Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 23:32

Bien souvent, la question de la spécificité des femmes dans le domaine de l’exclusion est réduite à celle, essentielle, des femmes victimes de violence. Il n’y a qu’à écouter la litanie des dispositifs ou des annonces sur ce sujet, des plus importants aux plus anecdotiques, comme ce bracelet électronique dédié dont le gouvernement vante les mérites au mépris de toute rigueur intellectuelle (http://www.liberation.fr/societe/0101605286-morano-bracelet-en-toc). Pourtant, de l’absence d’accès aux ressources de la planification aux situations d’errance au long cours, en passant par les mariages forcés ou la prostitution, les femmes subissent nombre de situations d’exclusion, avec souvent une dureté et une souffrance accrue par rapport aux hommes. La rue est toujours plus destructrice pour les plus fragiles, et la pente qui mène à la destruction de soi est souvent plus raide pour les femmes.

 

Dans le sombre paysage de la crise actuelle, dont les femmes sont les premières victimes comme l’a très bien démontré le Secours Catholique dans un récent rapport (http://www.secours-catholique.org/telechargements/Rapport-Statistique-2008-Secours-Catholique.pdf), il est des lectures qui ouvrent un coin de ciel bleu. C’est le cas du livre d’Isabelle Affolter, « Accueillir des femmes en détresse, le quotidien d’un centre d’hébergement » (editions érès, 2008) qui illustre, au travers de l’histoire d’un CHRS spécialisé dans l’accueil des femmes, comment il est possible de rendre leur dignité et d’offrir une nouvelle vie à des femmes promises à l’exclusion et à la perte d’elles-mêmes.

 

C’est la vie quotidienne du CHRS qui est ici décrite et animée par les histoires singulières de femmes qui ont marqué l’auteur, de la création de la structure, qui se voulait cachée aux hommes au départ avant de devenir « visible », aux affres de la dérive gestionnaire, en passant par les besoins de professionnalisation, l’adaptation aux drames du sida, la montée des problématiques religieuses… Tout y est, avec une analyse très fine de l’équilibre entre d’une part l’engagement et l’équation humaine dans ce type d’aventure, y compris dans la gestion du partenariat, et d’autre part la dépendance aux contingences financières et institutionnelles. C’est dans cette voie que réside l’espoir du livre : le militantisme de l’équipe, sans lequel rien n’est possible, sa capacité à gérer la contrainte tout en refusant la perte de valeur et d’identité induite par l’hypertrophie des contingences gestionnaires ou les compromissions avec des politiques publiques au rabais.

 

Beaucoup de CHRS sont dans cette situation de recherche d’un projet qui maintienne l’engagement collectif d’une équipe de professionnels et garantisse un véritable soutien pour les résidents… tout en vivant l’asservissement à des financements normés de plus en plus revus à la baisse. Je pense en particulier aux équipes de La Boussole ou de La Place, à Grenoble, qui prennent en charge les personnes les plus exclues avec des « dotations » qui ne tiennent pas compte de leur spécificité. Grâce à la subvention municipale, et parce qu’elle est gérée par le CCAS, la Boussole n’est pas en danger. Il n’en est pas de même pour La Place, malgré des subventions de la Ville et de la Métro, car l’association qui la gère (Le relais Ozanam) ne peut absorber de déficit. J’y reviendrais, mais il est clair qu’à trop vouloir normer le travail social, on le détruit : c’est à partir du besoin des personnes que nous devons construire des réponses, et non les adapter en fonction de ressources fixées administrativement.

