Il est des moments, dans la fonction d'élu, qui constituent de véritables privilèges.
C'est le cas des remises de médailles du travail aux agents du service public. En tant que vice-président du CCAS, j'ai eu la chance de vivre un tel moment le 10 décembre, pour la deuxième fois, dans une atmosphère de convivialité et de sympathie qui m'a beaucoup touché.
Inutile de dire combien on se sent petit et humble, à peine en responsabilité depuis 18 mois, de féliciter pour l'ensemble de leur carrière des agents présents dans l'institution depuis 20, 30 voire 35 années. On peut dire qu'ils n'en sont pas à leur premier élu ! Ce qui me frappe, c'est bien sûr la longévité de ces carrières, signe d'un attachement indéfectible au CCAS et aux missions du service public de l'action sociale, mais c'est aussi, et peut-être surtout, les évolutions de ces carrières, souvent importantes, qui démontrent combien la fonction publique territoriale peut être un formidable vecteur de promotion sociale et d'épanouissement professionnel. Que de compétences acquises au sein du CCAS, de changements de carrières, de diversité dans les responsabilités ! C'est évidemment une chance pour les personnes, mais c'en est aussi une pour l'institution, capable de conserver, de qualifier et de promouvoir des agents publics engagés dans leurs missions. Une grande part de la beauté du service public réside dans cet intérêt réciproque et implicite, noué sur des valeurs et un engagement communs. Nous devons être fiers de la qualité de la politique du personnel du CCAS de Grenoble depuis de nombreuses années, qui engage beaucoup de moyens et de dévouements des agents chargés des ressources humaines.
Avec la politique gouvernementale actuelle, qui attaque aussi bien le service public que l'action sociale, cette qualité est en danger. Quand un établissement public comme le CCAS, pris dans la tenaille de l'augmentation des besoins sociaux et de la baisse des financements, se trouve en grave déficit, comme c'est le cas, la tentation peut-être grande de diminuer l'effort en direction des agents pour réaliser des économies. C'est un mauvais calcul et je considère qu'il faut au contraire maintenir, voire développer, notre effort. C'est en effet le lien entre les agents et l'institution qui est à la base de la qualité du service public, donc de l'efficacité de l'action sociale.
Concrètement, cela signifie que nous avons acté, au conseil d'administration du CCAS, des orientations simples, qui visent à "sanctuariser", en période de rigueur, le budget du personnel.
Ainsi, les budgets consacrés à la promotion, au reclassement, à la formation, au fonctionnement des instances paritaires sont intégralement maintenus, voire augmentés.
Ainsi, dans cette période de doute sur le sens des missions de l'action sociale, j'ai tenu à ce que nous offrions davantage de formations qualifiantes et valorisantes aux agents du CCAS : dans la petite enfance, avec le développement du programme "Parler Bambin", auquel l'ensemble des agents sera formé, ou dans l'action gérontologique, avec une formation sur la "bientraitance" pour les agents des EHPAD sur laquelle je reviendrais tant elle est passionnante.
Ainsi, nous poursuivons les efforts engagés dans la prévention des risques professionnels, l'accompagnement social des agents, l'écoute et le conseil sur leur pratique professionnelle.
C'est une banalité de le dire, mais c'est une conviction essentielle : les orientations politiques ne sont riens sans agents mobilisés pour les mettre en œuvre. Mobilisés, cela ne veut pas dire contraints, dociles ou complices. Cela signifie que les agents publics, avec leur éthique, leur valeur et leur engagement, doivent au minimum être informés et si possible adhérer aux orientations de leur institution, dans un échange loyal, chacun dans son rôle, avec l'exécutif politique. C'est cet échange que j'ai recherché en permanence depuis mon arrivée à la tête du CCAS. De fait, et c'est une première dans l'institution, j'ai instauré des assemblées générales du personnel (6 réunions chaque année) qui m'ont permis de présenter en 2008 les orientations politiques du nouveau conseil d'administration et en 2009 le plan d'actions élaboré avec nos partenaires, avec un débat riche, libre, parfois passionné, pendant près de 2 heures à chaque réunion. Ces échanges directs ont été essentiels pour ma compréhension de la réalité vécue par les agents du CCAS, et je pense que les agents qui y ont participé (plus de 1000 chaque année) ont eu l'opportunité d'une discussion libre avec "leur" élu, sans mise en scène ni langue de bois.
Par ailleurs, j'ai instauré une présentation ouverte à tous les agents du budget du CCAS, qui permet là encore un échange direct et toutes les interpellations utiles sur la vie de notre institution. Enfin, j'ai multiplié les participations aux réunions d'équipe entre professionnels, parfois dans leur rythme normal, parfois lorsqu'une situation de tension se présentait, de façon à mieux écouter et comprendre le travail des agents, qu'ils soient au siège du CCAS ou dans les équipements sur le terrain. Je considère que c'est aussi de mon rôle d'élu que d'être un vecteur de l'analyse et des aspirations des agents de l'institution, pour éviter de devenir un élu "désincarné", coupé de la réalité vécue par les professionnels. Là encore, toutes ces rencontres sont de beaux moments d'écoute et d'humilité pour moi, qui me permettent de mesurer la responsabilité dont je ne suis que le dépositaire du moment, quand les agents en sont les garants au long cours.
Refuser les logiques d'injonction ou d'autorité, chercher à comprendre en écoutant, représenter et prendre en compte dans la décision politique les compétences et l'expérience des professionnels, tels sont à mon sens les seules voies pour que les orientations politiques puissent se transformer en actions sociales efficaces. Puisque nous sommes en fin d'année, je forme le vœu que la casse sociale à l'œuvre dans notre pays préserve l'engagement des agents du service public… en tout cas je me battrais en ce sens, avec ma modeste responsabilité !
