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Mercredi 5 décembre 2012 3 05 /12 /Déc /2012 11:08

Depuis deux mois, je participe aux travaux préparatoires à la conférence nationale des 10 et 11 décembre prochains, au sein du groupe de travail "Familles vulnérables, enfance et réussite éducative".

 

J'y ai bien sûr porté les politiques et expérimentations grenobloises, en particulier celles qui concernent la petite enfance avec la priorité sociale d'accès aux crèches et le programme Parler Bambin, mais aussi les centres de santé, les Maisons des Habitants, les actions contre le non recours aux droits et aux services sociaux, l'allocation municipale d'habitation....

 

J'aurai prochainement l'occasion de revenir longuement sur ce blog sur le contenu de la conférence nationale, mais voici sans attendre le rapport du groupe de travail auquel j'ai participé : cliquez ici

 

Enfin, j'aurai la lourde tâche d'intervenir lors de la séance plénière de cette conférence nationale à la première table ronde du mardi sur le "changement de regard" sur la pauvreté.

 

Vous pouvez consulter le programme (pas encore détaillé) : http://www.polynome-even.fr/conference-pauvrete-famille/?page=1

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mardi 3 avril 2012 2 03 /04 /Avr /2012 11:58

Projet_presidentiel_Francois_Hollande-1.jpgDans le cadre de nos responsabilités, nous sommes souvent interpellés, Gisèle Perez (1ère VP du conseil général) et moi-même, sur les limites d’une campagne électorale dont l’essentiel des débats se dérouleraient à la télévision, avec ce que cela implique de caricatures, de simplifications voire de slogans. En tant que co-responsables du pôle social de la campagne de François Hollande en Isère, nous avons organisé deux tables rondes publiques pour débattre du programme de notre candidat avec des acteurs sociaux engagés et des citoyens intéressés sur deux enjeux majeurs qui pourtant sont rarement évoqués de manière approfondie : la situation des personnes âgées et celle des familles face à la pauvreté.

Vendredi dernier, nous étions ainsi une cinquantaine réunis à la salle 150 de la Villeneuve, en présence de la Banque alimentaire, du Secours catholique, de la Confédération syndicale des familles et de la CGT, venus non pas au titre d’un engagement partisan mais pour porter témoignages et revendications sur les réalités sociales vécues par ces associations et syndicats.

Il n’a pas été nécessaire de s’étendre sur le bilan social du président sortant, tant il est catastrophique. Quelques chiffres le rappellent : 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, dont 2,5 millions d’enfants, la part des dépenses incompressibles a progressé à près de 40% du budget moyen des ménages, 8 millions de personnes en précarité énergétique, près de 6 millions qui ont des problèmes d’accessibilité aux services bancaires, 70% des 1,5 million de familles monoparentales qui rencontrent des difficulté budgétaire, 2 millions de salariés pauvres…  La litanie pourrait se prolonger de manière chiffrée si l’essentiel n’était pas ailleurs : dans la désespérance sociale de nombreuses familles, dans la stigmatisation des pauvres qui culpabilise les individus plutôt que la société, dans le développement d’une société de compétition sans cesse plus dure avec les faibles et plus complaisante avec les forts, dans la complexité accrue des dispositifs sociaux qui décourage les plus persévérants… tout cela produit non seulement du non-recours aux droits et aux services sociaux, aggravant les difficultés sociales, mais aussi un perte de confiance globale dans la société, dans l’action collective, qui ajoute une crise morale et démocratique à la crise sociale.

Face à tout cela, le projet politique de François Hollande apporte à la fois une vision alternative de la société (et de son rapport à la pauvreté) et des mesure concrètes, réalistes, qui sont autant de réponses aux difficultés de vie quotidienne des ménages.

François Hollande propose d’abord de rétablir la justice sociale.