 

Un dernier mot sur ce livre, pour dire qu’il nourrit utilement une réflexion conduite à Grenoble par l’association « Femmes SDF », au nom du collectif des associations de bénévoles, sur la prise en charge des femmes en errance. Issue d’une recherche – action exemplaire sur les femmes de la rue, dont a été tiré un film non moins exemplaire, cette association gère aujourd’hui un local à destination des femmes qui propose un accueil de jour, un cocon pour prendre soin de soi, un lieu de convivialité non mixte, un lieu de sécurité et de réappropriation de son corps comme de son esprit. J’espère que la réflexion engagée aboutira prochainement à des propositions concrètes pour permettre la naissance à Grenoble d’un lieu aussi humain et beau que celui porté par Isabelle Affolter.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Notes de lecture
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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 /11 /Nov /2009 22:38

J’ai participé récemment au 20ème anniversaire des réseaux d’échanges réciproques de savoir (RERS), au centre social Vieux Temple. La très forte mobilisation de professionnels et de bénévoles témoigne, s’il le fallait, de la vitalité de ces réseaux qui concourent sans emphase mais avec efficacité à la qualité du lien social dans notre ville.

Fondés sur des valeurs de gratuité, de réciprocité, ces réseaux proposent d’abord une belle vision de l’Autre : chacun est considéré comme détenteur de compétences et de savoirs propres, qui peuvent être mutualisées. Loin des modes de sélection ou de classement à l’œuvre dans la plupart des champs de notre société, ces réseaux proposent une égalité réelle fondée sur l’acceptation que l’Autre peut nous enrichir, qu’il peut nous apprendre. Dans la période actuelle, les militants des RERS sont une belle raison de ne pas désespérer.

De même, ces réseaux participent d’une animation des centres sociaux qui en font de véritables lieux de vie, de rencontres et d’échanges : quoi de plus intergénérationnel, de plus « mixte » aux plans social et culturel que ces lieux où chacun peut abandonner sa représentation sociale pour être simplement disponible, proposer et recevoir des savoirs sans jugement ou hiérarchie ?

C’est cette vision des centres sociaux comme « lieux de vie » que nous voulons promouvoir avec les responsables du CCAS, avec notre image de « place de village », lieu de rencontre, de reconnaissance mutuelle entre habitants, d’engagements et de projets partagés. J’avais un temps douté de la valeur ajouté du travail de professionnels du CCAS pour les RERS : ne valait-il pas mieux donner pleine liberté à l’initiative associative et laisser les réseaux s’autogérer ? Une évaluation récente a au contraire montré que l’action des professionnels non seulement ni limitait pas l’initiative associative, mais permettait encore au public le plus fragile (précaires, en souffrance psychologique, isolés…) d’y trouver vraiment sa place. C’est pour garantir cette capacité à faire des RERS des outils de lien mais aussi d’insertion sociale que nous poursuivrons l’engagement du CCAS dans ces réseaux.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 01:01

delpSi Grenoble est d’abord un berceau historique des politiques de maintien à domicile des personnes âgées, notre ville compte aussi une belle tradition, à mi-chemin entre le domicile et l’établissement : celle des « docos », les domiciles collectifs, qui permettaient à des personnes de vivre de manière autonome dans un logement tout en mutualisant des services de prise en charge de leur dépendance. Ce modèle est aujourd’hui encore présent aux « Vignes », dans le quartier de l’Ile Verte.

Pour autant, devenus trop déséquilibrés financièrement au gré de l’évolution de la dépendance, les « docos » avaient fermé à la fin des années 1990 et avaient été remplacés par un projet novateur : les petites unités de vie médicalisés. Nées sous les auspices de Paulette Guinchard-Kunstler, alors ministre de Lionel Jospin, Les Delphinelles étaient un EHPAD (établissement d’hébergement de personnes âgées dépendantes) de 63 lits répartis dans trois petites unités de vie à Vaucanson, l’Abbaye et Teisseire, cette dernière unité ayant été ouverte à l’automne 2007. Innovant, ce projet l’était parce qu’il conciliait la nécessité d’adapter la prise en charge de la dépendance à de nouvelles contraintes de qualité (la norme EHPAD), tout en préservant à la fois la taille humaine des structures et leur ancrage dans un quartier, en lien avec la ville et son environnement social. Soutenu par un gouvernement de gauche, ce projet se voulait une réponse solidaire à la dépendance, capable de prendre en compte la personne âgée dépendante dans toutes ses dimensions, y compris celle de son environnement social et urbain.

