professionnels répugnent à comparer un groupe de bénéficiaires et un groupe qui ne l’est pas, pour des motifs éthiques parfaitement estimables. Comment justifier que l’on réserve le bénéfice d’une mesure sociale à une partie de la population, au seul motif que cette inégalité permettra de vérifier sa pertinence ? Cette question, banale en médecine avec le développement des essais cliniques, reste – et c’est heureux – très délicate dans l’action sociale. Elle est pour moi une limite, car la méthode ne justifie pas tout, même de manière temporaire, mais aussi une invitation à imaginer d’autres modalités d’évaluation. Se limiter à la seule « évaluation expérimentale », qui compare deux cohortes, au motif qu’elle est la plus rigoureuse scientifiquement, revient à condamner l’expérimentation sociale. Dès lors, nous pouvons comparer les situations dans le temps (évaluations « ante / post ») ou en prenant une population comparable dans un autre territoire… C’est le choix que nous avons fait à Grenoble pour d’autres expérimentations.

La deuxième difficulté tient à la faiblesse de la culture de l’évaluation déjà évoquée, celle-ci se limitant bien souvent à la constitution de « comités de pilotage » qui valident des présentations d’indicateurs réalisées… par les responsables de l’action censée être évaluée ! Plus grave, cette faiblesse n’est que la partie visible d’une incurie franco-française bien plus inquiétante, qui voit le plus souvent s’ignorer, sur un même territoire, les praticiens de l’action sociale et les universitaires des sciences sociales. Combien de laboratoires prestigieux, dont les publications sont reprises et étudiées dans l’Europe ou dans le monde, sont méconnus des élus et des techniciens de la ville de leur université ? Cette question, combien cruelle tant pour une certaine autarcie universitaire que pour l’endogamie des responsables locaux, est au cœur de nombreux retards français, alors que nous avons à la fois une recherche scientifique en sciences humaines dont nous devons être fiers et des praticiens de l’action sociale locale compétents et engagés. Si le développement de l’expérimentation sociale permet d’introduire un peu de porosité entre ces deux univers, alors d’une difficulté surmontée nous aurons fait une richesse pour l’avenir, car les collaborations potentielles vont bien au-delà des seules expérimentations…

La troisième difficulté est plus politique et conjoncturelle : comment développer l’expérimentation sociale dans le climat de régression actuel, alors que les financements se raréfient ? Comment considérer comme prioritaire le développement de cette méthode qui exige du temps, alors que l’urgence sociale est là et que les multiples désengagements de l’Etat conduisent à concentrer les moyens vers les besoins les plus criants ? C’est l’écueil auquel se sont heurtés les différents appels à expérimentations initiés par Martin Hirsch, qui ont souvent été compris par les acteurs de terrain comme un nouveau mode de financement, une forme de soulte qu’il fallait vite partager, d’autant que les crédits étaient parfois pris sur d’anciennes lignes de financement… La réponse à cette difficulté ne peut être que politique : si l’expérimentation est le nouvel avatar de la rationalisation budgétaire, alors il faut la refuser. Son développement doit accompagner une politique sociale cohérente et ambitieuse, pas s’y substituer. L’adhésion à l’expérimentation ne pourra venir que d’acteurs sociaux confortés dans leurs missions, quand ils sont sans cesse attaqués dans la période actuelle. Bien malgré lui, car ni son engagement ni ses intentions ne peuvent être en cause, Martin Hirsch s’est heurté à cette limite politique, qui est celle plus largement de son engagement gouvernemental…

Enfin, une quatrième difficulté est liée aux collectivités locales, qui devraient être les premières promotrices de l’expérimentation. Avec l’enchevêtrement des compétences et les problèmes de financement, les collectivités locales sont le plus souvent en grande difficulté pour piloter une expérimentation complexe, dont la gouvernance paraît kafkaïenne. Par exemple, piloter une expérimentation dans un collège relève pour une ville de la gageure : entre le conseil général, l’éducation nationale, les acteurs sociaux… le temps pour convaincre tous les partenaires et se mettre d’accord est souvent plus long que celui de l’expérimentation elle-même. On comprend dès lors leur peu d’appétit pour ce type de projet, d’autant que les ressources internes d’ingénierie sociale sont souvent rares, à l’exception des collectivités importantes. De ce point de vue, et même si je ne partage pas les modalités de la réforme engagée par Nicolas Sakozy, il faut espérer que la suppression de la clause générale de compétences pour les départements et les régions (qui permet en théorie à toutes les collectivités de s’occuper de tout) apportera un peu de clarté.