Cela passe d’abord par la justice fiscale, tant bafouée par les cadeaux faits par la droite aux plus favorisés. Avec la fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG, la création d’une tranche supérieure à 45 %, l’imposition à 75% des revenus au-delà de 1 million d’euros, l’imposition du capital sera enfin alignée sur celle du travail (alors qu’elle est 50% moins forte à ce jour). Cet enjeu fiscal est non seulement indispensable pour redresser les comptes publics, mais il est aussi nécessaire pour rétablir le sens d’un effort équitablement partagé et François Hollande a eu raison de revendiquer cette dimension de morale publique dans la fiscalité : les efforts ne seront consentis que s’ils sont justes. La réforme annoncée du quotient familial va dans ce sens, permettant de financer l’augmentation de 25% de l’allocation de rentrée scolaire dont chacun mesure l’importance pour de nombreuses familles. Au sujet de la politique familiale, rappelons que la natalité dans notre pays est majoritairement portée par les familles modestes, non imposables, qui ne bénéficient donc pas des abattements permis par le quotient familial (par ailleurs très injuste : 50% des familles bénéficient de 10% du montant des abattements quand les 10% des familles les plus favorisées en captent 42%). En ce sens, la suppression du QF envisagée dans un premier temps, avec création d’un « impôt négatif » de plus de 800€ par enfant distribué à toutes les familles sans distinction de ressources avait un effet bien plus redistributif (transférant 4,5 milliards des familles les plus riches vers les plus modestes) et portait une ambition supérieure, qui méritera que le Parlement rouvre ultérieurement le débat.

En terme de politique salariale, dont il faut rappeler qu’elle est nécessairement liée à la croissance, François Hollande est à la fois pragmatique et audacieux. Pragmatique quand il refuse de laisser le seul sujet du SMIC phagocyter le débat sur les salaires, souhaitant lier son évolution au taux de croissance en plus de l’inflation et annonçant une conférence sociale dès l’été 2012 pour relancer la démocratie sociale et la dynamique de négociation sur les salaires. Audacieux et ambitieux quand il veut s’attaquer concrètement à la question centrale de la précarité par de nouveaux dispositifs de modulations des cotisations patronales : ainsi, toutes les exonérations seront supprimées pour les entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale hommes – femmmes (ces dernières ont un salaire moyen 20% plus faible que les hommes à travail égal, et constituent la majorité des travailleurs pauvres), ainsi les cotisations augmenteront pour entreprises qui abusent du travail précaire et diminueront pour celle dont l’ancienneté moyenne est élevée. Cette approche prosaïque et efficace est renforcée par l’obligation qui sera faite à toutes les entreprises de plus de 500 salariés de faire évaluer leur politique sociale par un organisme agréé, offrant un véritable levier de négociation collective aux syndicats, à la fois sur les rémunérations mais aussi sur toutes les autres dimensions du travail, dont on sait qu’elles sont parfois la cause de grandes souffrances.

Enfin, pour répondre aux graves difficultés des ménages par rapport à la consommation, dans un pays où le coût du crédit est inversement proportionnel au niveau des revenus et qui a vu une augmentation de 50% des dossiers de surendettement ces dernières années, François Hollande de plafonner par la loi les frais bancaires, qui ont connu une progression exorbitante avec la crise, et d’encadrer bien plus sévèrement le crédit à la consommation, notamment pour mettre fin aux abus des crédits renouvelables.

François Hollande propose ensuite de nombreuses mesures pour améliorer le quotidien des familles.

