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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 11:58

Projet_presidentiel_Francois_Hollande-1.jpgDans le cadre de nos responsabilités, nous sommes souvent interpellés, Gisèle Perez (1ère VP du conseil général) et moi-même, sur les limites d’une campagne électorale dont l’essentiel des débats se dérouleraient à la télévision, avec ce que cela implique de caricatures, de simplifications voire de slogans. En tant que co-responsables du pôle social de la campagne de François Hollande en Isère, nous avons organisé deux tables rondes publiques pour débattre du programme de notre candidat avec des acteurs sociaux engagés et des citoyens intéressés sur deux enjeux majeurs qui pourtant sont rarement évoqués de manière approfondie : la situation des personnes âgées et celle des familles face à la pauvreté.

Vendredi dernier, nous étions ainsi une cinquantaine réunis à la salle 150 de la Villeneuve, en présence de la Banque alimentaire, du Secours catholique, de la Confédération syndicale des familles et de la CGT, venus non pas au titre d’un engagement partisan mais pour porter témoignages et revendications sur les réalités sociales vécues par ces associations et syndicats.

Il n’a pas été nécessaire de s’étendre sur le bilan social du président sortant, tant il est catastrophique. Quelques chiffres le rappellent : 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, dont 2,5 millions d’enfants, la part des dépenses incompressibles a progressé à près de 40% du budget moyen des ménages, 8 millions de personnes en précarité énergétique, près de 6 millions qui ont des problèmes d’accessibilité aux services bancaires, 70% des 1,5 million de familles monoparentales qui rencontrent des difficulté budgétaire, 2 millions de salariés pauvres…  La litanie pourrait se prolonger de manière chiffrée si l’essentiel n’était pas ailleurs : dans la désespérance sociale de nombreuses familles, dans la stigmatisation des pauvres qui culpabilise les individus plutôt que la société, dans le développement d’une société de compétition sans cesse plus dure avec les faibles et plus complaisante avec les forts, dans la complexité accrue des dispositifs sociaux qui décourage les plus persévérants… tout cela produit non seulement du non-recours aux droits et aux services sociaux, aggravant les difficultés sociales, mais aussi un perte de confiance globale dans la société, dans l’action collective, qui ajoute une crise morale et démocratique à la crise sociale.

Face à tout cela, le projet politique de François Hollande apporte à la fois une vision alternative de la société (et de son rapport à la pauvreté) et des mesure concrètes, réalistes, qui sont autant de réponses aux difficultés de vie quotidienne des ménages.

François Hollande propose d’abord de rétablir la justice sociale.

Cela passe d’abord par la justice fiscale, tant bafouée par les cadeaux faits par la droite aux plus favorisés. Avec la fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG, la création d’une tranche supérieure à 45 %, l’imposition à 75% des revenus au-delà de 1 million d’euros, l’imposition du capital sera enfin alignée sur celle du travail (alors qu’elle est 50% moins forte à ce jour). Cet enjeu fiscal est non seulement indispensable pour redresser les comptes publics, mais il est aussi nécessaire pour rétablir le sens d’un effort équitablement partagé et François Hollande a eu raison de revendiquer cette dimension de morale publique dans la fiscalité : les efforts ne seront consentis que s’ils sont justes. La réforme annoncée du quotient familial va dans ce sens, permettant de financer l’augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire dont chacun mesure l’importance pour de nombreuses familles. Au sujet de la politique familiale, rappelons que la natalité dans notre pays est majoritairement portée par les familles modestes, non imposables, qui ne bénéficient donc pas des abattements permis par le quotient familial (par ailleurs très injuste : 50% des familles bénéficient de 10% du montant des abattements quand les 10% des familles les plus favorisées en captent 42%). En ce sens, la suppression du QF envisagée dans un premier temps, avec création d’un « impôt négatif » de plus de 800€ par enfant distribué à toutes les familles sans distinction de ressources avait un effet bien plus redistributif (transférant 4,5 milliards des familles les plus riches vers les plus modestes) et portait une ambition supérieure, qui méritera que le Parlement rouvre ultérieurement le débat.