Sans avoir de leçon à donner, nous avons à Grenoble une histoire et une richesse d’acteurs qui permettent de répondre en partie à ces difficultés. Je pense bien sûr à la tradition d’innovation sociale de la ville, avec l’âge d’or de la période Dubedout, à l’époque d’avant la décentralisation, quand rien n’était permis aux Maires, donc tout était possible (y compris déroger à la pédagogie de l’éducation nationale à la Villeneuve ou construire les 3 tours sans permis ni mise en concurrence d’architectes). Cette période nous a laissé une grande richesse d’acteurs sociaux, associatifs et publics, avec notamment le plus important CCAS de province. Je pense aussi aux nombreux universitaires reconnus dans les sciences sociales à l’UPMF ou à l’IEP, qui constituent autant de chances de relier l’excellence intellectuelle et la pratique de terrain. Ce terroir grenoblois, fort d’une histoire et d’une géographie d’acteurs assez rare explique l’évidence d’une implication dans l’expérimentation sociale.

C’est ce constat qui nous avait conduit, avec Martin Hirsch, alors président d’Emmaüs – France et président-fondateur de l’« Agence nouvelle des solidarités actives » (http://www.solidarites-actives.com), et Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président de « La République des idées » (http://www.repid.com), à organiser en mai 2006 à la MC2 (grâce à l’investissement personnel de son directeur, Michel Orier) un premier forum intitulé « La nouvelle critique sociale » (http://www.mc2grenoble.fr/saisons/2005-2006/manifestations/festidees/festidees.php), qui visait justement à réunir des intellectuels et des praticiens, dans un esprit d’innovation et de réflexion sociale qui se voulait fidèle aux fameuses rencontres de Grenoble de 1966, placées sous les auspices de Pierre Mendès-France.
J’avais rencontré Martin Hirsch en 2005, à l’occasion du rapport sur la pauvreté des enfants dont il avait présidé la commission de réflexion (http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/054000264/0000.pdf), et son engagement social s’accompagnait déjà d’une forte volonté de développer l’expérimentation pour revaloriser les politiques sociales, améliorer leur efficacité et leur faculté d’adaptation aux nouvelles formes de pauvreté. Cet engagement trouvait une traduction très concrète dans l’agence nouvelle des solidarités actives qu’il venait de créer, et qui se voulait le fer de lance de l’expérimentation au service des collectivités, avec le RSA comme premier terrain concret d’application. Nous avions prévu une nouvelle édition du « Forum de Grenoble » pour 2008, souhaitant inaugurer un rendez-vous régulier entre intellectuels et acteurs sociaux, en l’enrichissant d’exemples d’expérimentations etc. Las ! Son entrée au gouvernement en mai 2007, sur une logique de mission (qui pouvait se comprendre, sans l’approuver, à l’époque, mais que rien ne justifie plus) pour mettre en œuvre le RSA, a mis un terme à ces projets : Pierre Rosanvallon décida de poursuivre seul avec la République des Idées, dans une indispensable indépendance politique, l’organisation du Forum qui s’intitula « Réinventer la démocratie » en mai 2009.