En matière d’éducation, son ambition fondamentale puisqu’il a fait de l’avenir de la jeunesse le cœur de son projet présidentiel, François Hollande porte de nombreuses propositions dès la petite enfance, pour réduire les inégalités sociales dès le plus jeune âge. Cette politique dont l’efficacité est démontrée dans d’autres pays passe par la création de 500 000 nouvelles places d’accueil pour la petite enfance, dans une logique de service public universel, et par la volonté de développer la scolarisation avant 3 ans, enjeu fondamental pour les plus modestes alors même que depuis 2002 le taux de scolarisation des enfants de moins de 3 ans a reculé de 35% à 15% ! Il propose aussi d’affecter l’essentiel des 60 000 postes qu’il veut créer à l’école maternelle et élémentaire, à l’âge où se joue la réussite scolaire par l’apprentissage des savoirs fondamentaux. Contrairement à la droite qui continue de plaider mezzo voce pour la sélection précoce, qui renforce la ségrégation sociale, il souhaite maintenir le collège unique et a fixé l’objectif de diviser par deux le nombre de jeunes sortant chaque année du système scolaire sans qualification (150 000 en ce moment). Enfin, pour répondre à la précarité grandissante de la jeunesse, étudiante ou en formation, une allocation d’étude et de formation, sous conditions de ressources, sera instituée. Quand on sait l’importance fondamentale pour les familles de la réussite de leurs enfants, ce projet éducatif complet, porteur d’une réelle ambition de refaire de l’école le lieu non plus de la reproduction sociale mais de la réduction des inégalités, on mesure l’impact de ces propositions sur des millions de ménages.

Autre enjeu essentiel : le logement, dont la part dans le budget des familles ne cesse de progresser. C’est pourquoi François Hollande propose d’encadrer les loyers dans les zones tendues, de réaliser un effort de construction historique de 2,5 millions de logements sur la durée du mandat (grâce au doublement du plafond du livret A et à la mise à disposition gratuite de terrain auprès des collectivités), de porter à 25% le taux de logements sociaux exigé par la loi SRU tout en multipliant par 5 les pénalités pour les communes qui ne la respecteraient pas, et d’engager une nouvelle génération de contrats de renouvellement urbain avec davantage de financements liés à la cohésion sociale. Pour répondre au développement de la précarité énergétique qui plombe les « bas de quittance » des familles, il propose une nouvelle tarification progressive de l’eau, de l’électricité et du gaz qui tienne compte du volume consommé (plus tu consommes, plus c’est cher, donc les usages raisonnables et vertueux pour l’environnement seront aussi encouragés), ainsi que la réhabilitation thermique de 1 million de logements par an, seule politique durablement efficace puisque la construction neuve (et performante) ne représente qu’1% du parc total de logements, et véritable gisement d’emplois non délocalisables.

En terme de santé, alors que jamais nos concitoyens n’ont déclaré autant de restrictions et de difficultés d’accès aux soins, le projet de François Hollande est là encore particulièrement concret et socialement juste. Pour connaître l’importance des centres de santé à Grenoble, nous savons l’enjeu du développement des pôles de santé de proximité qu’il préconise pour l’accès aux soins des plus fragiles, avec une véritable médecine de famille, ancrée dans les quartiers. Il propose par ailleurs de réformer la tarification hospitalière pour refuser la transformation de l’hôpital public en entreprise, la limitation à 30 minutes de la durée d’attente aux urgences, la réduction drastique des dépassements d’honoraires, une stratégie véritable de baisse du prix des médicaments par une priorité absolue aux génériques, la suppression du doublement de la taxation des mutuelles et enfin une véritable réforme de la dépendance dans une logique de solidarité publique. Là encore, il s’agit d’une stratégie de santé publique globale et cohérente, en rupture avec les dérives constatées ces dernières années et ciblées au bénéfice des plus modestes.

Enfin, et c’est essentiel, François Hollande propose une société de confiance qui place la lutte contre la pauvreté au cœur de toutes les politiques publiques.

J’ai suffisamment dénoncé sur ce blog les dérives de la société de défiance voulue par la droite, qui oppose les citoyens entre eux, stigmatise les plus fragiles en jouant sur les peurs (des jeunes, des étrangers, des « assistés », des « fraudeurs »…), s’attaque aux corps intermédiaires en dénigrant tous les acteurs fondamentaux des territoires, les associations, les syndicats, les élus locaux… pour ne pas trouver essentiel que François Hollande entreprenne de réhabiliter les liens de confiance au sein de la société, qui la font « tenir debout » et lui donne un sens pour chacun à travers un engagement possible et socialement utile.

