Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 16:59

OB pass culture-copie-1Dans la riche histoire grenobloise, deux politiques publiques se sont souvent croisées ou côtoyées : celle qui relève de l’accès le plus large à la culture (avec  la création de « Peuple et culture » et plus tard celle de la Maison de la culture, une des premières décentralisées, qui a marqué l’imaginaire collectif grâce au formidable discours inaugural d’André Malraux) et celle qui a cherché à promouvoir les droits sociaux, dont le droit à la culture, avec l’élan donné à l’éducation populaire et aux centres sociaux. Depuis plusieurs années, nombre d’initiatives, souvent réussies, ont permis de faire progresser les liens entre « culture » et « social » : c’est le bailleur social Actis qui propose un accompagnement de grande qualité avec la MC2 à une cinquantaine de ménages locataires sociaux, c’est le théâtre municipal qui conventionne avec « Point d’eau » (accueil de jour pour SDF), ce sont le Musée et le Muséum qui développent des programmes dits de « médiation culturelle », de même que la MC2 qui parvient à élargir son public, c’est enfin telle association, tel centre social, qui propose une action spécifique, souvent pertinente, en lien avec un équipement culturel. Ce fourmillement d’initiatives est assurément une chance pour notre ville, qui témoigne de la conscience partagée entre acteurs culturels et sociaux que leurs actions comme leurs enjeux ont partie mêlées.

Pourtant, force est de reconnaître que ces initiatives éparses, pour belles qu’elles soient, ne constituent pas à proprement parler une politique publique, qu’il manque toujours une dimension globale qui réunisse l’ensemble des acteurs, associe les habitants, et crée un objet de travail permanent pour les professionnels. C’est ce constat que l’enjeu du rapport entre politiques culturelles et sociales ne pouvait dépendre de la volonté propre de quelques acteurs, d’affinités personnelles, géographiques ou historiques entre équipements, quelles qu’en soient les qualités, qui nous a conduit, avec ma collègue Eliane Baracetti (adjointe à la culture) à engager une réflexion commune dès le début de ce mandat. Cette réflexion s’est d’abord appuyée sur une analyse approfondie réalisée par la direction des affaires culturelles de toutes les actions existantes, qui a confirmé notre diagnostic initial et nous a convaincu que l’enjeu n’était pas de créer une offre supplémentaire, du type chéquier de réductions, ou, pire, d’imaginer mettre à bas l’existant pour tout reconstruire. Des échanges nombreux que nous avons eu avec les professionnels, des rencontres que nous avons organisé, pour la première fois de manière globale, entre responsables culturels et sociaux, des principes généraux se sont imposés :

-    -CCAS-fly-100X210 (2)Le dispositif devait concerner tous les Grenoblois, pas seulement ceux considérés comme « en difficulté », pour être pleinement attractif : il s’agit bien de permettre à tous les Grenoblois de mieux profiter de la richesse de l’offre culturelle grenobloise.

-        - Face à l’isolement croissant de nos concitoyens (près d’un Grenoblois sur deux vit seul), le dispositif doit proposer des sorties collectives, qui permette à la fois la rencontre et une forme de sécurisation de la sortie.

-        - Il doit se fondre dans l’offre existante, sans remettre en cause ni les politiques tarifaires des équipements culturels, ni les actions déjà engagées par les équipements.

-      - Il doit être suffisamment souple pour évoluer au gré des pratiques des professionnels, et constituer un enjeu régulier de rencontres entre responsables culturels et sociaux.

-        -  Il doit enfin permettre une réelle appropriation par les habitants, c'est-à-dire une capacité à être acteurs de la programmation du dispositif.

Ce sont ces cinq principes qui ont permis, en conclusion d’une bien longue réflexion, de créer le « Pass culture » : porté par les Maisons des Habitants (voir leur projet ici), ce Pass qui court de l’automne à l’été est payant (12 €) pour les ménages imposables, gratuit pour les autres, ouvrant droit à une programmation large (1700 places pour 66 offres culturelles) à un prix maximum de 5 € (pour plus d’infos pratiques, c’est ici). Concrètement, les Grenoblois peuvent se rendre dans chacune des 11 Maisons des Habitants (ou centres sociaux) de leur choix pour pouvoir participer à des sorties culturelles collectives, pour lesquelles les équipements culturels ont prévu un accueil bonifié (rencontre avec les artistes, visites privilégiées, « master class »…). Dès 2012, ils pourront participer avec l’équipement social de leur quartier (par exemple dans le comité des usagers, voir ici) à la programmation de l’année suivante, afin de choisir, de manière collective, les sorties qui les intéressent le plus.

