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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 13:53

MdM-hebergement.jpgActeurs institutionnels, associatifs, décideurs et professionnels, nous étions réunis le 26 janvier à Lyon à l’initiative de Médecins du monde (programme ici) pour dénoncer la situation de l’hébergement d’urgence dans notre pays et proposer des pistes de réponse collective.

Après un exposé de la déléguée générale de la FNARS illustrant la crise de l’hébergement d’urgence par moult chiffres rappelant à la fois le déficit de places (la moitié des appels au 115 restent sans proposition d’hébergement) et les mécanismes de discrimination induits (37% de non-réponse pour les ressortissants français, 65% pour les étrangers) notamment par l’impact de l’insuffisance de places liées à la demande d’asile (les capacités des CADA sont prévues pour 35 000 primo-arrivants alors qu’il en arrive 60 000, avec un délai de réponse théorique de 9 mois quand la réalité avoisine les 20 mois), j’ai été invité, comme les autres « témoins », à esquisser des pistes de réponse, que j’ai articulé autour de trois niveaux d’action.

D’abord, il est indispensable d’agir sur le volume de l’offre d’hébergement. Si celui-ci est important de manière globale, et il faut reconnaître que des places ont encore été créées ces dernières années, l’offre souffre d’une part d’une mauvaise répartition géographique, en étant sur-concentrée dans certains territoires comme Grenoble et très insuffisante dans d’autres, et d’autre part d’un déficit flagrant pour ce qui concerne les demandeurs d’asile, primo-arrivants ou déboutés en « situation administrative complexe ». Ne nous y trompons pas : au-delà de la question des moyens, c’est bien le cynisme d’une politique gouvernementale qui vise sciemment à dégrader les conditions d’accueil de la demande d’asile qui est en cause (voir ce post), au motif aussi faux que nauséabond d’empêcher « l’appel d’air » que produirait selon ses propagateurs le respect par notre pays des droits fondamentaux de tout être humain. Il est donc urgent de faire cesser les discriminations dans l’accès à l’hébergement d’urgence, en ouvrant des capacités d’urgence réellement universelles, permettant à la fois la mise à l’abri, le diagnostic social et l’orientation des publics, vers l’hébergement d’insertion ou le logement pour ceux qui y ont droit, vers les CADA pour les demandeurs d’asile. Mettre fin dans l’urgence à la séparation des publics en fonction de leur statut administratif en régionalisant cette offre globale est un impératif à la fois légal, moral, social et même d’ordre public puisqu’il permet que ne prospèrent pas les mafias et les voyous qui font commerce de la misère humaine.

Ensuite, chacun constatant que l’hébergement d’urgence ne parvient plus à remplir son rôle d’accueil en urgence, il est nécessaire d’adapter l’offre afin qu’elle retrouve sa vocation. Cela suppose bien souvent des efforts pour réhabiliter ou reconstruire des bâtiments vétustes et inhospitaliers, laissant peu de place au respect de l’intimité et mêlant des réalités sociales très différentes (voir ce post sur le nouveau centre d’accueil intercommunal grenoblois). Cela signifie aussi développer une offre d’urgence alternative aux foyers traditionnels, par exemple en mettant à disposition des terrains ou en acceptant de conventionner des squats en lien avec des associations, afin que soient pris en compte des choix de vie différents de la norme habituelle de l’insertion sociale. Dans le même esprit, il est impératif de renforcer les moyens ambulatoires de la médecine psychiatrique et somatique, pour que puissent être accueillies les personnes de plus en plus nombreuses chez les « SDF traditionnels » (quelle affreuse formule) qui cumulent les pathologies, notamment psychiatriques, et face auxquelles les professionnels de l’urgence comme les bénévoles (par exemple dans les accueils de jour) sont de plus en plus démunis.

Dernière – et importante - piste d’adaptation : compte tenu des nouvelles figures de l’urgence, qui correspondent aux nouvelles formes de pauvreté (jeune salarié précaire, femme seule avec enfants, personne âgée isolée et paupérisée…), l’offre d’hébergement temporaire, intermédiaire entre l’hébergement et le logement, doit absolument être accrue. Nous savons tous que beaucoup de ceux qui arrivent suite à un accident de la vie dans l’hébergement d’urgence n’ont pas de besoin réel d’accompagnement social renforcé, mais plutôt d’être protégé dans un temps difficile de leur vie et de retourner le plus rapidement possible dans leur vie sociale « d’avant ». C’est l’enjeu des résidences sociales, du logement temporaire ou des démarches de « logement d’abord » que le gouvernement veut développer à raison (à condition de ne pas le faire en baissant les financements de l’hébergement d’insertion), qui nécessitent de laisser de nouveau la place à de véritables projets associatifs pensés pour et avec les personnes concernées, alors que l’Etat transforme progressivement le secteur associatif en grand marché concurrentiel de prestataires de services au moindre coût. En allant au bout du raisonnement, une réforme réellement ambitieuse de l’hébergement se dessine (elle est d’ailleurs réclamée de longue date par la Fnars et la coordination des professionnels de l’urgence sociale), qui abolirait la frontière, largement factice et inadaptée aux nouvelles formes d’exclusion, entre hébergement d’urgence et hébergement d’insertion pour distinguer :

