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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 17:49

fnarsA l’occasion de son congrès annuel qui se tenait les 13 et 14 janvier à Nantes, la FNARS (Fédération Nationale des associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale) a invité les candidats à l’élection présidentielle (ou leurs représentants) pour débattre de cinq propositions qu’elle entend porter dans le débat public (voir sur http://www.solidarite2012.org/, et le détail des propositions ici), en se situant délibérément au-delà de l’enjeu social majeur que constitue le public pris en charge par les structures adhérentes de la FNARS (dont la situation s’aggrave considérablement) pour interroger les politiques de solidarité dans leur ensemble, notamment celles « en amont » de l’exclusion.

Chaque proposition a ainsi fait l’objet d’un forum de plus de 3 heures, et j’ai été le « grand témoin » du forum consacré à la proposition « Pour une consultation sociale de proximité permettant de prévenir et surmonter les accidents de la vie ».

Quand on mesure combien de personnes ont basculé dans l’exclusion faute d’avoir bénéficié d’un accompagnement ou de services sociaux dès l’apparition d’une difficulté de vie, comme chacun peut en connaître (perte d’emploi , séparation, décès d’un proche, maladie…), l’intérêt de cette proposition de la FNARS est évident et rejoint les politiques publiques que nous développons sur Grenoble. D’ailleurs, le constat de départ est devenu largement consensuel parmi les acteurs du champ social et repose sur une triple évolution :

-      - des formes de pauvreté, qui peuvent concerner des ménages salariés, des familles monoparentales, des personnes âgées, avec pour dénominateur commun la plus forte exposition au risque de pauvreté d’une partie croissante de la classe moyenne. Cette évolution appelle un élargissement massif du public de l’action sociale, trop souvent limité aux personnes déjà en situation d’exclusion, pour développer une action préventive et non exclusivement curative ou réparatrice.

-   - du regard porté par la société sur la pauvreté, qui privilégie de plus en plus la responsabilité individuelle (voir ce post) avec pour conséquence le développement de la souffrance psychosociale (voir ce post), de formes de stigmatisation des lieux de l’action sociale, comme les centres sociaux, et au final l’aggravation du non-recours aux prestations et aux services sociaux, alors même que le phénomène marginal de la fraude sociale est instrumentalisé (voir ce post).

-         - de l’offre des services sociaux, de plus en plus segmentée, balkanisée et guidée par des contraintes de gestion financière qui poussent à des logiques de guichet. De fait, l’accès aux services sociaux apparait souvent comme complexe, avec des dispositifs cloisonnés qui se renvoient l’individu et ne traitant que les stigmates de sa situation sociale au lieu de lui proposer un accompagnement global. Dès lors, cette segmentation et cette complexité produisent non seulement du découragement, donc du non-recours, mais aussi  des spécialisations d’équipements sociaux en fonction du public accueilli, qui aggravent les logiques d’entre-soi et empêchent le « vivre ensemble » sur un territoire, puisque les publics ne se croisent plus.

Au final, le constat d’une offre de services sociaux à la fois stigmatisée, notamment par une partie de la classe moyenne qui refuse par principe d’y avoir recours, balkanisée et peu efficace risque de la rendre simplement inadaptée aux nouvelles formes de pauvreté, avec l’expansion d’un double phénomène de méconnaissance et de défiance, l’une nourrissant l’autre. L’enjeu central est donc à la fois de redonner une facilité d’accès « banal » à ces services, mais aussi d’initier une véritable stratégie de reconquête de la confiance des habitants. En cela, la proposition de la FNARS est pertinente sur le premier point, avec l’idée d’une « consultation de proximité » rejoignant les logiques de dispensaires de soins, mais doit être plus ambitieuse pour inverser les logiques de défiance.

Pour être pleinement opérationnelles et réussir à s’intégrer à la vie sociale « banale » d’un territoire, ces consultations (ou services sociaux de proximité) doivent à mon sens remplir trois conditions impérieuses :

-          - être localisées dans un lieu non stigmatisant, un équipement public perçu comme ouvert à tous ;

-    - être animées par une équipe pluridisciplinaire (secrétaires d’accueil, écrivains publics, conseillères en économie sociale et familiale, assistantes sociales, agents de développement local…) et même si possible avec plusieurs employeurs institutionnels ou associatifs afin d’éviter l’assimilation du lieu à un donneur d’ordre unique ;

-        - proposer un accueil permanent ouvrant accès à une offre très large de services, avec des agents qualifiés capables non seulement d’informer mais aussi d’orienter et de conseiller.

Et j’ajouterai à ces « conditions impérieuses » sans lesquelles la consultation ne serait qu’un micro service difficile à faire connaître et rapidement stigmatisant, trois conditions de réussite qui sont le gage d’une véritable stratégie de confiance entre habitants et services sociaux :

-         - une participation effective des usagers au pilotage du service social, avec non seulement une capacité à porter des critiques et des propositions, mais aussi une implication directe dans des décisions d’engagement d’actions ;

-   - la mise en place d’actions collectives qui rassemblent habitants et professionnels, créent de la connaissance réciproque, de la convivialité et resituent les difficultés sociales dans un cadre collectif ;

-      - un maillage territorial des acteurs, avec les professionnels de la santé, de l’éducation, du sport… qui permet de capitaliser de manière partagée la confiance investie par des habitants dans tel ou tel équipement public, institution ou association.

En creux, il s’agit donc bien de passer d’une simple consultation sociale qui se heurterait rapidement aux mêmes difficultés que les services sociaux traditionnels (en aggravant par ailleurs leur dé-légitimation auprès de certains habitants) à une nouvelle conception de services sociaux de proximité inscrits sur un territoire dans une démarche de développement social communautaire. J’ai donc largement plaidé pour le projet grenoblois de Maisons des Habitants (voir ce post) qui vise justement à banaliser la présence des services sociaux dans la vie quotidienne des habitants et donc à rendre naturel le recours à ces professionnels en cas de difficulté ou d’accident de la vie, puisqu’un socle de confiance préalable existera (mais cela prendra beaucoup de temps, c’est une transformation nécessairement longue, qui ne doit pas se décréter mais se construire progressivement entre les habitants, les professionnels et les élus).

Ainsi, sur Grenoble, nous avons à la fois développé les accueils mutualisés entre les centres sociaux, une antenne municipale ou un équipement socioculturel, renforcé les actions collectives (réseaux d’échanges réciproques de savoirs, paniers solidaires, pass culture…), créé des fonds de participation des habitants et de comités des usagers, et enfin structuré des équipes de professionnels territorialisés mixant les professionnels de l’action sociale avec les équipes de la politique de la ville, de l’éducation et de la santé. Ce modèle en construction ne prétend à aucune perfection, mais il illustre à partir d’un contexte municipal un moyen de faire vivre des « consultations sociales de proximité », inscrites dans la vie quotidienne des habitants, capables de renouer un lien de confiance qui réhabilite le sens même de l’action sociale.

Gageons qu’avec les réflexions portées par la FNARS, cette attention au quotidien des réponses de proximité apportées aux difficultés sociales et aux souffrances humaines inspirera de nouvelles politiques nationales, à rebours de dérives des dernières décennies.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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