En terme de politique salariale, dont il faut rappeler qu’elle est nécessairement liée à la croissance, François Hollande est à la fois pragmatique et audacieux. Pragmatique quand il refuse de laisser le seul sujet du SMIC phagocyter le débat sur les salaires, souhaitant lier son évolution au taux de croissance en plus de l’inflation et annonçant une conférence sociale dès l’été 2012 pour relancer la démocratie sociale et la dynamique de négociation sur les salaires. Audacieux et ambitieux quand il veut s’attaquer concrètement à la question centrale de la précarité par de nouveaux dispositifs de modulations des cotisations patronales : ainsi, toutes les exonérations seront supprimées pour les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale hommes – femmmes (ces dernières ont un salaire moyen 20% plus faible que les hommes à travail égal, et constituent la majorité des travailleurs pauvres), ainsi les cotisations augmenteront pour entreprises qui abusent du travail précaire et diminueront pour celle dont l’ancienneté moyenne est élevée. Cette approche prosaïque et efficace est renforcée par l’obligation qui sera faite à toutes les entreprises de plus de 500 salariés de faire évaluer leur politique sociale par un organisme agréé, offrant un véritable levier de négociation collective aux syndicats, à la fois sur les rémunérations mais aussi sur toutes les autres dimensions du travail, dont on sait qu’elles sont parfois la cause de grandes souffrances.

Enfin, pour répondre aux graves difficultés des ménages par rapport à la consommation, dans un pays où le coût du crédit est inversement proportionnel au niveau des revenus et qui a vu une augmentation de 50% des dossiers de surendettement ces dernières années, François Hollande de plafonner par la loi les frais bancaires, qui ont connu une progression exorbitante avec la crise, et d’encadrer bien plus sévèrement le crédit à la consommation, notamment pour mettre fin aux abus des crédits renouvelables.

François Hollande propose ensuite de nombreuses mesures pour améliorer le quotidien des familles.

En matière d’éducation, son ambition fondamentale puisqu’il a fait de l’avenir de la jeunesse le cœur de son projet présidentiel, François Hollande porte de nombreuses propositions dès la petite enfance, pour réduire les inégalités sociales dès le plus jeune âge. Cette politique dont l’efficacité est démontrée dans d’autres pays passe par la création de 500 000 nouvelles places d’accueil pour la petite enfance, dans une logique de service public universel, et par la volonté de développer la scolarisation avant 3 ans, enjeu fondamental pour les plus modestes alors même que depuis 2002 le taux de scolarisation des enfants de moins de 3 ans a reculé de 35% à 15% ! Il propose aussi d’affecter l’essentiel des 60 000 postes qu’il veut créer à l’école maternelle et élémentaire, à l’âge où se joue la réussite scolaire par l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Contrairement à la droite qui continue de plaider mezzo voce pour la sélection précoce, qui renforce la ségrégation sociale, il souhaite maintenir le collège unique et a fixé l’objectif de diviser par deux le nombre de jeunes sortant chaque année du système scolaire sans qualification (150 000 en ce moment). Enfin, pour répondre à la précarité grandissante de la jeunesse, étudiante ou en formation, une allocation d’étude et de formation, sous conditions de ressources, sera instituée. Quand on sait l’importance fondamentale pour les familles de la réussite de leurs enfants, ce projet éducatif complet, porteur d’une réelle ambition de refaire de l’école le lieu non plus de la reproduction sociale mais de la réduction des inégalités, on mesure l’impact de ces propositions sur des millions de ménages.

Autre enjeu essentiel : le logement, dont la part dans le budget des familles ne cesse de progresser. C’est pourquoi François Hollande propose d’encadrer les loyers dans les zones tendues, de réaliser un effort de construction historique de 2,5 millions de logements sur la durée du mandat (grâce au doublement du plafond du livret A et à la mise à disposition gratuite de terrain auprès des collectivités), de porter à 25% le taux de logements sociaux exigé par la loi SRU tout en multipliant par 5 les pénalités pour les communes qui ne la respecteraient pas, et d’engager une nouvelle génération de contrats de renouvellement urbain avec davantage de financements liés à la cohésion sociale. Pour répondre au développement de la précarité énergétique qui plombe les « bas de quittance » des familles, il propose une nouvelle tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz qui tienne compte du volume consommé (plus tu consommes, plus c’est cher, donc les usages raisonnables et vertueux pour l’environnement seront aussi encouragés), ainsi que la réhabilitation thermique de 1 million de logements par an, seule politique durablement efficace puisque la construction neuve (et performante) ne représente qu’1% du parc total de logements, et véritable gisement d’emplois non délocalisables.