Cette entreprise de confiance est au fondement de la justice fiscale, parce qu’elle instaure une responsabilité collective dans un effort partagé à proportion des moyens de chacun. Elle est au cœur de la priorité donnée à la jeunesse, pour inverser la tendance à la désespérance sociale et au sentiment de déclassement (voir ce post). Elle est traduite concrètement par la volonté de donner toute sa force à la démocratie sociale, en respectant les représentants des salariés, par l’engagement de relancer les dynamiques associatives, quand la droite transforme les associations en prestataires de services dans une logique de marchandisation de l’action sociale, par l’annonce d’un acte 3 de la décentralisation qui redonne de la responsabilité et des marges de manœuvres à des collectivités locales étranglées financièrement par l’Etat. C’est bien en permettant de renouer des cercles vertueux de confiance, ascendant et descendants, entre acteurs institutionnels, syndicaux et associatifs qu’il sera possible non seulement de mériter collectivement la confiance de tous les citoyens, donc de répondre au déficit démocratique actuel, mais aussi de trouver des solutions innovantes et adaptées aux besoins des familles, au plus près du terrain et en les associant véritablement aux politiques publiques.

En ce sens, le projet de François Hollande est bien celui d’une égalité réelle, celle des places et pas seulement celle des chances pour reprendre la dichotomie opérée par François Dubet (voir ce post). C’est à ce prix que l’air du temps changera, que les engagements solidaires seront reconnus et valorisés, que l’action sociale de terrain trouvera un sens global au lieu du sentiment d’inutilité ou au moins de frustration que vivent toutes celles et tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, avec l’impression d’aller sans cesse à contre courant des politiques nationales et des évolutions fondamentales d’une société qui développe les égoïsmes et les quant’à soi, comme les associations présentes en ont porté témoignages.

Bien sûr, ces propositions mettront du temps à trouver leur pleine efficacité. Bien sûr, il n’y aura pas  de « grand soir » des familles qui vaincront d’un coup la pauvreté. Mais, avec François Hollande nous seront tous collectivement porteurs d’une ambition et d’un projet politique de justice sociale pour faire reculer les nouvelles formes de précarité et pauvreté. Vivement le changement !

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 16:12

A l'initiative de Marc Baietto, Président de la Métro, j'ai présenté ce jour un voeu au conseil de la Métro qui rappelle notre position contante depuis plusieurs années et interpelle l'Etat sur la situation inacceptable de l'accueil d'urgence et des demandeurs d'asile dans notre agglomération.

Voici le texte de ce voeu :

CONSEIL DE COMMUNAUTE
SEANCE DU 23 MARS 2012
VOEU SUR L'ACCUEIL DES DEMANDEURS D'ASILE


Rapporteur : M. Olivier NOBLECOURT, Vice-président en charge de l’Hébergement


Depuis plus deux ans, suite à la régionalisation de la demande d'asile décidée
unilatéralement par l'Etat, notre agglomération connaît une augmentation massive du
nombre de personnes en situation de primo-arrivants ou déboutés en procédure de recours,
dans des situations administratives dites "complexes".


L'hébergement des demandeurs d'asile relève pleinement des compétences de l'Etat.
Indépendamment de la situation administrative des individus, le Conseil d'Etat a rappelé
avec force dans un arrêt le 10 février dernier, "qu'il appartient aux autorités de l’État de
mettre en oeuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne
sans-abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale."


Pourtant, les collectivités locales, en premier lieu le conseil général mais aussi les
communes et leurs CCAS, doivent prendre en charge un nombre croissant de situations de
détresse; alors même que les associations, comme l'ADA (accueil des demandeurs d'asile)
ou le collectif RAHDA (Rassemblement pour l'Accueil et l'Hébergement des Demandeurs
d'Asile) dénoncent un nombre croissant de personnes sans solution d'hébergement, de
graves difficultés d'accès aux services de la Préfecture, et interpellent désormais les
maires de l'agglomération, faute d'une réponse satisfaisante de l'Etat.