Cette nouvelle offre est une formidable opportunité de découvrir pleinement la richesse culturelle grenobloise, de rompre l’isolement, de partager une émotion artistique en famille, entre amis ou entre voisins, de mieux faire connaissance avec les Maisons des Habitants, les associations qui y interviennent et les habitants qui les font vivre. Si ses débuts se veulent modestes, nous comptons développer fortement ce dispositif à l’avenir afin de développer les synergies entre acteurs culturels et sociaux, et ainsi de nous adapter en continu à la demande des Grenoblois tant sociale que culturelle.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 15:33

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Chaque hiver, alors que l’été est une période souvent plus cruelle, la situation de l’hébergement d’urgence est l’objet de nombreuses analyses et souvent de prises de positions aussi hypocrites qu’inefficaces, notamment de la part du gouvernement.

Chaque hiver, surtout depuis que la droite est au pouvoir, les acteurs sociaux de l’hébergement, institutionnels comme associatifs, redoutent que la situation ne s’aggrave (voir ce post qui date du début de l’hiver 2009-2010) par rapport à l’année antérieure, s’interrogent sur la capacité des dispositifs à répondre à des détresses humaines sans cesse plus lourdes, craignent qu’il faille un drame pour être entendus (comme un collectif de travailleurs sociaux qui interrogeait l’an passé, provocateur : « à quand le premier mort de froid ?).

Chaque hiver, des mobilisations exceptionnelles, citoyennes, associatives mais aussi institutionnelles (avec des moyens rajoutés in fine par l’Etat et des prises en charge par des collectivités locales) permettent de « passer le cap », avec toujours le goût amer de la triste conscience de n’avoir pas répondu à tous les besoins, d’avoir laissé s’aggraver des situations humaines terribles… Ce cycle infernal, nous le subissons tous, et d’abord les bénévoles et les professionnels de l’hébergement d’urgence qui sont en première ligne, et qui parfois se découragent.

Cet hiver n’échappe pas à la règle. Mais en pire.

Les responsabilités existent. Les causes sont connues et il suffit d’entendre ces dernières semaines se multiplier les dérapages de la droite dite républicaine pour mesurer que la question des moyens est loin d’être seule en cause. J’ sdf_dehors.jpg ai déjà eu l’occasion d’analyser les conséquences du cynisme gouvernemental et l’impact des politiques nationales dans ce post, qui date de…. mars 2010 et qui reste intégralement d’actualité, sauf que la réalité s’est durcie au plan local : la misère cachée s’est développée, les moyens se sont réduits, les droits des personnes sont bafoués, la crise a encore alourdi les situations sociales d’un public croissant.

A ce jour, le 115 continue d’être dans l’incapacité de répondre à la plupart des demandes d’hébergement d’urgence, y compris de familles avec enfants.

A ce jour, le dispositif hivernal, pourtant financé, n’est pas occupé à pleine capacité de ses places ouvertes, et des places existantes, pour lesquelles des professionnels ont été recrutés, ne sont délibérément pas ouvertes, alors même que plusieurs centaines de personnes, notamment des familles déboutées du droit d’asile, sont sans solution. hiver.jpgDes enfants scolarisés dorment dans des squats ou des abris qui mettent en cause leur santé et leur sécurité. Je pourrai multiplier les exemples qui démontrent jusqu’à quelles extrémités de situation de vie sont conduites des personnes déjà en souffrance pour des motifs purement idéologiques et politiciens, au mépris des lois de notre République et des conventions européennes qui sont fondatrices de notre « projet de civilisation ».

