Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 21:45

la boussoleNous étions réunis, il y a quelques semaines, pour l’inauguration des nouveaux locaux de La Boussole, centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de 23 places dédié aux hommes de plus de 40 ans ayant un long passé d’errance.

L’histoire de la Boussole est remarquable à plus d’un titre : créé par le CCAS au début des années 1990 sous forme d’un « abri temporaire de solidarité » réalisant un accueil humanitaire, de nuit, pendant la seule période hivernale, ses missions se sont peu à peu élargies, pour devenir un accueil continu jour / nuit, puis un lieu ouvert toute l’année, labellisé « CHRS de stabilisation », donc bénéficiant de dotations d’Etat. Il s’agit d’un lieu exceptionnel d’humanité, de compréhension, de bienveillance pour des hommes souvent détruits par les multiples souffrances et pathologies d’une vie largement passée entre la rue, la prison et l’hôpital psychiatrique. Grâce aux moyens sociaux et éducatifs déployés, certains d’entre eux se reconstruisent, en prenant le temps nécessaire, et repartent dans une vie « normale », avec un logement et un emploi. Pour d’autres, c’est un lieu d’allers-retours, un havre pour se protéger et se remettre de difficultés de santé ou de vie, une maison toujours disponible et accueillante même quand ils ne souhaitent pas y aller. De plus en plus, ce lieu devient aussi un établissement de fin de vie, qui accompagne avec le plus de dignité possible les dernières années ou les derniers mois de ces hommes que la société a largement abandonné et qui, pour certains, le lui ont bien rendu. On imagine les trésors de dévouement et d’humanité dont font preuve les personnels de La Boussole, la force d’engagement et de conviction qu’il leur faut pour réaliser les mille et un « petits miracles » qui font l’histoire partagée de La Boussole.

C’est dire combien était importante l’arrivée dans de nouveaux locaux, pensés par et pour les résidents, car c’est un lieu qu’ils veulent collectif : dortoirs communs pour refuser la solitude, plafonds hauts pour éviter le sentiment de confinement, cuisine vaste pour les tâches communes de préparation de repas et de vaisselle, lieu central ouvert et convivial, jardin potager… L’investissement des résidents a été à la hauteur de l’amour qu’ils portent à ce lieu, leur « chez eux », et nous étions fiers que les équipes du CCAS comme l’architecte et la maîtrise d’œuvre l’aient pleinement compris.

Pour autant, si un lieu comme La Boussole est une véritable publicité pour l’optimisme social et humain, une sorte de défi aux dérives de la société et un motif d’espoir pour ceux qui bossent et qui militent, la situation de ce CHRS comme de nombreux autres reste fragile et inquiétante. En effet, en région Rhône-Alpes, l’Etat finance moins les CHRS dit « de stabilisation » que les CHRS classiques, alors qu’ils accueillent un public plus fragile socialement, et les orientations nationales sont à la réduction des dotations d’Etat à l’ensemble de ces structures (même si, au plan local, les responsables font le nécessaire pour les maintenir). Ainsi, le financement d’un CHRS comme La Boussole, qui devrait relever exclusivement de l’Etat, est équilibré grâce à un financement direct du CCAS, donc de la Ville de Grenoble, de plus de 250 000 €. Il est évident que les collectivités locales peuvent compléter un financement national pour répondre à un besoin social et une priorité politique, mais cela doit rester à proportion de leurs moyens et de leurs missions. En l’espèce, le financement municipal de La Boussole est exceptionnel, et c’est notre honneur. Mais pourrons-nous le garantir à l’avenir dans les mêmes proportions ?

Evidemment, pour les CHRS qui ne sont pas gérés directement par un établissement public (c’est le cas de l’immense majorité), la problématique financière est encore plus contraignante et le choix est assez simple : adapter le projet aux financements d’Etat et donc souvent réduire ses ambitions sociales et éducatives, ou bien passer une énergie considérable à trouver des financements complémentaires, au risque d’y perdre une part de l’engagement associatif. Je pense par exemple à « La Place », qui était au départ une initiative du CCAS appelée « Le Passage » pour répondre au public accompagné de chiens, souvent exclu de nombreux dispositifs de ce fait, et qui est devenu un CHRS de stabilisation géré par le Relais Ozanam, et dont le projet éducatif est suspendu à des financements complémentaires (40 000 € de la municipalité en 2009).

Alors, les CHRS pourront-ils poursuivre leur mission de réinsertion sociale ou devront-ils se résigner à être de lieux de prise en charge sans moyens pour aider véritablement les personnes ? Au vu de la politique nationale actuelle, et malgré les récentes intentions affichées par le nouveau ministre, la FNARS (http://www.fnars.org), qui regroupe les CHRS, a raison d’être inquiète et pessimiste. Avec elle, le CCAS a entrepris de saisir les différents responsables de cette situation, sur laquelle j’espère pouvoir revenir prochainement, avec un post plus optimiste !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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