Avec la fin du dispositif hivernal, nous tenons à exprimer l'inquiétude croissante des élus
de l'agglomération face à l'absence de réponse constatée par les associations, notamment
pour les personnes dites "en situation administrative complexe". A la fermeture du niveau 3
du dispositif hivernal, nous avons dénombré :
- places occupées en niveau 3 254 personnes
- places occupées en niveau 2 217 personnes
- dispositif hôtelier 533 personnes
Total 1151 personnes
dont 75 % sont en situation administrative complexe soit 863 personnes.

Nous réaffirmons aussi la proposition faite par le Président de La Métro il y a un an d'être
partenaires de l'Etat avec les communes qui le souhaiteront pour mettre en place un
dispositif d'accueil qui réponde à la réalité des besoins constatés. Nous sommes en effet
convaincus que seule une mobilisation partenariale de l'Etat et des collectivités locales
permettra de mettre fin à des situations inacceptables tant légalement que socialement.


Enfin, nous demandons que la prise en charge de l'ensemble des besoins liés à la demande
d'asile, en particulier l'hébergement, soit organisée par l'Etat à l'échelle régionale, en lien
avec les collectivités. En effet, seul l'accueil administratif de la demande d'asile est
aujourd'hui régionalisé, augmentant les besoins dans notre agglomération tout en
exonérant d'autres territoires de leurs responsabilités. L'Etat doit être garant de l'égalité
des territoires et organiser davantage les hébergements à l'échelle régionale.


Considérant l'ensemble de ces éléments, il est proposé au Conseil de communauté
d'autoriser le Président à saisir le Préfet de l'Isère et le Préfet de Région pour demander :
-  une gestion de l’accueil des demandeurs d’asile, des capacités d’hébergement et
de l’accompagnement à l’insertion pleinement régionalisée, en association avec les
autres Préfectures départementales concernées ;
-  de garantir les conditions d’un accueil digne des demandeurs d’asile, à commencer
par leur première réception en Préfecture pour exprimer leur demande ;
-  la prise en charge de toutes les personnes en situation de détresse à l'issue de la
période hivernale, en cohérence avec l'arrêt du Conseil d'Etat du 10 février 2012,
en associant autant que de besoin la Métro et les communes concernées.

Ce voeu a été adopté à l'unanimité.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 12:32

michel-zorman.jpgNous étions réunis nombreux ce matin autour de la famille de Michel Zorman, si belle et unie.

Michel est décédé brutalement samedi dernier, à l'âge de 64 ans. Après sa famille et avec des proches et des collègues, j'ai dit quelques mots pour traduire la peine que nous sommes si nombreux à partager.

"C’est un grand choc et une peine immense qui nous réunissent aujourd’hui autour de Michel Zorman.

Avec mes collègues Céline Deslattes, Michel Baffert, Hélène Vincent, Marina Girod de l’Ain, au nom de Michel Destot, Député-Maire de Grenoble et de tout le conseil municipal, je veux vous dire, à vous Madame, à vous ses enfants et petits enfant dont il nous parlait avec tant de bonheur, combien nous partageons votre peine. Je veux aussi porter témoignage de l’action que nous menons avec Michel et dire simplement la gratitude de la communauté grenobloise vis-à-vis de celui qui aura tant fait pour tirer le meilleur des femmes, des hommes, des acteurs sociaux et des institutions qui la composent, au service de convictions et de valeurs qui nous rassemblent : le développement de l’enfant et l’éducation au service de la réduction des inégalités sociales.