Face à cela, nous ne cessons d’alerter, depuis plusieurs années, hiver comme été, en pleine solidarité avec les associations et collectifs qui défendent non seulement les droits des personnes, mais aussi les valeurs de notre démocratie. Nous avons proposé, Conseil Général, Métro et Ville de Grenoble, de contribuer avec l’Etat à un dispositif global d’accueil d’urgence, dans une logique de mise à l’abri. Cette proposition a été refusée à plusieurs reprises par l’Etat. Hier encore, le conseil d’administration du CCAS a voté un vœu que le Maire de Grenoble a transmis au Préfet de l’Isère (voir ici).

Bien sûr, la prochaine baisse des températures justifiera des ouvertures de places qui soulageront en partie ces situations, même si beaucoup resteront cachées. Comme les années passées, il est probable que le dispositif hivernal grossira jusqu’au printemps, avec, de nouveau, la difficile gestion de la « sortie du dispositif hivernal », et ses remises à la rue. .. avec la perspective de nous battre jusqu’à l’hiver prochain.

Il est temps que cesse cette spirale infernale, qui non seulement broie les personnes, mais développe aussi les violences et les haines dans notre société. C’est un enjeu que la gauche doit porter dans les prochaines échéances démocratiques, sans rien renier de ses valeurs, et en refusant le terrorisme de l’idéologie nauséabonde de « l’appel d’air » que la droite a réussi à faire régner. Au plan local, nous essayons de tenir bon, d’abord grâce à la mobilisation d’associations et de citoyens. Mais il est temps qu’une gauche résolue à répondre à ces défis sociaux succède au plan national à cette droite rance qui fait son miel politique de la souffrance humaine.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 13 décembre 2011 2 13 /12 /Déc /2011 17:55

Depuis l’aGrenoble-20111202-00284.jpgn passé, nous avons décidé, avec ma collègue Florence Hanff, de proposer aux personnes âgées grenobloises, en plus du traditionnel repas de Noël, des débats citoyens sur les sujets qui intéressent leur vie quotidienne : le logement, les déplacements, la santé, la sécurité, la vie sociale et culturelle, l’engagement bénévole…  Autant de sujets qui, cette année, ont réuni plus de 300 personnes sur les six jours et des intervenants (outre les élus concernés), comme Michel Issindou, le président du SMTC, Françoise Bouchaud pour le Secours catholique ou Denise Saillard pour France Bénévolat.

Si la formule reste perfectible, l’intérêt de ces débats est évident : trop rares sont en effet les espaces d’échanges dédiés à la prise en compte des personnes âgées dans l’ensemble des politiques publiques, alors que c’est tellement nécessaire ! Du besoin de penser une offre culturelle adaptée, par exemple en termes d’horaires, au manque de sécurité des piétons notamment face à certains comportements de vélocyclistes, en passant par les voies et moyens d’accompagner l’engagement bénévole de ces « jeunes retraités » qui ont tant à apporter au secteur associatif, les enjeux évoqués ont été aussi nombreux que variés.

Grenoble-20111206-00301.jpgCe sont d’ailleurs souvent les mêmes préoccupations qui ont alimenté les discussions que j’ai pu avoir avec les près de 3000 personnes âgées qui ont participé aux 6 repas organisés par la Ville et son CCAS. Au-delà de la chaleur humaine et du plaisir à partager un moment convivial dans une période aussi dure,  notamment pour les personnes âgées isolées, et toujours avec le sourire, j’ai ainsi pu répondre à des motifs de satisfaction, comme la possibilité offerte depuis septembre dernier aux personnes âgées de plus de 75 ans de voyager gratuitement en heures creuses sur le réseau de transports en commun, mais aussi à des mécontentements ou des inquiétudes, par exemple sur l’entretien de certains espaces publics ou la tranquillité publique.

Loin de la caricature qui en est parfois offerte, ces repas de Noël sont à la fois un moment précieux de convivialité et d’amitié pour nos aînés, et un temps d’échange bienveillant, parfois grave, avec les élus. Avec ces débats citoyens, nous continuerons de mêler plaisir d’être ensemble et échanges citoyens !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 20:19

7286 151 Maison-Des-HabitantsWebNous étions plus d’une soixantaine réunis jeudi 8 décembre à la Maison des Habitants du secteur 3 pour lancer ensemble le « comité des usagers ».