Las ! Avec le changement de politique nationale de 2002, la mise en place de la « triple tarification » (soins payés par l’assurance maladie, dépendance par le département et hébergement par l’usager) s’est avérée une redoutable broyeuse d’illusions : faute de prise en compte de sa spécificité (trois sites, donc trois contraintes de permanence de soins 24h/24), Les Delphinelles ont toujours été financées comme un seul établissement de 63 lits, alors même que les dotations étaient calculées pour un équilibre financier atteint… à 80 lits. Lorsque la nouvelle équipe est arrivée à la tête du CCAS en mars 2008, les premiers chiffres de déficit annuel en pleine exploitation faisaient froid dans le dos : 1,2 M€ de déficit, malgré un tarif parmi les plus élevés du département ! Comment justifier la prise en charge par les Grenoblois d’un tel déficit, alors que ni la Ville ni le CCAS ne sont légalement compétents ? A titre d’exemple, ce déficit pour 63 lits a le même coût pour le CCAS que la gestion du service social personnes âgées… qui suit plus de 6400 personnes ! Difficile question de justice sociale.

Au moment où le CCAS rencontrait de grave difficultés budgétaires, je n’ai pas hésité et j’ai proposé aux tutelles (DDASS et conseil général) d’engager une démarche commune. Nous avons d’abord expertisé la gestion, et vérifié si un autre gestionnaire était en mesure de conserver le même projet. L’analyse menée par la Mutualité française a été négative : même en améliorant la gestion (notamment le recours à l’intérim, excessif au CCAS faute de candidatures sur nos postes médicaux), le projet n’était pas viable. Nous avons donc réfléchi à un nouveau projet pour chaque unité.

Sur Vaucanson, compte tenu de la grande taille des chambres, la piste du handicap s’est imposée naturellement. Nous avons décidé de confier la gestion de cette unité à l’Apajh (association pour l’aide aux adultes et jeunes handicapés).

Sur l’Abbaye, nous voulions revenir au modèle original par des « appartements regroupés à services partagés ». Malheureusement, les contraintes du bâti et les incertitudes financières (sur le coût à charge des usagers, en particulier) nous ont obligé à revoir notre copie. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une petite unité de vie non médicalisée, pour personnes âgées moyennement dépendantes, qui sera gérée par la Mutualité française.

Sur Teisseire, l’association « Les petits frères des pauvres » a porté un projet de petite unité de vie médicalisée à destination des immigrés vieillissants et proposant des hébergements temporaires… qui n’a pas été finançable, son prix de journée étant trop élevé (près de 100€ !). Nous réfléchissons encore pour proposer un avenir à ce véritable joyau qu’est cette unité des Delphinelles, de préférence dans le secteur gérontologique.

Partager des décisions avec des collectivités est une chose, les mettre en œuvre dans la durée en est une autre. Il faut mesurer le drame qu’a été l’annonce de l’arrêt du projet des Delphinelles pour nombre d’agents du CCAS qui s’étaient investis durant des années pour la réussite de cette innovation grenobloise, sans parler des résidents et de leurs familles à la fois tristes et inquiets et de l’avenir. Je me suis efforcé, à l’automne 2008 de partager au maximum notre réflexion avec les agents, les résidents et leurs familles, mais aussi les organisations syndicales du CCAS. Plusieurs réunions ont été nécessaires. Nous avons joué la transparence, assumé la décision, proposé un accompagnement. Pour les résidents, la perspective de l’ouverture du nouvel EHPAD « Chante soleil » à Vigny Musset a été une réponse satisfaisante. Pour les agents, un dispositif spécifique a été organisé par les ressources humaines, pour tenir l’engagement que j’avais pris que tous les agents titulaires soient reclassés dans de bonnes conditions. Durant ces mois de travail chargés en émotion pour les agents comme pour les résidents, le rôle de la directrice, Muriel Malka, a été déterminant. Au croisement de la logique de l’institution et de celle des usagers, en contact permanent avec son équipe, elle a absorbé bien des chocs et réconforté bien des cœurs durant de longs mois. Nous lui devons une bonne part du bon déroulement de ce triste changement.