Devenu haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch a continué de s’intéresser aux expérimentations grenobloises, venant à plusieurs reprises rencontrer les acteurs, et nos relations se sont maintenues, en dépit de mon désaccord politique sur son entrée au gouvernement (que j’ai toujours distingué de l’amitié et de l’estime que je lui porte). Il m’a d’abord proposé de participer au jury du premier appel à expérimentations sociales, fin 2007 - début 2008, avant de devenir membre de la commission jeunesse chargé de rédiger le livre vert rendu public en juillet 2009 (j’y reviendrais). Enfin, désireux d’engager davantage le Haut Commissariat dans l’expérimentation sociale aux côtés des collectivités locales, il m’a proposé de conduire une mission auprès de lui. J’ai accepté à la condition expresse que cette mission soit « républicaine », c'est-à-dire constituée d’un élu de gauche et d’un élu de droite, afin de conserver mon engagement et mon identité politique.

 

C’est ainsi qu’avec Frédéric Valletoux, Maire de Fontainebleau, nous avons reçu une lettre de mission (ici)… dont le calendrier a été quelque peu bousculé, le travail sur le livre vert ayant rendu impossible tout début réel de la mission avant cet automne. Cette lettre nous fixe en fait une mission en trois temps :

- une phase de diagnostic, à partir des résultats de l’appel à expérimentations sociale et d’échanges avec des collectivités locales représentatives,

- une phase de sensibilisation des acteurs (collectivités et associations d’élus),

- une phase de préconisations et d’accompagnement à la mise en place d’un centre de ressources sur l’expérimentation sociale à destination des collectivités locales.

 

Bien évidemment, cette modeste mission, conduite par de jeunes élus, ne prétend pas apporter la réponse à l’ensemble des difficultés que j’ai pointées. Notre ambition est très prosaïque : réaliser un réel état des lieux de l’expérimentation, de ses enjeux et des attentes véritables des territoires d’une part ; convaincre des collectivités et des réseaux sociaux de s’engager dans la constitution d’un centre de ressources capable de soutenir les collectivités locales, notamment en ingénierie, et de diffuser les « bonnes pratiques », d’autre part. Nous avons déjà effectué plusieurs déplacements (Lille, Nancy, Bordeaux) et nous finaliserons ces prochaines semaines la première partie de la mission. J’y reviendrais dans le détail sur blog, et je vous prépare aussi une présentation complète des différentes expérimentations grenobloises.

Promouvoir l’expérimentation sociale quand on a la chance d’être élu d’une ville comme Grenoble, voilà une mission presque naturelle et passionnante, qui répond tout à fait au sens que je souhaite donner à mon engagement au service de l’action sociale et de la solidarité.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /Déc /2009 23:24

Il est des moments, dans la fonction d'élu, qui constituent de véritables privilèges.

 

C'est le cas des remises de médailles du travail aux agents du service public. En tant que vice-président du CCAS, j'ai eu la chance de vivre un tel moment le 10 décembre, pour la deuxième fois, dans une atmosphère de convivialité et de sympathie qui m'a beaucoup touché.

Inutile de dire combien on se sent petit et humble, à peine en responsabilité depuis 18 mois, de féliciter pour l'ensemble de leur carrière des agents présents dans l'institution depuis 20, 30 voire 35 années. On peut dire qu'ils n'en sont pas à leur premier élu ! Ce qui me frappe, c'est bien sûr la longévité de ces carrières, signe d'un attachement indéfectible au CCAS et aux missions du service public de l'action sociale, mais c'est aussi, et peut-être surtout, les évolutions de ces carrières, souvent importantes, qui démontrent combien la fonction publique territoriale peut être un formidable vecteur de promotion sociale et d'épanouissement professionnel. Que de compétences acquises au sein du CCAS, de changements de carrières, de diversité dans les responsabilités ! C'est évidemment une chance pour les personnes, mais c'en est aussi une pour l'institution, capable de conserver, de qualifier et de promouvoir des agents publics engagés dans leurs missions. Une grande part de la beauté du service public réside dans cet intérêt réciproque et implicite, noué sur des valeurs et un engagement communs. Nous devons être fiers de la qualité de la politique du personnel du CCAS de Grenoble depuis de nombreuses années, qui engage beaucoup de moyens et de dévouements des agents chargés des ressources humaines.