Michel était un scientifique d’envergure, à la rigueur à la fois respectée et crainte. Ses travaux nourrissent aujourd’hui ceux de multiples professionnels. Mais Michel était aussi un scientifique de combat, en prise avec le réel, avec la vie quotidienne des professionnels pour lesquels il avait une empathie profonde, avec les difficultés et souvent les souffrances d’enfants et de familles qu’il aura aidé. S’il mettait en avant le rôle des interactions langagières dans l’acquisition du langage, c’était pour démontrer l’inégalité consternante dans leurs fréquences comme dans leur nature selon les milieux sociaux, et nous inviter à l’action. C’est l’essence même du programme PARLER et de PARLER BAMBIN.

Mais son combat allait plus loin, m’amenant souvent à le présenter comme un « dangereux révolutionnaire » tant il voulait faire reconnaître le petit enfant en tant qu’individu à part entière, avec ses potentialités et ses limites, ce qui est très dérangeant pour notre société, si l’on y réfléchi bien. De là vient son invitation pédagogique permanente à sortir du fonctionnement grégaire à partir d’une classe pour aller vers la guidance individuelle. Cette conviction, cette colère même face à la lenteur des transformations ou aux polémiques stérilisantes sur l’évaluation des enfants, Michel nous les aura fait partager. Il était en effet un pédagogue exceptionnel qui rendait plus intelligent son interlocuteur par un propos clair et accessible, avec son enthousiasme communicatif, sa force de conviction contagieuse.

La première rencontre avec Michel est pour chacun de nous un souvenir lumineux. Je me souviens en tête à tête d’une impression de vertige. Pour l’élu que je suis, tant les enjeux et les défis à relever me sont apparus considérables. Pour l’homme et le père, tant son regard sur le petit enfant obligeait chacun à revisiter son propre rapport à ses enfants. En réunion collective, que ce soit avec les professionnels du CCAS, avec des parents, ou à Lille, où nous étions en assemblée générale pour convaincre les élus et les professionnels de s’engager dans le Parler Bambin, rarement j’ai vu une telle attention, un silence si bienveillant, une écoute si profonde. Ce qu’évoquait Michel avec la force de son savoir et la simplicité de son style, c’est le cœur de la construction de l’individu. C’est aussi l’injustice des déterminismes sociaux. Il a touché chacun de nous doublement : sur le sens de notre action au service de la collectivité et dans l’intimité de nos rapports à nos plus proches. Je l’ai écouté parler pendant des heures et comme beaucoup, j’ai toujours eu la frustration de ne pas l’écouter davantage.

ZORMAN.jpgAvec Michel, nous avons porté l’ambition de faire de la petite enfance le premier levier de la lutte contre les inégalités. Pour faire partager cette ambition, il fallait non seulement le discours – et la matière était abondante –, mais aussi la démonstration scientifique concrète, la seule ayant valeur de preuve. Avec Parler Bambin, Michel a non seulement réussi la gageure de co-construire un programme entre un universitaire et des professionnels de terrain, mais celui-ci a été le premier à faire l’objet d’une véritable évaluation expérimentale. Cette réussite initiale nous a convaincu d’engager sa généralisation, qui s’achèvera cette année, soit 600 professionnels formés en 3 ans et plus de 2500 enfants concernés chaque année. Qu’il me soit permis ici de dire combien le contact avec Michel a été bénéfique aux professionnels du CCAS, me tournant vers Denis Galloti, Aline Chevit, Anne Viossat et son équipe de la crèche 3Pom, Jacqueline Bloyet, Anne Ramat, Eric Thery qui ont partagé avec lui les réserves des débuts, les impondérables du quotidien, les réussites et les temps de partage, comme ces escapades à Lille ou Rennes il y a quelques jours pour développer Parler Bambin.

Grâce à Michel, Parler Bambin et la priorité sociale d’entrée en crèche ont redonné un sens aux missions des agents de la petite enfance. Ils ont vu les enfants progresser et ont renforcé ce sentiment si précieux d’utilité sociale. Mieux, ils ont partagé ce bonheur humain de travailler avec Michel, tâche à la fois enthousiasmante, essentielle et légère.  Il est vrai que l’humour n’était jamais loin, ni la dimension ludique de certaines formations, dont les professionnels gardent des souvenirs formidables, comme ces jeux de rôle durant lesquels Michel endossait souvent le rôle du bébé.