Enfin est arrivé le moment où le changement devenait effectif : le 10 novembre pour Vaucanson et le 24 novembre pour l’Abbaye, les résidents ont déménagé pour Vigny-Musset. Pour avoir partagé ces moments avec les résidents, leurs familles, mais aussi les professionnels, c’est peu dire qu’ils ont été émouvants. S’y mêlaient de la tristesse, de la nostalgie, de la crainte pour certains résidents, de l’espoir pour des professionnels qui débutaient une nouvelle carrière (par exemple dans la petite enfance), et surtout beaucoup de « qualité humaine », de respect de l’autre, de souci de dignité, d’empathie. Voir pleurer des professionnelles au soir d’une journée de déménagement est le meilleur démenti à tous les jugements expéditifs sur le secteur gérontologique. Même si nous partagions un sentiment de tristesse, j’ai aussi vu la fierté du service public, dans toute son humanité dans bien des regards. Sans emphase, je dois confesser que c’est un des plus beaux moments, même douloureux, de ma courte vie d’élu.

Nous avons été capables, me semble-t-il, de bien gérer un changement contraint par la logique financière. Cela ne doit pas nous faire taire le sentiment de révolte politique qui nous a étreint tout au long de cette démarche : que dire de la continuité de la parole de l’Etat ? Que penser de politiques exclusivement déterminées par la contrainte financière, qui interdisent l’adaptation au besoin social des personnes ? Notre innovation n’a pas survécu à la financiarisation de la santé, et le pire est à venir  : notre système est déjà terriblement inégalitaire, accessible soit aux plus fragiles grâce à l’aide sociale (financée par les départements) soit aux plus riches (près de 2000€ par mois pour une place en EHAPD), et on nous annonce des réformes prochaines visant à faire converger le public vers la logique du privé, et à intégrer tous les coûts dans des systèmes de dotations, même les médicaments. Ainsi, demain, il y a fort à parier que certaines personnes âgées, dont les pathologies seraient trop coûteuses en médicaments, se verront refuser l’accès à certains EHPAD. Ainsi, demain, les personnes âgées dépendantes ne seront plus des assurés sociaux normaux et n’auront plus le choix de leur médecin traitant etc… J’aurai l’occasion d’y revenir, en particulier sur ce que le gouvernement veut faire sur le « 5ème risque ».

C’est en tout cas un chantier absolument majeur pour la gauche que d’élaborer une alternative crédible aux politiques de droite depuis 2002, sur un sujet aussi essentiel dans la vie quotidienne de millions de Français. Pour que vivent d’autres Delphinelles.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 14:19

Elu depuis mars 2008 dans l’équipe conduite par Michel Destot, je suis en charge de l’action sociale et familiale, et à ce titre vice-président du centre communal d’action sociale (le Maire est président de droit). Je suis par ailleurs co-président de la commission « logement – habitat » de la Métro et vice-président d’Actis, premier bailleur social de Grenoble.

 

Agé de 33 ans, marié et père de trois enfants, mon parcours politique remonte aux années 1993 – 1994, époque à laquelle je commence un engagement militant à la fois au Mouvement des Jeunes Socialistes et au Parti Socialiste.

 

J’ai grandi à Paris, dans le 13ème arrondissement, aîné d’une famille de 4 enfants. Mon père est journaliste et ma mère conseillère pédagogique. Je suis arrivé à Grenoble en 1995 pour reprendre mes études, que j’avais suspendues peu de temps après mon bac pour me consacrer avec des amis à ma passion du théâtre. Je savais à l’époque que mon absence totale de talent sur les planches me faisait l’obligation de regagner « le droit chemin », quand nombre de mes amis ont poursuivi leur destinée artistique.