En terme de santé, alors que jamais nos concitoyens n’ont déclaré autant de restrictions et de difficultés d’accès aux soins, le projet de François Hollande est là encore particulièrement concret et socialement juste. Pour connaître l’importance des centres de santé à Grenoble, nous savons l’enjeu du développement des pôles de santé de proximité qu’il préconise pour l’accès aux soins des plus fragiles, avec une véritable médecine de famille, ancrée dans les quartiers. Il propose par ailleurs de réformer la tarification hospitalière pour refuser la transformation de l’hôpital public en entreprise, la limitation à 30 minutes de la durée d’attente aux urgences, la réduction drastique des dépassements d’honoraires, une stratégie véritable de baisse du prix des médicaments par une priorité absolue aux génériques, la suppression du doublement de la taxation des mutuelles et enfin une véritable réforme de la dépendance dans une logique de solidarité publique. Là encore, il s’agit d’une stratégie de santé publique globale et cohérente, en rupture avec les dérives constatées ces dernières années et ciblées au bénéfice des plus modestes.

Enfin, et c’est essentiel, François Hollande propose une société de confiance qui place la lutte contre la pauvreté au cœur de toutes les politiques publiques.

J’ai suffisamment dénoncé sur ce blog les dérives de la société de défiance voulue par la droite, qui oppose les citoyens entre eux, stigmatise les plus fragiles en jouant sur les peurs (des jeunes, des étrangers, des « assistés », des « fraudeurs »…), s’attaque aux corps intermédiaires en dénigrant tous les acteurs fondamentaux des territoires, les associations, les syndicats, les élus locaux… pour ne pas trouver essentiel que François Hollande entreprenne de réhabiliter les liens de confiance au sein de la société, qui la font « tenir debout » et lui donne un sens pour chacun à travers un engagement possible et socialement utile.

Cette entreprise de confiance est au fondement de la justice fiscale, parce qu’elle instaure une responsabilité collective dans un effort partagé à proportion des moyens de chacun. Elle est au cœur de la priorité donnée à la jeunesse, pour inverser la tendance à la désespérance sociale et au sentiment de déclassement (voir ce post). Elle est traduite concrètement par la volonté de donner toute sa force à la démocratie sociale, en respectant les représentants des salariés, par l’engagement de relancer les dynamiques associatives, quand la droite transforme les associations en prestataires de services dans une logique de marchandisation de l’action sociale, par l’annonce d’un acte 3 de la décentralisation qui redonne de la responsabilité et des marges de manœuvres à des collectivités locales étranglées financièrement par l’Etat. C’est bien en permettant de renouer des cercles vertueux de confiance, ascendant et descendants, entre acteurs institutionnels, syndicaux et associatifs qu’il sera possible non seulement de mériter collectivement la confiance de tous les citoyens, donc de répondre au déficit démocratique actuel, mais aussi de trouver des solutions innovantes et adaptées aux besoins des familles, au plus près du terrain et en les associant véritablement aux politiques publiques.

En ce sens, le projet de François Hollande est bien celui d’une égalité réelle, celle des places et pas seulement celle des chances pour reprendre la dichotomie opérée par François Dubet (voir ce post). C’est à ce prix que l’air du temps changera, que les engagements solidaires seront reconnus et valorisés, que l’action sociale de terrain trouvera un sens global au lieu du sentiment d’inutilité ou au moins de frustration que vivent toutes celles et tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, avec l’impression d’aller sans cesse à contre courant des politiques nationales et des évolutions fondamentales d’une société qui développe les égoïsmes et les quant’à soi, comme les associations présentes en ont porté témoignages.

Bien sûr, ces propositions mettront du temps à trouver leur pleine efficacité. Bien sûr, il n’y aura pas  de « grand soir » des familles qui vaincront d’un coup la pauvreté. Mais, avec François Hollande nous seront tous collectivement porteurs d’une ambition et d’un projet politique de justice sociale pour faire reculer les nouvelles formes de précarité et pauvreté. Vivement le changement !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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