Parler avec Michel de ses travaux, de ses analyses scientifiques, sociales ou politiques, de la vie, de sa famille qu’il évoquait avec tant d’amour, était un bonheur. Il est des rencontres qui guident une action, qui lui donnent de la consistance, de la profondeur, de la « menschkeit » selon cette belle expression allemande intraduisible, sinon en « qualité humaine ». Pour moi, rencontrer Michel a été plus que cela, parce que ce qu’il transmettait touchait non seulement à notre action, mais aussi à ce que nous sommes, combinant le savoir faire et le savoir être.

Cette richesse qu’il nous a transmise, nous l’emportons avec nous, élus comme professionnels. A nous de la partager et non de la cultiver comme un jardin secret. C’est l’enjeu de l’action publique, de la politique ancrée dans le réel à laquelle il croyait profondément, avec la fibre militante qui irriguait sa vie de famille. Redevables et comptables de notre action commune, nous allons la poursuivre, avec l’ardeur redoublée que sa mémoire exige.

Merci à toi, Michel, au nom de la communauté grenobloise et de tous ceux qui ont eu la chance de te connaître. André Malraux écrivait qu’à « défaut de pouvoir ressusciter les êtres, nous pouvons ressusciter leurs rêves ». Puissent nos rêves et l’exemple de ton chemin de vie inspirer nos actes à l’avenir, nous donner cette force de conviction et cette chaleur humaine qui vont tant nous manquer."

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 13:49

mdh berriatDepuis sa construction, achevée en 1972, le centre social Chorier-Berriat se distingue des autres centres sociaux grenoblois par l’implication permanente des habitants au sein de l’association du centre social Chorier-Berriat, présidée aujourd’hui par Bruno Favre.


Par son identité et son animation particulière, faites d’attachement à l’identité populaire du quartier, de promotion militante des valeurs de l’éducation populaire, d’attention toujours portée à rassembler la diversité et toutes les générations de la population du secteur, ce centre social est depuis l’origine le laboratoire de ces lieux collectifs partagés entre le CCAS et les associations que sont les Maisons des Habitants. Avec une direction unique, un accueil mutualisé, et depuis l’année 2010 un projet social partagé entre l’association et le CCAS, il était naturel que le changement de dénomination, de « centre social » à « Maison des Habitants » intervienne à l’occasion du 40ème anniversaire de l’association, à l’issue d’une réflexion partagée avec les habitants du secteur et les usagers du centre social, incluant une consultation sur le choix du nouveau nom (fallait-il maintenir l’identité « Chorier-Berriat » ? La réponse a été positive).

Nous avons ainsi partagé un grand moment de convivialité, autour du Maire, de Christine Crifo et de Pascal Garcia, en présence de nombreux habitants et bénévoles qui font vivre l’identité du lieu, avec le traditionnel (et gigantesque) gâteau d’anniversaire, le dévoilement de la nouvelle signalétique, un forum public de débats autour du quartier et même l'inauguration d'une magnifique fresque (photo) et du théâtre forum pour mettre en situation les habitants face à la nouvelle identité de « leur » centre social, dans une bonne humeur contagieuse.

Au-delà du changement de nom, et dans la continuité des quarante années d’histoire du centre social, c’est bien un nouveau projet de développement social (voir ce post) qui est dorénavant porté par les professionnels et les usagers de cette maison. Longue vie, donc, à la Maison des Habitants Chorier-Berriat, avec davantage de moyens pour répondre aux besoins sociaux des habitants et la perspective d’ici quelques années d’ouvrir une antenne dans les nouveaux quartiers de Jean Macé (reconstruit) et de la presqu’ile scientifique.

Par Olivier Noblecourt - Publié dans : Actualités
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