Habitants des Eaux-Claires, de Mistral, du Lys rouge, d’Abry et de Libération, nombreux étaient les citoyens mobilisés pour cette initiative nouvelle, qui vise à donner pleinement leur place aux usagers dans ces maisons qui concilient services publics, présence associative et espaces de rencontres et d’engagement pour les habitants.

Grace au très bon travail préparatoire des professionnels, la soirée a permis, au sein de plusieurs groupes de travail, de faire émerger les thématiques de mobilisation voulues par les habitants : la mixité sociale dans le logement, les rapports à l’école, les liens entre quartiers, l’accueil et l’information des nouveaux arrivants… gensavec une volonté claire de fédérer autour de ce comité des usagers l’ensemble des acteurs des quartiers, de concert avec les unions de quartier et le conseil consultatif de secteur.

Avec ma collègue Laure Masson, nous avons largement évoqué le nouveau projet des Maison des Habitants (voir ici) et la volonté d’ouverture qui nous anime, tant en direction des associations qui sont indispensables tant pour l’accès au droits que pour l’animation de ces lieux collectifs qu’envers les habitants, comme le montre la réussite des fonds de soutien gérés directement par les habitants volontaires. 

Ces comités d’usagers seront-ils d’abord des lieux de rendu-compte, d’échange voire de confrontations entre habitants, professionnels et élus ? petit-dej-08-12-11-004.jpgOu seront-ils davantage des espaces de mobilisation collective pour travailler ensemble à faire progresser le « vivre ensemble » dans nos quartiers ?

Les habitants présents ont clairement préféré la seconde option, avec un engagement très fort à poursuivre la démarche (certains souhaitant un rythme de deux réunions mensuelles) pour donner pleinement leur pleine mesure à ces équipements collectifs qui seront d’abord ce que les habitants en feront, soutenus par les professionnels et les élus.

Encore une petite pierre qui vient enrichir notre projet de développement social, qui place la demande sociale au cœur des politiques publiques…

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 11:52

ecole-copie-1.jpgSi la gauche entend, demain, être fidèle à son projet d’égalité réelle, il serait bien dommage que la récente polémique suscitée par la volonté de l’éducation nationale d’évaluer les enfants de maternelle ne la rende pusillanime sur ce sujet.

Le rejet unanime par les syndicats comme par les fédérations de parents d’élèves du projet du gouvernement est d’abord révélateur de la logique de défiance qui s’est instaurée entre la droite et la communauté éducative, conséquence non seulement des baisses successives de moyens mais aussi de discours idéologiques passés, comme la critique aussi virulente qu’infondée de la démocratisation scolaire (voir Eric Maurin, La nouvelle question scolaire).  Plus largement, la droite récolte aujourd’hui les fruits de ses hystéries sécuritaires comme de ses raccourcis idéologiques, qui ont souvent entretenu la confusion entre fragilité sociale, déterminisme et comportement potentiellement dangereux. Dès lors,  l’utilisation de terme comme « à risque » voire même celui d’évaluation qui est vu comme une détermination précoce alors qu’il s’agit justement de l’empêcher, ne peut que faire craindre le pire à la communauté éducative. C’est cette défiance profonde qui décrédibilise toute velléité de la droite de réduire les inégalités scolaires, fut-elle adossée au constat partagé de l’incapacité de notre système éducatif à enrayer la reproduction sociale.

Ainsi, pour la gauche qui porte seule à la fois le projet et la crédibilité nécessaires à la conduite des changements nécessaire à une véritable politique de réduction des inégalités à l’école, le rétablissement de la confiance constitue un préalable indispensable qui justifie davantage encore les engagements clairs et chiffrés de François Hollande. Mais cette condition préalable ne sera suffisante que si elle s’accompagne d’une capacité à penser autrement la démocratisation scolaire, en concentrant les moyens en direction des enfants qui en ont le plus besoin, ce qui justifie pleinement, à condition de l’entourer d’importants garde-fous éthiques, de reprendre la question de l’évaluation individuelle des enfants dès la maternelle, non pour prétendre prédire un comportement ou une dangerosité sociale future, mais pour mettre en place une prévention précoce, pour adapter l’accompagnement éducatif, pour renforcer la guidance pédagogique selon la réalité des besoins.