-   d’une part, le type de logement / hébergement adapté à la situation de la personne : autonome ou en collectif
-   et d’autre part, le mode d’accompagnement social nécessaire : aucun ou de faible à renforcé.

 

Enfin, l’hébergement d’urgence étant en premier lieu victime de carences qui lui sont exogènes, répondre à la crise qu’il traverse suppose de développer l’offre de logements accessibles et de mieux organiser la relation hébergement – logement.  Cette dimension de parcours dans l’hébergement et vers le logement, avec la pleine conscience que ces parcours sont rarement linéaires, est indispensable pour permettre une forme de fluidité dans l’hébergement d’urgence qui optimise le nombre de places disponibles, donc accroît le volume global de l’offre. Pour être opérationnelle, cette volonté de « fluidité », souvent ressassée comme une incantation ou un slogan éloigné des réalités de terrain, doit réunir trois conditions :

  • au départ du « parcours », une centralisation de l’accueil de la demande d’hébergement, qui permet à la fois une équité réelle dans le traitement des besoins, en mettant fin à la cohabitation de circuits courts et de circuits longs selon une porte d’entrée et des critères parfois arbitraires, une capacité à gérer les orientations en fonction de l’ensemble de l’offre disponible et une observation globale, plus pertinente, de la demande d’hébergement. C’est ce qui existe à Lyon avec la Maison de la veille sociale et à Grenoble avec le pôle d’orientation des demandes d’hébergement (pour l’instant limité à l’hébergement d’insertion…) ;
  • un pilotage territorialisé de l’ensemble de l’offre d’hébergement, impliquant les collectivités locales (conseils généraux, intercommunalités, communes) et les associations, afin de faire évoluer de manière collective et progressive l’offre d’hébergement, en prise directe avec des élus qui rendent des comptes aux habitants. Si nous voulons que le débat public sur l’hébergement soit davantage porté par les responsables politiques, cela suppose que les élus locaux soient partie prenante des décisions et qu’ils les assument dans l’exercice démocratique. Autre intérêt majeur à ce pilotage territorialisé : le lien qui devient évident, naturel, entre les politiques du logement et celles de l’hébergement, quand le cloisonnement est encore trop souvent observé.
  • le développement de la production de logements accessibles (logements très sociaux dans le parc public mais aussi conventionnés dans le parc privé), articulé avec la mise en place de commissions sociales qui orientent les publics les plus fragiles, qui est la condition sine qua non pour que tombe le mur souvent infranchissable, notamment en terme de ressources, entre un hébergement et un logement. C’est la stratégie mise en place à l’échelle de la Métro aujourd’hui, qui produira progressivement des résultats importants sous la houlette de Jean-Philippe Motte.

 

Alors qu’un sondage rendu public par la Fnars révèle que 85% des citoyens estiment que les candidats à l’élection présidentielle devraient faire de la lutte contre la précarité une priorité, et alors que le Conseil d’Etat vient juste de rendre un arrêt qualifié par les associations « d’historique »  pour obliger l’Etat à rendre effectif le droit à l’hébergement d’urgence, il est indispensable de mettre la situation de l’hébergement au cœur du débat public, en lien direct avec la crise du logement dont la plupart des candidats se sont saisis. A cet égard, la démarche remarquable de la Fondation Abbé Pierre de faire signer aux candidats un « contrat social pour une nouvelle politique du logement », qui propose des réponses concrètes pour développer l’offre de logements accessibles, pourrait être utilement complétée d’un engagement en faveur de l’hébergement : il nous reste 3 mois pour y parvenir !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Réflexions
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Commentaires

Je rêve, mais si l'hébergement d'uregence devenait un hébergement permanent dans de belles demeures sans avoir à craindre les expulsions ni la rigueur du temps. Bonne journée

Commentaire n°1 posté par Fethi le 12/03/2012 à 10h40


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