Avec la politique gouvernementale actuelle, qui attaque aussi bien le service public que l'action sociale, cette qualité est en danger. Quand un établissement public comme le CCAS, pris dans la tenaille de l'augmentation des besoins sociaux et de la baisse des financements, se trouve en grave déficit, comme c'est le cas, la tentation peut-être grande de diminuer l'effort en direction des agents pour réaliser des économies. C'est un mauvais calcul et je considère qu'il faut au contraire maintenir, voire développer, notre effort. C'est en effet le lien entre les agents et l'institution qui est à la base de la qualité du service public, donc de l'efficacité de l'action sociale.

Concrètement, cela signifie que nous avons acté, au conseil d'administration du CCAS, des orientations simples, qui visent à "sanctuariser", en période de rigueur, le budget du personnel.

Ainsi, les budgets consacrés à la promotion, au reclassement, à la formation, au fonctionnement des instances paritaires sont intégralement maintenus, voire augmentés.

Ainsi, dans cette période de doute sur le sens des missions de l'action sociale, j'ai tenu à ce que nous offrions davantage de formations qualifiantes et valorisantes aux agents du CCAS : dans la petite enfance, avec le développement du programme "Parler Bambin", auquel l'ensemble des agents sera formé, ou dans l'action gérontologique, avec une formation sur la "bientraitance" pour les agents des EHPAD sur laquelle je reviendrais tant elle est passionnante.

Ainsi, nous poursuivons les efforts engagés dans la prévention des risques professionnels, l'accompagnement social des agents, l'écoute et le conseil sur leur pratique professionnelle.

C'est une banalité de le dire, mais c'est une conviction essentielle : les orientations politiques ne sont riens sans agents mobilisés pour les mettre en œuvre. Mobilisés, cela ne veut pas dire contraints, dociles ou complices. Cela signifie que les agents publics, avec leur éthique, leur valeur et leur engagement, doivent au minimum être informés et si possible adhérer aux orientations de leur institution, dans un échange loyal, chacun dans son rôle, avec l'exécutif politique. C'est cet échange que j'ai recherché en permanence depuis mon arrivée à la tête du CCAS. De fait, et c'est une première dans l'institution, j'ai instauré des assemblées générales du personnel (6 réunions chaque année) qui m'ont permis de présenter en 2008 les orientations politiques du nouveau conseil d'administration et en 2009 le plan d'actions élaboré avec nos partenaires, avec un débat riche, libre, parfois passionné, pendant près de 2 heures à chaque réunion. Ces échanges directs ont été essentiels pour ma compréhension de la réalité vécue par les agents du CCAS, et je pense que les agents qui y ont participé (plus de 1000 chaque année) ont eu l'opportunité d'une discussion libre avec "leur" élu, sans mise en scène ni langue de bois.

Par ailleurs, j'ai instauré une présentation ouverte à tous les agents du budget du CCAS, qui permet là encore un échange direct et toutes les interpellations utiles sur la vie de notre institution. Enfin, j'ai multiplié les participations aux réunions d'équipe entre professionnels, parfois dans leur rythme normal, parfois lorsqu'une situation de tension se présentait, de façon à mieux écouter et comprendre le travail des agents, qu'ils soient au siège du CCAS ou dans les équipements sur le terrain. Je considère que c'est aussi de mon rôle d'élu que d'être un vecteur de l'analyse et des aspirations des agents de l'institution, pour éviter de devenir un élu "désincarné", coupé de la réalité vécue par les professionnels. Là encore, toutes ces rencontres sont de beaux moments d'écoute et d'humilité pour moi, qui me permettent de mesurer la responsabilité dont je ne suis que le dépositaire du moment, quand les agents en sont les garants au long cours.

 

Refuser les logiques d'injonction ou d'autorité, chercher à comprendre en écoutant, représenter et prendre en compte dans la décision politique les compétences et l'expérience des professionnels, tels sont à mon sens les seules voies pour que les orientations politiques puissent se transformer en actions sociales efficaces. Puisque nous sommes en fin d'année, je forme le vœu que la casse sociale à l'œuvre dans notre pays préserve l'engagement des agents du service public… en tout cas je me battrais en ce sens, avec ma modeste responsabilité !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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