 

Déjà militant socialiste et passionné par l’action publique, la voie des instituts d’études politiques me semble alors la plus naturelle et me permet de quitter la capitale pour mener ma vie. C’est en passant les concours que j’ai découvert Grenoble : en quelques heures, j’ai été emballé par la ville, son tramway et son campus à l’américaine. Je m’installe à Grenoble en septembre 1995, avec l’obligation de trouver un job pour financer mes études et gagner ma vie : pendant près de deux ans, je serais serveur – plongeur à la cafétéria Casino de St Martin d’Hères une trentaine d’heures pas semaine. Dans le même temps, je m’engage au sein d’un mouvement étudiant, intitulé « Mendes », je participe à la création de « Nouvelle Gauche » au sein du parti socialiste, petite organisation essentiellement issue du MJS autour de Benoît Hamon, et je deviens un des responsables régionaux du mouvement « Agir », fondé par Martine Aubry. Avec notre petit groupe d’amis – militants, nous sommes alors en liens avec la nouvelle équipe municipale qui vient de gagner Grenoble dans les circonstances que l’on sait, et je rencontre des personnalités qui compteront beaucoup pour moi à l’avenir, Michel Destot, bien sûr, mais aussi Jérôme Safar, Geneviève Fioraso…

 

Lors de la dissolution de 1997, je suis président de l’association Mendes et je suis invité à me joindre à l’équipe de campagne, puis, une fois l’élection passée, à l’équipe des collaborateurs parlementaires du député ré-élu. Entre la plonge à Casino et le travail parlementaire, je n’hésite pas ! De fait, l’activité de collaborateur parlementaire me passionne, en particulier dans les nombreux suivis de situations sociales difficiles. Désireux de ne pas limiter mon activité aux bureaux de l’avenue Alsace – Lorraine, je mets en place des permanences à Mistral, au sein de feu la « MPT Mistral » d’Hassen Bouzeghoub (devenue « Le Plateau »), et je tente d’installer ces permanences à la Villeneuve, avec moins de réussite… Cette période en prise avec le quotidien, à l’intérieur des équipements sociaux mais aussi des bistrots ou des appartements des personnes a été d’une richesse humaine formidable. C’est aussi l’époque des lois Chevènement et des dossiers de régularisation, avec son lot de drames humains et d’engagements passionnés pour les causes les plus belles, puisqu’elles mettent en jeu l’avenir d’individus et de familles.

 

Très vite, la place prise par ces engagements à la fois professionnels et militants n’est plus compatible avec la poursuite de mes études. Mon diplôme de l’IEP en poche, mon inscription en DEA restera sans suite puisqu’une opportunité m’est proposée à l’automne 1998 : celle de rejoindre le cabinet du Maire, alors dirigé par Geneviève Fioraso, en tant que chargé de mission. J’ai 22 ans et je plonge définitivement, sans le mesurer, dans un milieu et une vie qui vont m’absorber jusqu’à aujourd’hui. Je m’investis notamment dans le suivi du Conseil National des Missions Locales, présidé par Michel Destot, qui me permet non seulement d’apprendre énormément sur ces politiques publiques essentielles qui concernent 2 millions de jeunes en France, mais aussi de travailler avec le cabinet de Martine Aubry et la délégation interministérielle à l’insertion des jeunes, mesurant l’importance des articulations entre politiques nationales et locales.

 

L’image de Grenoble, à cette époque, est encore très marquée par l’ombre d’Alain Carignon et je participe, modestement, aux efforts de toute l’équipe municipale pour redresser cette image et relancer la ville. Pour ce faire, la stratégie du Maire est simple : valoriser les atouts de la ville plutôt que faire fructifier le capital politique des « affaires Carignon ». C’est l’époque des premières réussites qui permettent de relancer le développement économique grenoblois, et qui doivent beaucoup à l’implication de Michel Destot et Geneviève Fioraso, en lien avec Jean Therme, alors patron du Léti – CEA. De cette période passionnante, je retiens à la fois la sagesse du Maire qui a privilégié l’intérêt à long terme de sa ville sur la communication polémique à rentabilité immédiate, et la passion du développement de Grenoble qui nous animait tous, alors que la croissance mondiale repartait et que la gauche plurielle au pouvoir semblait si forte…