Car il est urgent que l’hystérisation du débat et la logique de défiance cessent d’empêcher l’éducation nationale d’engager une transformation éducative et pédagogique essentielle, c'est-à-dire l’accompagnement  individualisé de l’enfant. L’enjeu est fondamental : rompre avec une école qui reproduit les inégalités en prétendant considérer tous les élèves égaux devant les apprentissages. La réussite de la démocratisation scolaire, qui est réelle, ne sera complète que si elle s’accompagne non pas d’une illusoire égalité des chances ; mais au contraire d’une réduction des inégalités réelles par une individualisation adaptée.

Les études internationales sont sans appel et révèlent toutes la même corrélation entre fragilité sociale et difficulté d’apprentissage de l’enfant même si, au niveau des individus, la situation sociale n’est heureusement prédictive ni du comportement ni du potentiel scolaire. Cette inégalité de destin qui cause tant de désespérance sociale et de sentiment de déclassement (voir ici), nous savons aussi qu’elle est réductible dans la capacité à faire surgir l’individu derrière l’élève, à cesser le pilotage grégaire du temps scolaire pour accompagner chaque enfant à partir de ses potentialités et de ses limites propres. Dès lors, le repérage des difficultés de l’enfant est indispensable pour renforcer, adapter  l’accompagnement pédagogique à ses besoins et viser l’égalité des acquis  de tous les enfants pour ce qui concerne les compétences fondamentales.

A Grenoble, nous avons conduit une expérimentation concernant l’acquisition du langage dénommée « parler bambin », dont les résultats positifs ont été démontrés scientifiquement. Constatant la permanence de retards langagiers chez les enfants de familles pauvres, nous avons imaginé avec le docteur et chercheur Michel Zorman et les professionnelles de crèche un programme dont l’enjeu est moins de préparer l’enfant à l’école que de faciliter son développement global au travers du langage, à l’instar de l’avancée qu’ont constitué par le passé les activités de développement psychomoteur. Les résultats ont été probants à la fois pour les enfants repérés comme « petits parleurs » qui ont plus que rattrapé leur retard initial, pour les parents qui ont enrichi leur relation de premier éducateur à leur enfant, et pour les professionnelles, qui ont acquis des compétences nouvelles et trouvé un sens réaffirmé à leurs missions. Le succès de cette expérimentation sociale, reprise par plusieurs collectivités comme la ville de Lille, est renforcé à Grenoble par la priorité d’accès aux crèches que nous donnons aux familles pauvres. Ainsi, les 3000 enfants accueillis chaque année, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté, bénéficient tous d’une pédagogie adaptée et pour quelques centaines, d’un travail renforcé en petits groupes qui leur permet de progresser. Ne nous y trompons pas : sans donner aux professionnels des outils de repérage  précoce, dès 18 mois en l’occurrence,  venant compléter leur propre évaluation, ce type d’action essentielle à la réduction des inégalités ne serait pas envisageable.

Au final, la capacité future de la gauche à faire naître un consensus autours de l’évaluation des enfants – par le débat et en y apportant les bornes morales indispensables en concertation avec les enseignants et les parents – met en jeu deux évolutions fondamentales : celle d’une éducation qui distingue les individus et se donne les moyens véritables pour aider ceux qui en ont davantage besoin, rompant avec un égalitarisme de façade qui n’est que l’alibi du conservatisme, et, plus largement, celle d’un regard sur l’enfant qui le reconnaisse dès la petite enfance comme un individu.

Du « ventre sur pattes » des décennies passées à l’individu complet de demain, avec ses potentiels et ses limites, intrinsèques ou liés à son environnement, c’est le regard de toute la société qui doit changer : en matière de petite enfance, l’infantilisation des enfants a bon dos si elle excuse les inégalités dont ils sont victimes. C’est aujourd’hui la responsabilité de la gauche et de son candidat, François Hollande, que de penser cette révolution pédagogique pour que l’évaluation de l’enfant soit pleinement au service de son épanouissement et pas le nouvel avatar, pour la droite, du darwinisme social qui constitue son fond de commerce idéologique.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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