 

Fin 1999, Jean Boutry devient Directeur de cabinet et je suis nommé chef de cabinet. Je m’investis davantage dans les dossiers économiques et je suis désormais en charge, en plus de la supervision de l’agenda, du protocole et des relations extérieures, des questions de sécurité. Avec les municipales de 2001, j’effectue à partir de fin 2000 un intérim partiel de la direction du cabinet (Jean Boutry étant candidat à Cran-Gevrier, ville dont il est Maire depuis cette date), confirmé après les élections. Ainsi, de début 2001 à début 2008, j’assure la direction du cabinet de Michel Destot. Je ne vais pas ici résumer sept années d’une responsabilité très lourde, et d’une activité foisonnante, souvent stressante, parfois dramatique. J’en retiens aujourd’hui d’abord le travail qu’il m’a fallu fournir pour devenir légitime dans cette fonction, alors que je n’ai pas 25 ans lorsque je suis nommé. Il aura fallu une bonne dose d’audace au Maire pour me confier cette responsabilité ! Ensuite, j’ai expérimenté durant cette période les bonheurs et les affres du management, devant diriger une équipe d’une vingtaine de personnes. Même si tout n’a pas été parfait, je garde une grande fierté du travail collectif que nous avons accompli et beaucoup d’amitié et d’estime pour tous les membres de cette équipe.

 

Au plan politique, ce second mandat de l’équipe de Michel Destot est marqué par de grandes réussites, comme la troisième ligne de tramway, la requalification de Teisseire ou la MC2, et par de vives polémiques sur le stade d’agglomération ou Minatec, dont chacun aujourd’hui salue le succès. En tant que directeur de cabinet, je suis chargé auprès du Maire du fonctionnement de la majorité municipale, donc des relations avec les groupes politiques. Inutile de préciser combien cette charge a été prenante et pleine d’enseignements, notamment sur l’écart entre la qualité des échanges humains et la violence, voire la médiocrité, de la polémique publique…

 

Toujours est-il qu’au moment des élections municipales de 2008, ayant décidé en tout état de cause de ne pas poursuivre comme directeur de cabinet, fonction épuisante et « asséchante » pour soi-même, j’étais face à l’alternative de continuer dans la voie politique, et donc de m’affronter à l’élection, ou bien de changer totalement de voie, de vie. Cette dernière option a eu longtemps ma préférence, d’une part parce que j’avais besoin de « changer d’air » et que j’ambitionnais de m’engager dans d’autres passions (la culture du vin ?), et d’autre part parce qu’étant arrivé au métier politique par le militantisme, je n’avais pas l’intention de devenir une sorte de mercenaire des cabinets politiques. Au final, l’envie de poursuivre l’aventure collective derrière Michel Destot et d’éprouver mes capacités personnelles dans de nouvelles responsabilités l’a emporté. J’ai donc accepté de diriger la campagne électorale de Michel Destot, quittant prématurément mes fonctions en mairie, avec la perspective d’une responsabilité d’adjoint au Maire… à l’action sociale seulement !

 

Militant socialiste depuis que j’ai une conscience politique, la question sociale est le cœur de mon engagement. Après avoir travaillé comme collaborateur sur de nombreux sujets, y compris le social, je ne pouvais imaginer prendre une responsabilité d’élu que dans ce domaine, avec un véritable besoin de redonner du sens à mon engagement militant et citoyen, et avec l’immodestie d’espérer apporter quelque chose. C’est cet engagement et cette même démarche qui sont la raison d’être de ce blog. Plus que le récit illustré de mon activité d’élu ou de mes réactions à l’actualité, je souhaite faire de ce blog un modeste espace de réflexion sur le sens et les moyens de l’action d’un élu local en charge des politiques sociales. Seul internet offre aujourd’hui cet espace de liberté et je souhaite m’en saisir en espérant que ce travail d’abord personnel, qui me sera essentiel pour mieux formaliser des analyses et tenter de les faire partager, saura vous intéresser.

Par Olivier Noblecourt
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